Arnaud Dazord : connaître les animaux pour mieux les protéger


  • Arnaud Dazord : connaître les animaux pour mieux les protégerPhoto : Arnaud Dazord
  • Faune sauvage

    Arnaud Dazord, biologiste et responsable zoologique du parc animalier de la Bourbansais, présentera le métier de soigneur et le rôle du zoo dans la protection et la conservation de la biodiversité lors de l’Université d’été de l’animal, le 28 août. Nous lui avons posé quelques questions…

    Animaux-Online : Quel est le quotidien d'un soigneur de la Bourbansais ?

    Arnaud Dazord : La première mission d’un soigneur est l’entretien et le nettoyage des enclos. C’est primordial pour que les animaux se sentent bien. Ensuite, évidemment, il y a tout ce qui est nourriture et médicaments, s’il y en a. Mais, ce qui s’est développé ces dernières décennies, et qui est essentiel, c’est l’observation et la connaissance des animaux. Un soigneur doit connaître sur le bout des doigts les individus dont il s’occupe, et ce en fonction des périodes de l’année. Leurs goûts, leurs relations avec les autres animaux, leur caractère… Et tout cela passe par un temps d’observation tous les jours car il y a des individus auxquels il faut faire attention. Par exemple, sur un groupe de 10 primates, il y en a peut-être 8 qui ne nécessiteront pas d’attention particulière, mais il faudra surveiller le plus vieux ou le plus jeune, celui qui est un peu à l’écart, un peu timide, celui qui a un peu mal à la patte, etc. 

    AO : Existe-t-il une journée type du soigneur ?

    A. D. : Un parc zoologique fonctionne un peu comme un hôpital, puisque les animaux sont là 7j/7 et que les équipes se relaient. Ainsi, tous les matins, les soigneurs font un point pour se passer les informations, que ce soit à l'écrit, sur des cahiers de liaison entre les différents services, ou par des transmissions orales lors des relèves. Ensuite, les soigneurs vont distribuer les premières rations alimentaires dans leurs secteurs respectifs, le petit déjeuner, en quelque sorte, puis vont s’atteler à nettoyer les enclos et à observer les animaux. En fin de matinée, il y a un débrief, puis la préparation d’autres rations car beaucoup d’animaux mangent plusieurs fois par jour. L’après-midi, c’est surtout consacré au contact avec le public à travers des animations pédagogiques ainsi que la distribution des goûters de 14 h, de 16 h, etc. Le soir, nous donnons le dernier repas, puis nous rentrons certains animaux dans les bâtiments et, enfin, on ferme le parc.

    AO : Faites-vous souvent face à des imprévus ? Si oui, lesquels ?

    A. D. : Concernant les problèmes de santé, c’est rare mais ça arrive. Lorsque le soigneur observe quelque chose d’anormal, il fait remonter l’information au chef animalier qui alerte le vétérinaire. Celui-ci jugera de l’importance des observations et choisira ou non d’intervenir. Si intervention il y a, le soigneur prend un peu le rôle d’un infirmier, pour reprendre la métaphore de l’hôpital. Il s’occupera de mettre en place le suivi du protocole médical. 
    Contrairement à un animal domestique, on ne peut pas attraper un animal sauvage, c’est pourquoi il est indispensable de connaître les animaux pour savoir comment donner un médicament, par exemple. Version liquide ? Solide ? Dans un aliment en particulier ? Avec certains animaux, on met en place un "medical training" pour faciliter les examens du vétérinaire. Par contre, il n’y a aucun apprivoisement entre un soigneur et l’animal dont il s’occupe. Il n’y a pas de contact. C’est juste que chaque individu réagit différemment et qu’il faut les connaître.
    Concernant d’autres imprévus, il s’agit de la vie normale : naissances, pathologies, décès, fugues… Je parle ici d’animaux non dangereux, comme nos lémuriens. Chaque année, ils passent les barrières pour aller chercher les mûres d’un côté, puis ce seront les noisettes de l’autre côté. Ce n’est pas Alcatraz, chez nous ! (rires)
    Ce qu’il faut également gérer, c’est la vieillesse des animaux. On fait un peu de gériatrie car, en captivité, les animaux vivent majoritairement bien plus longtemps que dans la nature. Par exemple, le primate qui n’a plus de dents va manger moins vite et moins bien. Le groupe ne va sûrement rien lui laisser, donc il faudra faire attention à le nourrir en décalé, par exemple. C’est ça qui est beau dans un zoo, c’est à la fois une crèche, une école, un centre de loisir, un Ehpad…

    AO : Vous vous occupez également des Programmes européens pour les espèces menacées (EEP). En quoi ces programmes sont-ils importants ?

    A. D. : Effectivement, je suis également en charge des collections animalières. Sur nos 70 espèces, environ la moitié font partie d’un programme de conservation. C’est important car cela permet de garder une population de bonne qualité, tant par le nombre que par le patrimoine génétique, sans jamais prélever d’individus dans la nature. Ces programmes ont deux objectifs : soit conserver ce qu’on peut appeler « une assurance » au cas où, pour l’instant, on ne pourrait pas relâcher ces animaux pour diverses raisons (milieu détruit, braconnage, conflit avec les populations…). Dans un second cas, ces programmes permettent le renforcement de populations déjà présentes. À côté, les zoos sont en lien direct avec les associations, sur le terrain, qui travaillent à créer les meilleures conditions pour que les espèces puissent continuer à vivre. À la Bourbansais, malheureusement, nous n’avons pas la chance d’avoir des espèces destinées au renforcement, comme des vautours fauves ou des chevaux de Przewalski. Comme espèces « assurances » majeures, nous avons les girafes, les tigres de Sibérie, les pandas roux, les lémuriens… En moins connues, et que j’adore, il y a les touracos à crête rouge. La problématique avec cette espèce, c’est que dans les forêts d’Afrique en bon état, la population se porte très bien donc il n’y a pas de raison de venir la renforcer. A contrario, dans une forêt abîmée, l’espèce n’arrive pas du tout à s’adapter donc, là encore, on ne peut pas la réintroduire. C’est toute la complexité du sujet… Enfin, et il ne faut pas l'oublier, l’un de nos rôles est aussi de faire découvrir ces espèces au public.

    ShutterstockUn magnifique touraco à crête rouge

    AO : Le rôle des zoos a-t-il évolué ces dernières décennies ?

    A. D. : Cela fait 20 ans que je fais ce métier et j’ai assisté à une évolution assez spectaculaire. Déjà, j’ai pu observer que les parcs zoologiques étaient de plus en plus recherchés par le public. Cette demande a permis de réunir les conditions adéquates pour développer des moyens et des compétences. Aujourd’hui, je pense pouvoir dire que la communauté zoologique est très impliquée dans la protection des animaux. Ce n’est pas encore parfait, évidemment, mais nous savons où nous voulons aller et les zoos mettent en commun leurs connaissances pour avancer et progresser sur tous les sujets, comme celui de la conception des enclos. Nous découvrons toujours de nouvelles choses qui permettent d’améliorer le bien-être des animaux. Il y a quelques années, par exemple, on ne savait pas fabriquer une volière d’un hectare réunissant une quinzaine d’espèces d’oiseaux. Aujourd’hui, on sait le faire.

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