Les enfants ne reconnaissent pas les signes de peur chez le chien


  • Les enfants ne reconnaissent pas les signes de peur chez le chienPhoto : Shutterstock
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    Une récente étude britannique montre que les jeunes enfants ne savent pas reconnaître les signes de la peur chez le chien. Une méconnaissance qui les rend plus vulnérables aux morsures. En France, un programme à destination des primaires vise à les familiariser avec les postures des chiens.

    Si les enfants savent reconnaître les signes extérieurs d’un comportement agressif chez le chien, ils sont incapables de se rendre compte que l’animal a peur. Cette observation vient d’être validée par Sarah Rose et coll. de l’université du Staffordshire, et a été présentée lors du dernier congrès de la Society’s Developmental Psychology Section. Les statistiques britanniques indiquent que les jeunes enfants sont, dans la population, ceux qui courent le plus grand risque de se faire mordre. D’ailleurs,  1200 admissions pour morsures les ont concernés en 2013-2014 dans les hôpitaux du Royaume-Uni.

    À l’origine de ces morsures, très probablement des contresens que les jeunes enfants commettent dans l’interprétation des émotions canines, soulignent les auteurs, qui ont sélectionné deux groupes d’enfants de 4 à 5 ans (57 sujets) et de 6 à 7 ans (61 individus). Ils ont visionné de courtes vidéos de 6 à 11 secondes, et regardé des photographies (15 images) illustrant diverses facettes du comportement du chien que deux professionnels vétérinaires et deux personnes non spécialisées ont validées quant à l’émotion manifestée par le chien représenté. Les enfants des deux groupes ont été soumis à des questionnaires : « Souhaiterais-tu jouer avec ce chien ? », « Que penses-tu du comportement de ce chien ? » Pour cette dernière question, les enfants devaient choisir dans une liste de mots : « content, en colère, effrayé ». L’analyse des résultats montre que les enfants reconnaissent ces comportements plus souvent que s’ils avaient répondu au hasard. En particulier, les chiens « en colère » sont facilement identifiés. En revanche, des scores très inférieurs sont obtenus pour les chiens manifestant un comportement de peur. Si bien que les enfants approchent tout aussi facilement un chien « peureux » qu’un chien « content ». Dans ces conditions, il paraît très intéressant, lors des campagnes de prévention des morsures, d’apprendre aux enfants à identifier les signes de peur chez le chien, sur des critères comportementaux faciles à comprendre.

    Une formation en France

    Pour Chantal Hazard, présidente de l'Association pour le développement et la promotion de programmes d'éducation à la connaissance du chien et aux risques d'accidents par morsures (Peccram), cette étude n’est pas une surprise : « On le voit très bien sur les enfants qui suivent la formation proposée dans le cadre de notre programme, explique-t-elle. Ils  reconnaissent bien dans les quatre postures du chien que nous leur soumettons le chien content mais pas le chien stressé (peureux) ou calme car il n’exprime rien, ni aboiement, ni mouvement comme l’appel au jeu, ni émotion caractéristique. » Pour cette spécialiste du chien et de l’enfant, c’est l’aboiement qui est le plus reconnaissable pour des jeunes enfants âgés de 3 à 5 ans. « Ils pensent qu’un chien qui grogne et montre les dents est un chien qui sourit ! »

    Pour Chantal Hazard, c’est dans cette méconnaissance que repose toute la nécessité d’une formation auprès des jeunes enfants qui croisent tous les jours des chiens dans la rue, dans leur environnement quotidien, même à l’entrée des écoles. « Il faut leur expliquer comment s’exprime le chien, comment ils doivent l’aborder et comment ils peuvent s’en protéger en cas d’attitude agressive, poursuit-elle. Avant une formation, entre 50 à 65 % des enfants sont incapables de distinguer un chien stressé d’un chien heureux. Après, le chiffre tombe à 17 % ! Mais comme ce sont des enfants, je préconise une deuxième formation, pour faire encore tomber ce chiffre et surtout pour que les enfants n’oublient pas. Aujourd’hui, nous pouvons faire une première formation vers 6 ans, à l’entrée au CP et poursuivre jusqu’au CM2, mais l’idéal serait de commencer dès la maternelle. »

    Une phobie du chien grandissante auprès des jeunes parents

    Un souhait motivé par l’augmentation de la phobie du chien chez les jeunes parents. « Je n’ai pas d’explication à cela, confie Chantal Hazard, mais c’est un fait que nous constatons. De plus en plus de jeunes parents ont peur des chiens et transmettent cette peur à leurs enfants. On manque encore d’études qui permettraient de chiffrer cette augmentation. »

    Depuis la rentrée scolaire de septembre, le Peccram a mis en place un programme qui assure les premières formations. Pour cela, une bonne soixantaine d’animateurs ont été formés à la méthode mise en place par Chantal Hazard. « Ils seront 80 d’ici le mois de novembre, poursuit cette retraitée passionnée, ils sont tous impliqués dans le chien : vétérinaires, assistants vétérinaires, éducateurs canins, comportementalistes et médiateurs. Pour l’instant, des formations sont d’ores et déjà en place auprès des enfants de Courbevoie, Rueil-Malmaison, Suresnes, La Celle-Saint-Cloud et Yerres pour la région parisienne, mais il doit y en avoir d’autres en province. On en est au démarrage et c’est souvent auprès d’enfants volontaires. Il n’y a aucun caractère obligatoire. »

    Au cours de ces formations, les enfants sont mis en contact avec des peluches pédagogiques, pour amadouer les plus craintifs. Une blanche et une noir et marron – « la couleur la plus fréquente chez les chiens croisés dans la rue », explique la formatrice – d’une quarantaine de centimètres de haut. Avec elle, les tout-petits apprennent à demander au propriétaire du chien s'ils peuvent l’approcher, le toucher… « On leur explique où et comment il faut caresser une fois qu’ils en ont l’autorisation, poursuit la présidente du Peccram, on leur apprend aussi comment les approcher. On fait des jeux de rôle où on simule une agression pour que l’enfant apprenne à faire l’arbre, c’est-à-dire à rester immobile, à lâcher son goûter si c’est cela que le chien convoite. Ces peluches nous permettent aussi de repérer les enfants les plus phobiques. En général, ils se tiennent à distance, ne sont pas volontaires tout de suite pour toucher même la peluche. Ils finissent toujours par s’approcher. »

    Dans les jours qui viennent, Chantal Hazard sera reçue par le ministère de l’Agriculture, très intéressé par son programme. L’idée d’une nouvelle matière à enseigner aux enfants serait-elle en train de germer ?

     

     


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