Les big five de l'Alaska


  • Les big five de l'AlaskaPhoto : Naturagency
  • Faune sauvage/ Mammifères terrestres

    L’Alaska est le plus vaste territoire des 50 États américains mais également le moins peuplé. Une particularité qui lui vaut d’être un refuge naturel pour un millier d’espèces animales et une flore particulièrement variée. À l’instar de l’Afrique, l’Alaska revendique ses « big five », tout aussi emblématiques et fascinants : le grizzli, le caribou, l’orignal, le loup et le mouflon.

    LE FESTIN DES GRIZZLIS

    Chaque printemps, c’est le même rituel ! Mus par un instinct qui n’a d’égal que leur puissance, les grizzlis d’Alaska sortent de leur tanière de haute montagne, dévalent les pentes enneigées et parcourent des centaines de kilomètres pour retrouver les rivières poissonneuses du Parc national et réserve naturelle de Katmai. Ils savent que les saumons rouges remontent le courant de ces eaux glaciales pour frayer sur leur lieu de naissance. Quoique très solitaires, les grizzlis se rassemblent près des cascades pour se régaler de ce festin providentiel. Pour autant, l’égalité n’est pas de mise chez les grizzlis. Ce sont les plus forts qui occupent les meilleures places de cette partie de pêche ! Pour cette raison, les femelles accompagnées de leurs oursons préfèrent tenir leurs petits nés durant l’hiver à l’écart de l’agressivité de certains mâles. Elles rejoignent des eaux plus calmes et moins profondes, en amont, avec l’espoir que l’arrivée de la pluie permettra aux saumons de franchir les chutes avant de poursuivre leur long parcours. Aujourd’hui, 70 % des grizzlis vivent dans les espaces sauvages et protégés de toute activité humaine de l’Alaska, mais pour combien de temps encore ?

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    LE LOUP GRIS : UN MAILLON DE LA BIODIVERSITÉ

    Présents en nombre dans les grands espaces protégés d’Alaska, les loups gris n’en finissent pas de faire débat. Pourtant, leur réintroduction dans le Parc national de Yellowstone en 1995, après 75 années d’absence, aurait dû suffire à faire taire les polémiques autour de ce grand prédateur. En 1920, la disparition totale de l’espèce a perturbé l’équilibre de l’écosystème du parc, à cause des grands ongulés (bisons, cerfs, pronghorns…) qui, sans prédateurs, ont proliféré et détruit la végétation. Les conséquences sur les sols, qui n’étaient plus stabilisés par les racines, ont été dramatiques. En 1995, quand les loups ont été réintroduits, la nature s’est régénérée, notamment parce que les cerfs et les autres espèces, contraints de se mettre à l’abri, ont libéré des territoires où la flore a repris ses droits et les oiseaux sont revenus. Chassant principalement les ongulés malades et vieillissants, les loups gris ont aussi amélioré la santé de ces populations d’herbivores. S’il est vrai que, comme tout prédateur, ils tuent, on oublie souvent qu’ils opèrent aussi sur les troupeaux une sélection utile pour leur patrimoine génétique. L’Alaska compte entre 6 000 et 7 000 loups gris, qui n’ont qu’un prédateur : l’homme.

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    LE CARIBOU DE GRANT : DES BOIS ROUGE CARMIN

    Les bois des caribous, excroissances osseuses et vascularisées du crâne, se régénérent sans cesse au fil des saisons. Une fois par année, ils opèrent un cycle complet au cours duquel ils naissent, poussent et tombent. Chaque caribou possède une ramure unique qui le distingue de ses congénères. Si, contrairement aux autres cervidés, les deux sexes sont pourvus de bois, le rythme de leur croissance est différent. Les bois des mâles atteignent leur apogée en automne, lors de la saison des amours, avec une envergure pouvant dépasser 1,50 mètre. Après la période de reproduction, les bois inutiles tombent avant de repointer au printemps. Ils se recouvrent alors d’une sorte de peau protectrice très vascularisée, le « velours », chargée d’acheminer les substances nutritives nécessaires à leur croissance. Puis, le tissu se dessèche et tombe par lambeaux, laissant furtivement apparaître le rouge vif du réseau sanguin qui irrigue la nouvelle ramure. Les femelles et les jeunes conservent leurs bois une grande partie de l’hiver, voire jusqu’au début du printemps pour les femelles gestantes, dont les bois tombent après la mise bas. Pour ces dernières, la repousse des bois est immédiate ; pour les autres, il leur faut patienter jusqu’à l’été.

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    LE MOUFLON DE DALL, SEIGNEUR DES MONTAGNES 

    Sauvage, le mouflon de Dall parcourt les terrains accidentés des chaînes de hautes montagnes subarctiques de l’Alaska qui constituent pour lui un refuge contre ses prédateurs, dont le loup gris et le grizzli sont les plus redoutables. Comme tous les animaux de montagne, il dispose d’une vue extrêmement perçante, qui lui permet notamment de déceler des mouvements à plus d’un kilomètre de distance, rendant alors difficile à quiconque de l’approcher. S’ils vivent en troupeaux, les sexes ne se mélangent qu’à la saison des accouplements, qui a lieu en novembre-décembre. Le reste de l’année, les mâles évoluent en bandes dont la hiérarchie s’établit selon la taille des cornes, qui peuvent atteindre un mètre de long. Le mouflon de Dall n’est actuellement pas considéré comme une espèce menacée et sa population en Alaska est plutôt stable.

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    L’ORIGNAL D’ALASKA, PLUS GRAND QUE NATURE

    Coiffé d’une couronne de bois, l’orignal, qui peuple les terres d’Alaska depuis toujours, est le plus grand cervidé du monde. Si la forêt est le domaine où il se réfugie volontiers, en été il doit gagner les vastes étendues d’eau dont il ne peut pas se passer. Supportant difficilement une température supérieure à 10 °C, il aime vivre près des lacs et des marais où il reste de longues heures à se rafraîchir, s’abreuver et se nourrir de plantes aquatiques riches en sodium. Menacé au xxe siècle en raison d’une chasse excessive, l’orignal fait aujourd’hui un retour en force partout en Amérique du Nord grâce à la mise en place de programmes de protection. Néanmoins, l’exploitation intensive des forêts, le braconnage et la chasse illégale peuvent porter préjudice à cet animal sans pareil.

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    UN TERRITOIRE EN SURSIS ? 

    Aujourd’hui, l’inquiétude est grande en Alaska car des menaces toujours plus fortes pèsent sur ce territoire. Dix-sept parcs nationaux, soit les deux tiers de l’ensemble des parcs qu’abritent les États-Unis, ont été créés pour préserver l’équilibre des écosystèmes et réduire l’impact de l’activité humaine toujours grandissante dans cette zone. 

    Deux décisions gouvernementales récentes risquent fort de semer le trouble. Depuis avril 2017, l’administration Trump a publié un décret autorisant la chasse des loups, des ours et de leurs petits jusque dans leurs tanières dans les réserves naturelles d’Alaska, soit près de 310 000 km2, délivrant en sus la permission de tirer sur les animaux à partir d’un avion ou d’un hélicoptère. En septembre 2019, cette même administration a déclaré que les forages pétroliers sur les 6 500 km2 de côtes du refuge faunique national Arctic, au nord-est de l’Alaska, n’auraient qu’un faible impact sur l’environnement, ouvrant la voie à la vente de concessions à de grandes compagnies pétrolières. C’est oublier que cette zone est le territoire de mise bas des ours polaires et des caribous.

    Ces mesures inquiètent particulièrement les associations de protection de l’environnement, alors que la crise climatique montre déjà ses effets dévastateurs dans cette partie du monde. Les scientifiques estiment en effet que l’Alaska subit un réchauffement inquiétant, qui est deux fois plus rapide que dans le reste des États-Unis, accélérant la fonte des glaces et la montée du niveau des océans. Ils prédisent des conséquences désastreuses tant pour la faune et la flore que pour les Alaskiens. Préserver les richesses de la nature pour les générations futures, même s’il est de taille, apparaît bel et bien comme le défi des prochaines années !


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