Une visioconférence pour répondre à l’appel des associations


  • Une visioconférence pour répondre à l’appel des associationsPhoto : Shutterstock
  • Protection/ Abandons

    Alerté par la pétition et la lettre ouverte adressées au gouvernement afin de le sensibiliser à la situation des refuges et des associations, le député Loïc Dombreval a organisé une visioconférence avec les principaux acteurs de la protection animale. L’objectif ? Rassembler les informations afin de les faire remonter au premier ministre.

    En à peine quelques jours, la pétition lancée par le Collectif Chats 100% stérilisation obligatoire et Ethics for Animals a réuni plus de 90 000 signatures. Doublée par une lettre ouverte au président de la République, elle réclame l’autorisation de « rouvrir » les adoptions dans les refuges afin de désengorger les structures d’accueil saturées et de faire rentrer de l’argent dans des caisses à bout de souffle. La demande de dérogation au confinement tient compte du contexte sanitaire particulier et propose d’imiter ce qui se fait actuellement en Belgique où les refuges reçoivent les futurs adoptants sur rendez-vous, un par un, en respectant les gestes barrière et mesures d’hygiène afin d’éviter la propagation du coronavirus.

    Signez la pétition pour que les adoptions reprennent

    La visioconférence initiée par le député des Alpes-maritimes réunissait les initiateurs de la pétition entourés des principaux acteurs de la protection animale (SPA, fondation 30 Millions d’amis, Fondation Brigitte Bardot, Stéphane Lamart, One Voice…), la Sacpa, ainsi que quelques députés sensibles à la cause animale. Le but étant de « mettre tout sur le tapis », a commencé le député LaRem, pour rédiger un compte-rendu afin de faire remonter l’information au premier ministre.

    Pendant près d’une heure 30, ceux qui sont chaque jour confrontés à la détresse animale ont pu exposer leur situation mais surtout leurs craintes que la crise sanitaire sans précédent a fait naître, voire a exacerbées.

    Saturation dans les refuges

    « Le problème est surtout pour les petites associations qui sont très fragiles économiquement », a tenu à préciser d’emblée Gorete Neves, membre du Collectif Chat 100% Stérilisation Obligatoire, initiatrice de la pétition. « Le gouvernement a certes prévu une dérogation pour permettre aux refuges et associations d’augmenter provisoirement leur capacité d’accueil, mais même avec cela, les plus petites seront très vite à saturation mettant les animaux qu’elles recueillent dans une situation de mal-être, voire de maltraitance car nous n’avons ni la trésorerie ni le personnel pour faire face à cet afflux. C’est d’autant plus grave que les adoptions, qui nous permettent de faire rentrer de l’argent et de faire de la place, ont été stoppées net », complète-t-elle.

    ShutterstockRecueillir un animal est la mission d'une multitude de petites associations très fragiles économiquement.

    Les adoptions, une source de revenus

    La description a trouvé un écho auprès des principaux intervenants, notamment du président de la SPA, Jacques-Charles Fombonne, qui a précisé avoir depuis une dizaine de jours sensibilisé les services de l’Etat à la situation sans obtenir de réponse. « C’est cette absence de réponse qui nous a contraints à nous rabattre sur les médias pour espérer être entendus. » Pour le président de la première association de protection animale de France, à la tête de plus de 60 refuges, « le taux de remplissage est quasiment atteint dans la plupart d’entre eux. » Il envisage même d’en fermer quelques-uns pour faire face à l’absence des bénévoles (confinés) et des salariés retenus chez eux pour garder leurs enfants ou parce que sujets à risque face à la maladie. « Nous ferons transférer les animaux des refuges qui fermeront provisoirement leurs portes vers d’autres refuges, ce qui va très vite atteindre nos capacités d’accueil. » L’idée de dérogation pour briser le confinement afin de permettre les adoptions lui paraît donc nécessaire pour libérer des places et éviter des euthanasies massives dans les fourrières dont ils ne pourront plus accueillir les animaux.

    Pas de vague d'euthanasies à l'horizon

    Présent à la consultation, Jean-François Fonteneau, président de la Sacpa, une société privée qui assure les missions de fourrière pour de nombreuses villes de France, a tenu à préciser que ses services n’envisageaient pas à ce jour de procéder à des euthanasies massives comme le laissent craindre les nombreux appels à l’aide. « Actuellement, nos structures ne sont occupées qu’à 30% environ. Sur les 2500 places pour les chiens et 1800 pour les chats, nous disposons encore de plus d’un millier pour les chiens et de 1700 pour les chats (il faut préciser que les services de capture de la Sacpa ont stoppé celle des chats errants pendant le confinement). Ce qui nous permet de pouvoir attendre plusieurs semaines, voire trois-quatre mois avant d’être à saturation », a-t-il précisé, se proposant même de prendre en charge le trop-plein de certains refuges.

    ShutterstockLa nature ne s'arrête pas pendant le confinement. La "saison" des chatons bat son plein…

    Une proposition similaire avait été faite la veille, sur ses réseaux sociaux, et réitérée lors de cette visioconférence par la Confédération nationale défense de l’Animal qui regroupe quelque 270 refuges adhérents et dont les capacités d'accueil toutes ensemble sont 4 à 5 fois supérieures à celles de la SPA. « Nous avons réalisé un sondage auprès de nos adhérents et il semblerait que la crise sanitaire que nous traversons n’ait pas fait augmenter le nombre des abandons. Si bien que nos refuges ne sont pas encore à saturation. Nous serions heureux de tendre la main aux refuges de la SPA et aux petites associations qui ont des problèmes de place », a généreusement indiqué Amélia Tarzi, secrétaire générale, qui a aussi annoncé le déblocage de 500 000 euros pour soutenir les plus faibles et une réserve de 50 tonnes d'aliments pour animaux dont la moitié va être immédiatement transportée vers les associations adhérentes.

    Si l’offre est généreuse (mais est-elle réelle et facile à mettre en place, notamment pour la prise en charge des animaux des associations en surpopulation ?), elle ne répond pas à la crainte la plus importante des petites structures qui ne sont pas rattachées à une grosse association ou fondation : le manque de moyens financiers qui risque de peser, très vite, sur le sort des animaux pris en charge. Toutes ensemble, ces associations, qui pour la plupart n'ont pas de refuge, assurent l'adoption de quelque 20 à 30 000 adoptions par mois (de chats principalement), au rythme, en pleine saison de 4 à 8 par semaine. Mais avant leur adoption, les animaux représentent un coût. « Sans argent, on ne peut pas nourrir et soigner nos animaux », lance Gorete Neves en guise de SOS. « Nous n’avons que les adoptions et les dons pour alimenter notre trésorerie déjà très fragile. »

    Un modèle économique qui repose sur la générosité

    Même détresse chez Kosma Brijatoff, responsable du refuge Agir pour la Vie Animale, qui dénonce « un modèle économique reposant uniquement sur la générosité du public ». Une générosité qui risque d’être impactée par la crise économique qui se dessine derrière la crise sanitaire. Même les plus grosses associations, qui viennent généralement en aide aux plus fragiles voient leurs ressources diminuer. C’est le cas de la Fondation Brigitte Bardot qui a reconnu qu’elle pourra moins se mobiliser pour aider les petites associations car elle est elle-même en difficulté financière à cause de l’arrêt des adoptions.

    Seule la Fondation 30 Millions d’amis a annoncé qu’elle avait débloqué un « fonds d’urgence », par anticipation de l’aide habituellement distribuée en été, d’un montant de deux millions d’euros (en aliments et bons pour des soins vétérinaires) pour passer ce cap difficile. Tout en sachant que cela ne permettra pas de porter secours aux structures trop fragilisées ou qui ont besoin de numéraire pour survivre.

    Appel au secours

    Pour les acteurs de la protection animale présents à cette visioconférence, si la reprise des adoptions, dans le respect des règles d’hygiène, est nécessaire pour reprendre un peu d’air, elle est loin d’être satisfaisante. Car derrière les appels à l’aide que la crise a déclenchés, c’est tout un monde économique d’une fragilité extrême qui crie au secours : celui des toutes petites associations qui, chaque jour, avec peu de moyens, viennent en aide aux animaux abandonnés (surtout aux chats) sans soutien (ou très peu), sans communication ni média qui sont nécessaires pour faire rentrer les dons. Si elles meurent, asphyxie par leurs dettes, c'est des dizaines de milliers d'animaux qui mourront faute d'une prise en charge que même les plus grands refuges ne pourront pas assurer.

    En 2017, lors de la fin des contrats aidés, la détresse de ce « petit » monde de la protection animale n’avait pas été entendue des responsables du gouvernement. Ce SOS le sera-t-il ?

    Il le faudra bien car, à la fin du confinement dont la date n’est pas connue, une autre vague arrivera : celle des abandons retardés (car les gens ne sortent pas) ou qu'on ne voit pas (confinement oblige) et des naissances qui ont lieu en ce moment dans les populations de chats errants. « Pendant le confinement, la nature ne s’arrête pas », a lancé Gorete Neves qui recueille déjà les chatons du printemps…

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