Chanee, 'Monsieur gibbon'


  • Chanee, 'Monsieur gibbon'Photo : Mathias Kallermann
  • Faune sauvage/ Mammifères terrestres

    L’ONG qu’il a créée est devenue le plus grand projet au monde de sauvegarde des gibbons. Aurélien Brulé, dit Chanee, fondateur de Kalaweit (« gibbon » en indonésien), se passionne depuis l’adolescence pour ces primates menacés. En 18 ans, cet Indonésien d’adoption a réussi à sauver de nombreux animaux mais aussi à faire avancer les mentalités. A l’occasion de son passage en France, nous l’avons rencontré.

    Comment les gibbons sont-ils entrés dans votre vie ?

    Ma passion pour les singes, je ne l’explique pas. Par contre, quand j’ai commencé à aller à la rencontre des primates, en 1992, dans le zoo près de chez moi, j’ai découvert, parmi eux, les gibbons. Je les ai trouvés particulièrement tristes et j'ai eu envie de les comprendre. J’ai demandé au directeur du zoo l’autorisation de venir, tous les mercredis, m’asseoir devant eux et les observer. Au bout de deux ou trois ans d’observation et de documentation, j’ai fait des suggestions au directeur et il m’a laissé faire. Nous avons ainsi créé des couples et les animaux s’en sont bien mieux portés.

    De façon très prétentieuse, j’ai alors voulu publier un livre pour dire la manière de faire. J’ai téléphoné un peu partout et j’ai trouvé un éditeur intrigué par ma démarche. Au moment de la sortie de l’ouvrage Le gibbon à mains blanches (Presses du Midi), j’ai eu quelques articles dans la presse et notamment dans VSD. J’y expliquais que l’observation des gibbons en captivité n’était qu’une étape, que j’aimerais les voir évoluer à l’état sauvage. Muriel Robin a trouvé mon numéro de téléphone, elle m’a appelé, chez moi, et m’a dit : « Tu veux partir, tu pars ». Trois jours après mon bac, j’ai donc pris le chemin de la Thaïlande grâce à son financement et j’y ai passé trois mois. J’y ai vu des gibbons, c’était super, mais je ne voyais pas trop ce que je pouvais faire… Dans l’avion qui m’a ramené en France, j’ai vu les titres des journaux qui annonçait des incendies en Indonésie et déploraient les milliers d’hectares brûlés. J’ai compris que si je voulais aider les gibbons, c’était là-bas. A mon retour, j’ai commencé des études d’éthologie à Strasbourg, c’était passionnant, j’ai appris plein de choses, mais j’ai aussi eu un déclic : je me suis rendu compte que je ne voulais pas étudier les singes, mais les sauver. Après six mois de fac, en mai 1998, je suis parti à Jakarta.

    C'est alors le début de L’aventure Kalaweit… En quoi consiste votre action ?

    Nous recueillons les gibbons – mais aussi d’autres animaux – détenus illégalement (ils vivent en captivité chez de nombreux particuliers, qui les considèrent comme des animaux de compagnie) et nous protégeons leur habitat. Nous surveillons aussi une réserve de 6000 hectares pour le compte du gouvernement. Depuis que l’ONG existe, nous avons sauvé 293 gibbons – et relâché 24 individus. C’est un animal très territorial et il est impossible d’en faire cohabiter plusieurs sur la même « parcelle ». Le problème, c’est qu’il y a de moins en moins de forêts… Nous achetons donc de la forêt où des populations sont présentes. Nous avons aujourd’hui 295 hectares à Sumatra et 102 à Bornéo. D’ici la fin de l’année, nous posséderons 300 hectares à Bornéo. Notre priorité, c’est de protéger la forêt avant qu’elle ne soit complètement détruite par les producteurs d’huile de palme. Malheureusement, depuis que je suis en Indonésie, la déforestation n’a cessé d’augmenter : l’équivalent de six terrains de football de forêt disparaît chaque minute dans le pays. Or, il faut savoir que les gibbons ne peuvent pas s’adapter à un environnement dégradé : ils doivent vivre dans la canopée car leur système immunitaire ne leur permet pas de lutter contre les bactéries parasites du sol.

    Aujourd’hui, de quoi êtes-vous le plus fier ?

    D’avoir fait un projet qui sauve les animaux tout en impliquant les gens. Je sens que Kalaweit, qui emploie 58 personnes à plein temps (vétérinaires, gardes, soigneurs, etc.), appartient vraiment aux Indonésiens. Depuis deux ans et demi – et notamment depuis que nous avons lancé une émission de télévision – on m’arrête dans la rue pour me dire : « C’est génial ce que tu fais. » Je ne suis plus l’illuminé qui se bat pour les gibbons. En octobre 2015, j’ai posté une vidéo où j’interpellais le président indonésien au sujet des feux de forêt et du lobby des producteurs d’huile de palme. Elle a fait un buzz incroyable. Je ne me suis pas fait que des amis à cette occasion – le surlendemain de la diffusion de la vidéo, trois incendies se sont ainsi déclarés autour de ma maison – mais les Indonésiens et les médias se sont mobilisés derrière moi. Et j’en suis sorti plus fort.

    Vous dites souvent que vous êtes là où vous avez toujours voulu être…

    Très jeune, j’ai trouvé le sens que je voulais donner à ma vie et personne n’a réussi à me faire douter. Combien de profs, au collège et au lycée, m’ont dit « redescends sur terre » quand j’annonçais que, plus tard, je voulais « sauver les singes » ? Combien de fois m’a-t-on ri au nez ? Je ne rentrais pas dans les cases. Aujourd’hui, je me sens utile. Il est bon de se coucher le soir en se disant qu’on a sauvé un animal ou protégé des hectares de forêts. C’est mon moteur. Et c’est ce que je veux transmettre à mes enfants.

    Après avoir servi de guide à Véronique Jeannot dans le premier épisode de la collection documentaire baptisée « Le Messager », Chanee poursuit sa collaboration avec France 3. Deux autres tournages ont déjà eu lieu : le fondateur de Kalaweit a ainsi accompagné Muriel Robin en République démocratique du Congo pour découvrir les bonobos et Antoine Duléry au Cambodge pour faire connaissance avec les ours malais. La diffusion devrait avoir lieu fin 2016 ou début 2017.

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