Coronavirus : Chiens de refuge confinés : quelles conséquences ?


  • Coronavirus : Chiens de refuge confinés : quelles conséquences ?Photo : Shutterstock
  • Chiens/ Santé

     

     

    Imposé depuis mardi 17 mars, le confinement à domicile de tous les Français touchera aussi, par ricochet, les chiens de refuge, puisqu’il y aura moins de bénévoles pour les sortir de leur box. Quelles seront les conséquences ? Y a-t-il des solutions ?

    Certes, le gouvernement a pensé à nos compagnons à quatre pattes qui vivent sous notre toit en prévoyant une autorisation de déplacement dérogatoire pour les « besoins des animaux de compagnie » (dernière case de l’attestation officielle). Ceux-là pourront donc continuer de sortir, jouer, courir, faire leurs besoins dans la nature…, même si les déplacements devront être « brefs ».

    L’hygiène, dégât collatéral

    En revanche, quid des chiens de refuge ? Ils sont déjà plusieurs dizaines de milliers à passer l’essentiel de leurs journées seuls (ou parfois à deux) derrière des barreaux, dans des boxes plus ou moins grands. Or - et c’est une conséquence directe du confinement à domicile imposé aux Français - ils sortiront forcément moins, puisqu’il y aura moins de bénévoles au refuge pour les sortir. D’où un autre « dégât collatéral » : l’hygiène. Vu que les chiens passeront plus de temps dans leur box, celui-ci sera rapidement plus sale, souillé d’urine et d’excréments, alors que parallèlement il y aura moins de main d’œuvre pour nettoyer les boxes…

    Bien sûr, tout dépend de la taille du refuge et du nombre de chiens accueillis. Au refuge de Montgeron « Animaux sans foyer » (Essonne), par exemple, où vivent une trentaine de chiens, la présidente Stéphanie Slusarek est formelle : « Il est hors de question qu’on les laisse enfermés. Nos chiens sortent six fois par jour, soit lâchés à tour de rôle dans notre terrain de détente qui fait 3000 m2, soit en laisse pour des promenades. Bien sûr, avec moins de bénévoles et les strictes mesures de sécurité sanitaire mises en place, on va devoir s’organiser autrement. Par exemple, un seul bénévole sortira deux chiens, un dans chaque main. 

    Fin des contacts sociaux entre congénères

    Ce sera beaucoup plus compliqué, voire impossible, dans les refuges plus importants. Surtout que l’on craint une vague d’abandons massifs en même temps que l’effondrement inéluctable des adoptions ! L’équation est simple : les chiens sortiront beaucoup moins, même à tour de rôle dans les aires de détente. Quant aux promenades en laisse, généralement effectuées par les bénévoles, elles seront très réduites. Et comme les bénévoles ne pourront plus sortir à plusieurs, cela supprimera les moments de rencontres, d’échanges et de contacts sociaux entre congénères.

    ShutterstockLa vague d'abandons redoutée risque de contraindre les chiens à être plus nombruex par box.

    Moins fréquentes, les sorties seront également de plus courte durée, puisque les rares bénévoles présents auront plus de chiens à sortir. Si bénévoles il y a… « Pour le moment, nous avons dû demander à nos bénévoles de ne plus venir, explique Nicole Fontenelle, présidente de l’ASDA de Montélimar (Drôme), qui accueille près de 80 chiens. Nous fonctionnons donc uniquement avec nos salariés : deux soigneurs animaliers pour les chiens, un pour les chats. Forcément, ils ne pourront pas sortir tous les chiens. Et on ne peut pas mettre des dizaines de chiens dans le paddock de détente ! Notre secrétaire, qui a beaucoup moins de travail administratif, a proposé d’aider les soigneurs en promenant quelques chiens. Mais on va devoir choisir, et faire sortir en priorité ceux qui supportent le moins le confinement, ou ceux qui sont faciles à manipuler. On s’attend donc à des problèmes de comportement, surtout si ça dure longtemps.»

    Risque de troubles du comportement

    En effet, c’est bien là le risque… Interrogé sur les conséquences directes que ce confinement imposé pourraient avoir sur chiens de refuge, le docteur Antoine Bouvresse, vétérinaire comportementaliste, estime que « les chiens pourront effectivement moins se dépenser physiquement et mentalement, tout dépendra des qualités individuelles, explique-t-il. Certains chiens ont plus de besoins que d’autres. Si ces besoins ne sont pas comblés, à terme, cela va induire une frustration qui peut s’exprimer de deux façons : les animaux peuvent devenir dépressifs, ne plus bouger, ne plus manger, ne plus rechercher d’interactions…. Ou alors, à l’opposé, ils seront dans l’hyper mouvement, extrêmement réactifs, très demandeurs d’interactions au point de bousculer leur soigneur, d’aboyer au grillage, de se blesser… Les chiens les moins équilibrés risquent de basculer de l’hyper joie vers la colère, de vocaliser et d’aboyer en permanence, de pincer leur soigneur auquel ils sont pourtant habitués, etc. 

    ShutterstockLes contacts avec l'homme risquent d'être réduits durant cette période de confinement forcé pour les hommes qui raréfie les bénévoles.

    Hausse du taux de cortisol

    Tout cela peut-il générer des maladies ? Pour Antoine Bouvresse « Cette frustration, peut-être considérée comme un stress chronique. Or, la définition du stress, c’est qu’il est là pour répondre aux questions et s’ajuster à l’environnement. Mais comme le chien ne trouvera pas de solution à cette modification d’environnement, il va être en permanence dans un état de déséquilibre chronique. Cela va générer une hausse du taux de cortisol. Les conséquences ? Chez les chiots, ce sera par exemple une baisse des apprentissages. Chez les chiens adultes, ce sera une atteinte du système immunitaire et endocrinien. Des maladies pourront se déclarer, principalement au niveau respiratoire, digestif et dermatologique. Par exemple des maladies de peau, un eczéma léger qui va empirer, l’apparition de grosses plaques surinfectées… Et puis dans un refuge, avec un système immunitaire défaillant, c’est la porte ouverte aux épidémies : on risque d’avoir des contaminations accrues, comme dans toute collectivité. Par exemple la toux du chenil, qui est à la fois virale et contagieuse. Bref, un cercle vicieux peut s’installer. »

    Augmenter le temps du repas

    S’il ne minimise pas les risques liés au confinement des chiens de refuge, le docteur Bouvresse propose toutefois des solutions : « Outre les astuces déjà utilisées dans les refuges, comme les jouets pour lutter contre l’ennui dans le box, il faudrait que les soigneurs modifient le système de distribution alimentaire. Le principe est d’éviter que le chien mange en quatrième vitesse, et que la durée de son repas soit plutôt de 20, 30 ou 40 minutes. (Il existe des jouets distributeurs de nourriture qui ralentissent le processus, Ndlr).

    Privilégier le lien social

    Il recommande aussi d’ « insister sur l’aspect social. Pour les sorties, certes, les regroupements de personnes ne sont plus autorisés…. mais pas les regroupements de chiens ! Un seul humain devrait prendre l’habitude de sortir non pas un seul chien, mais deux à quatre, par exemple, s’ils s’entendent bien. Et aussi en lâcher plus que d’habitude dans l’aire de détente, en prenant un peu plus de risques peut-être -  quitte à augmenter le protocole de présentation, ou à mettre une muselière. Ce sera d’ailleurs peut-être l’occasion de découvrir que certains chiens, finalement, ont plus de capacités sociales qu’on croyait. »

    A lire : Dog Revolution : Dans la tête des chiens

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