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Norin Chai : « La douleur animale a quelque chose d’universel »


  • Norin Chai : « La douleur animale a quelque chose d’universel »Photo : Shutterstock
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    Le week-end des 5 et 6 décembre 2020 se tiendra une édition entièrement numérique de la Pet Revolution, un congrès tout public réunissant des experts des animaux de compagnie. Le vétérinaire Norin Chai parlera dimanche après-midi de la douleur animale. Nous avons voulu en savoir plus sur son intervention.

    Norin Chai

    Animaux-Online : Le thème de la douleur animal semble extrêmement large, comment l’aborderez-vous dans cette conférence ?

    Norin Chai : Dans un premier temps, je vais tâcher de définir le concept de la Douleur, car il s’agit d’un sujet très complexe, mais aussi très récent. À titre d’exemple, les études sur la douleur chez le bébé et l’enfant commencent réellement à partir des années 1980. Donc, même si la douleur des animaux semble aujourd’hui évidente dans un contexte de bien-être animal, il est important de garder à l’esprit qu’elle n’est pas perçue de la même manière dans le monde, et surtout que c’est un concept en constante évolution. 

    AO : Pourquoi la douleur animale n'est-elle pas perçue de la même façon par tous ?

    N. C. : Pour parler de douleur animale, il faut un contexte défini. S’agit-il de douleur ou de souffrance ? Dans quel cadre moral se trouve-t-on ? Y a-t-il un aspect économique, agroalimentaire ou culinaire ? En fonction de tous ces paramètres, la douleur n’a pas le même statut. Religieux, végans, cuisiniers… tous n’ont pas le même rapport à la douleur animale, car il dépend de considérations émotionnelles, morales ou économiques. J’ai exercé en Indonésie, où l’euthanasie est interdite. Je me retrouvais bloqué face à des animaux pour qui je ne pouvais plus rien faire. La seule solution était d’augmenter les antalgiques jusqu’à ce que l’animal décompense et décède tout seul. En fonction des cultures, la douleur animale n’est pas forcément perçue sur le même plan.

    AO : Est-ce une notion importante dans les écoles vétérinaires de France ?

    N. C. : Les vétérinaires sont formés à l’analgésie, au concept de douleur et de bien-être animal. Nous avons des arguments pour pouvoir dire si un animal a mal ou pas, ainsi que les capacités pour atténuer cette douleur ou l’éviter. Mais c’est un domaine où il y a encore énormément de choses à découvrir. Par exemple, j’ai fait mon 2e doctorat en 2005 et, à cette époque, on ne parlait toujours pas d’anesthésie pour les reptiles et les amphibiens. Dans les laboratoires de recherche utilisant des amphibiens, il n’y avait même pas la notion de médecine pour ces animaux… Aujourd’hui, la recherche zoologique sur le bien-être animal est un sujet de recherche à part entière.

    AO : Comment un vétérinaire peut-il quantifier la douleur d’un animal ?

    N. C. : Il existe des paramètres comportementaux spécifiques à chaque espèce permettant de dire si l’animal a mal. Par exemple, les reptiles arrêtent de manger, les perroquets se déplument et les primates deviennent apathiques. Il y a aussi les paramètres physiques comme une diarrhée, une constipation, des vomissements, de la fièvre… Par exemple, tous les vertébrés qui ont mal cessent de s'alimenter puisque la douleur agit sur le centre de la prise alimentaire, dans le cerveau. Enfin, il y a les paramètres biologiques et biochimiques tels que la mesure et le ratio de certaines substances dans le sang, la réduction des extrémités des chromosomes, etc.

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    AO : Lorsqu’un vétérinaire détecte une douleur, existe-t-il une procédure commune à tous les animaux ?

    N. C. : La première chose que doit faire un vétérinaire s’il se rend compte qu'un animal a mal, et ce, qu’il soit sauvage ou domestique, c’est de vérifier son environnement et de l’installer dans un endroit optimal pour son bien-être. Nuisances sonores, lumineuses, besoins physiologiques, interactions sociales… Il faut d’abord que tous ces paramètres soient réglés de manière optimale, en fonction de l’espèce, avant de donner des antalgiques et de trouver l’origine de la douleur. Par exemple, il faudra vérifier la cage du perroquet : ou elle-est placée dans l’habitacle ? Cela respecte-t-il ses cycles de sommeil ? Cela provoque-t-il du stress ? Pour un reptile, les paramètres du terrarium sont également déterminants. Les douleurs, physiques ou psychiques, sont, la plupart du temps, secondaires à des conditions de vie inadaptées. Toutes les dépressions, les burn-out, et les problèmes de dos (par exemple) que nous rencontrons en sont des preuves. On prend des médicaments pour soigner les symptômes, mais c’est souvent l’environnement qui est la cause de cette souffrance. Si donc la douleur animale est perçue de façon différente en fonction du contexte, il n’en reste pas moins qu’elle possède une part d’universalité. La douleur animale nous ramène à notre propre douleur.

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