Les animaux aiment-ils les caresses?


  • Les animaux aiment-ils les caresses?Photo : Shutterstock
  • Chats/ Comportement

    Nous ne sommes pas souvent avares de papouilles avec nos animaux. Pour nombre d’espèces, cela fait partie d’un mode de communication. Mais est-ce toujours un plaisir partagé?

    Un chat qui se frotte lascivement contre vos mollets, un chien qui, du bout du museau, incite la main à reprendre ses caresses, un cheval qui soupire d’aise lorsque son cavalier lui gratte les ganaches... Autant de marques d’affection entre les animaux familiers et les humains qui se pratiquent au quotidien, sans même y penser.

    le «coup de main» animal

    Dans le règne animal, celui des mammifères notamment, les approches tactiles ne sont pas rares, même si elles ne s’apparentent pas à des caresses. Mâles et femelles multiplient frôlements et attouchements qui sont autant de tendres préliminaires à l’accouplement. Chez les animaux sociaux comme les canidés sauvages, certains félins, les équidés, les bovidés, etc., les contacts physiques réguliers ressemblent beaucoup à de francs «coups de main» entre copains pour se gratter, s’éventer, chasser les mouches, bref s’entraider. Les scientifiques nomment ces interactions d’entraide le grooming, un anglicisme qui signifie épouillage, toilettage, qui se pratique nécessairement à deux, voire plus. Il joue un rôle essentiel dans le maintien en bonne santé de l’animal en lui permettant d’éliminer parasites et bourres de poils, mais il sert aussi à échanger, à communiquer. Chez les bonobos, par exemple, en plus de ce que le primatologue Frans de Waal a appelé le «sexe convivial»(1), chatouilles et autres approches tactiles – enlacements, baisers, etc. – font partie de leurs activités favorites. Elles participent à la pacification des relations au sein du groupe, voire à la consolation d’un de ses membres. Ce qui, longtemps, ne semblait être, pour les observateurs, qu’une nécessité biologique et physique est, pour ces animaux sociaux, une technique de communication intra-espèce.
    Si, a priori, cette communication non verbale n’est pas naturelle entre l’homme et l’animal, pour Charlotte Duranton, éthologue à l’université Aix-Marseille et membre de l’association AVA, elle trouve sa source dans deux mécanismes. D’une part, «une sélection génétique des animaux domestiques qui conduit à faire reproduire les individus les moins peureux envers l’homme et donc les plus enclins à interagir avec lui», et d’autre part «l’importance des apprentissages lors des expériences de vie».

    De l’intérêt au plaisir

    De nombreuses espèces animales ont ainsi appris que la main de l’homme fait du bien comme lorsqu’elle gratte des zones dif­ficilement at­teignables ou prodigue des caresses agréables. «Loane, mon cheval mérens, adore ça, s’amuse Marion Griffet, éducatrice bénévole au club canin de Lapalisse en Auvergne. Quand je le caresse, il pose sa tête contre moi et, si j’arrête, c’est lui qui me fait des câlins très… toniques. Enfin, j’aime voir ça comme un geste affectueux. Je pense que je lui apporte quelque chose et sans doute y trouve-t-il son intérêt.» De l’intérêt peut-être, de l’attachement et du plaisir tout autant car «ce besoin du contact, ce plaisir de la caresse est un grand trait du vivant, explique Thierry Bedossa, vétérinaire comportementaliste. C’est une donnée commune à de nombreuses espèces. On n’en parle jamais, mais les animaux aussi font preuve d’une grande sensualité. J’ai vécu 28 ans avec un mainate qui adorait que je le caresse. C’est dans ces moments là qu’il exprimait les plus grands signes de bien-être. Chaque bête à des zones sensibles, au maître de les découvrir».

    chimie commune

    Les caresses participent donc à un bien-être général de l’animal qui peut se manifester par un abandon total avec soupir de contentement, yeux mi-clos, relâchement des muscles... Depuis quelques années, les études scientifiques sont venues corroborer ces observations empiriques. Les caresses déclenchent la production d’ocytocine, communément appelée «l’hormone de l’amour et de l’attachement». Lors de ces câlins, l’ocytocine est aussi bien produite par l’humain qui caresse que par l’animal qui est caressé. «L’ocytocine est souvent un indicateur d’émotions sociales positives, note la canadienne Caroline Kilsdonk, vétérinaire comportementaliste et zoothérapeute, en se référant à une étude japonaise sur le rôle de l’hormone comme biomarqueur des émotions positives chez les chiens […] par les effets apaisants du ralentissement du rythme cardiaque et de la diminution de la tension artérielle.»

    La caresse récompense

    Résultat d’un long processus de domestication, de socialisation et d’apprentissage, la caresse est aussi devenue synonyme de récompense. À tel point que certains chiens les préfèreraient aux friandises si l’on en croit une étude américaine (publiée en 2016), réalisée sur quinze chiens, qui a révélé que lorsque ceux-ci peuvent choisir entre caresse et morceau de saucisse, ils optent majoritairement pour la main de leur maître.
    Pourtant, si l’homme qui caresse un animal est persuadé que son geste est perçu comme une gratification pour l’animal, il n’est pas certain que cela soit toujours le cas pour ce dernier. Pas sûr, en effet, que les grandes claques sonores distribuées par le cavalier sur l’encolure de son cheval après un parcours d’obstacles soient perçues comme une gratification par l’animal. Heureusement, les choses évoluent et les cavaliers, de plus en plus férus d’éthologie, troquent ces marques d’affection démonstratives et par trop viriles contre une main de velours qui flatte ou gratte le garrot. Un geste complice nettement plus proche du grooming que se prodiguent les équidés et qui réduit la fréquence cardiaque des chevaux (2).
    Ces évolutions dans nos propres comportements, qui tiennent compte de l’avancée des savoirs éthologiques, ne témoignent-elles pas que, pour l’homme aussi, caresser est un apprentissage? Les caresses d’hier sont délaissées au profit de gestes qui s’adaptent et adoptent des modes de gratification naturelle de l’espèce à laquelle ils sont destinés.
    C’est d’ailleurs dès l’enfance qu’il faut enseigner cet art de communiquer en douceur. Tout comme il importe de respecter la «sphère intime» de l’animal en évitant les gestes qui risquent de le rendre plus anxieux qu’heureux. Au quotidien, Thierry Bedossa travaille avec les maîtres sur les troubles du comportement canin. Lors du colloque Dog révolution, qu’il organisait en octobre 2016 à Paris, une vidéo montrait un chien de type bichon, mal à l’aise sous les caresses de sa maîtresse. «Même si le chien de compagnie est sélectionné depuis longtemps pour être doux et manipulable, il faut considérer son propre animal comme un être vivant et sensible, reconnaît le praticien. Son comportement et ses envies peuvent varier d’un jour à l’autre en fonction de son état mental ou physique, de son âge, d’une peur éventuelle, d’une modification de son environnement, etc.».
    Au sein de la même espèce, de la même race, de la même portée, tous les animaux n’auront donc pas le même rapport aux caresses. Dans ce domaine qui touche à l’intimité, considérer l’animal dans son individualité, son histoire personnelle et prendre en compte le degré de familiarité qu’il a avec nous est primordial. Pour que caresser soit toujours synonyme de plaisir partagé.

    (1) Les singes bonobos sont connus pour leur gestion des conflits par les relations sexuelles. Réelles ou simulées, elles jouent un rôle pacificateur et participent à la cohésion du groupe.
    (2) Étude de Claudia Feh et Jeanne de Mazières (de l’association Takh qui étudie les comportements d’une harde de chevaux de Przewalski en Lozère) : Grooming at a preferred
    site reduces heart rate in horses,
    parue en 2002 dans la revue scientifique anglaise Animal Behaviour.

     

    Le cas du chat «lunatique»
    Presque tous les propriétaires de chat ont connu ça: Minou s’installe sur vos genoux. L’osmose entre le petit félin et son maître paraît totale sous les caresses. Subitement, le chat se transforme en furie, mord la main qui le caresse et décampe. «Trop souvent, le maître punit son chat qu’il juge lunatique sans s’interroger sur son incapacité à décoder les signaux corporels émis par son compagnon», explique Charlotte Duranton. Si certains chats développent une véritable aversion aux caresses, ils ont plus fréquemment un seuil de tolérance limité. Dès qu’il est atteint, le chat va multiplier les signaux d’inconfort: le bout de la queue qui bat, des bâillements, des soubresauts du pelage, par exemple, témoignent d’un état de tension.
    Un congénère bien socialisé comprendrait l’avertissement envoyé par les postures félines et cesserait toute interaction. Le petit félin attend de son maître la même mise à distance. À défaut, il fait passer le message de manière plus radicale en se défendant contre ce qu’il considère, sinon comme une agression, du moins comme le non-respect de sa tranquillité.

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