Un an de prison requis pour maltraitance animale dans un abattoir


  • Un an de prison requis pour maltraitance animale dans un abattoirPhoto : Shutterstock
  • Protection/ Elevage

    Avec AFP

    Au tribunal correctionnel d'Alès, le procureur a requis un an de prison avec sursis contre le principal prévenu du premier procès pour maltraitance animale dans un abattoir français. 

    Un an de prison avec sursis a été requis à l'encontre de Marc Soulier, employé en tant que "responsable de la protection animale" dans l'abattoir du Vigan, dans le Gard. Le procureur, Nicolas Hennebelle, a également demandé une "interdiction d'exercer une activité professionnelle dans un abattoir pendant 5 ans", ainsi qu'une "interdiction de détenir des animaux de rente" et 3400 euros d'amende. Pour le procureur il s'agit d'une "peine d'avertissement suffisamment sévère pour éviter toute réitération".

    Nicolas Hennebelle a estimé que le prévenu avait "la responsabilité la plus lourde", citant notamment des coups d'électronarcose portés sur le museau de brebis de "façon totalement gratuite, pour provoquer la souffrance, les rires accréditant le côté sadique".

    Des peines de 150 et 600 euros d'amende ont également été requises contre les deux autres employés de l'abattoir mis en cause, Gilles Esteve et Nicolas Garnier, poursuivis pour mauvais traitements, et une amende de 6000 euros à l'encontre de la communauté de communes du Pays viganais, qui gérait l'abattoir du Vigan.

    Rappel des faits

    Il s’agit d’un procès emblématique pour la cause animale. Pour la première fois, trois employés d’un abattoir sont jugés pour maltraitance sur des animaux. Cela fait suite à la diffusion, en février 2016, d’une vidéo choc tournée en caméra cachée par l’association L214, dans l’abattoir certifié bio du Vigan, dans le Gard.

    Dans la vidéo de 4 minutes 30, filmée entre mai 2015 et février 2016, on voit des animaux mal étourdis, égorgés ou recevant des coups répétés à la matraque électrique. Il est reproché à l’un des employés d’avoir, "sans nécessité, exercé volontairement des mauvais traitements envers un animal domestique, apprivoisé ou tenu en captivité". Il aurait fouetté, donné des coups de poing et jeté violement des moutons par-dessus une barrière. Il aurait également utilisé à plusieurs reprises une pince à électronarcose (provoquant un courant électrique destiné à étourdir l’animal) sur le museau de brebis.

    Les deux autres salariés sont jugés pour "avoir exercé volontairement des mauvais traitements sur des animaux captifs", à savoir des coups de pied à des bovins et des coups d’aiguillon électrique, sur la tête d’un porc notamment. 

    La communauté de communes du Pays viganais, responsable de l’abattoir au moment des faits, doit elle aussi répondre de plusieurs infractions à la réglementation sur l’abattage des animaux. Il lui est notamment reproché, par les parties civiles, d’avoir autorisé le fonctionnement de l’établissement alors qu’il avait été montré qu’on y utilisait du matériel défectueux.

    Donner «le ton» du débat autour des abattoirs

    Le procureur Nicolas Hennebelle a tenu à rappeler pendant le procès "la pénibilité insuffisamment reconnue" du travail en abattoir, estimant toutefois que "la difficulté de ce métier, la fatigue, le stress qu'il engendre, peuvent expliquer en partie les comportements que nous avons vu (...), ils ne les excusent pas."

    Nicolas Hennebelle a par ailleurs dénoncé des "actes d'intimidation, des menaces et parfois des menaces de mort" contre des personnels de l'abattoir depuis le scandale, "qui sont parfaitement inacceptables". Il a stipulé que ces faits seraient poursuivis. 

    Pour l’association L214, constituée partie civile, ce procès devrait au moins donner «le ton» du débat sur les abattoirs. "Le tribunal va nous dire si les faits qui sont reprochés sont graves ou pas", explique Brigitte Gothière, cofondatrice de l'association. "On attend que la justice détermine les responsabilités entre les trois prévenus et la communauté de communes du Pays viganais. Nous voudrions aussi que la responsabilité des services vétérinaires, censés surveiller le travail dans les abattoirs, soit évoquée. On espère que ceux qui se pensaient intouchables jusqu'à présent comprennent que ce n’est pas le cas."

    En 2016, notamment suite aux vidéos de L214, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a demandé une inspection dans tous les abattoirs de boucherie. D’après cette enquête, "80% des chaînes ont été déclarées en non-conformité, majeure ou mineure", rappelle Brigitte Gothière. "L’abattoir du Vigan était censé être l’abattoir "idéal": c’est une petite structure, locale, fonctionnant en circuit court et certifiée bio. Et pourtant, on se retrouve, là aussi, en face de graves dérives." Pour l’association, qui milite pour "la fin de l’utilisation des animaux comme ressource alimentaire", ce procès doit "poser des questions. Si l’on juge qu’il est illégal de donner des coups de poing à des animaux pour leur faire du mal, que faut-il penser des coups de couteau qu’on leur donne pour les tuer?"

    D’autres procès à venir 

    Premier du genre, le procès de l’abattoir du Vigan ne devrait pas être le seul. Toujours à la suite de vidéos réalisées en caméra cachée par L214, plusieurs autres procès pourraient avoir lieu, impliquant l’abattoir municipal d’Alès dans le Gard, l’abattoir certifié bio de Mauléon-Licharre, dans les Pyrénées-Atlantiques, les abattoirs de Pézenas, dans l'Hérault, du Mercantour à Puget-Théniers, dans les Alpes-Maritimes,  l’abattoir de Limoges, le plus grand abattoir municipal de France, et l’abattoir de Houdan, dans les Yvelines.

    En attendant, en période d’élection présidentielle, l’association L214 espère que le procès de l’abattoir du Vigan amène les candidats à s’emparer de ce sujet et à faire des propositions sur la protection animale. 


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