Coronavirus : toutes les informations relatives aux animaux

Le Covid-19 profite-t-il aux animaux?


  • Le Covid-19 profite-t-il aux animaux?Photo : Shutterstock
  • Chats/ Santé

    Si le coronavirus met le monde à l’arrêt, notamment en gelant l’activité économique, la peur qu’il inspire rejaillit sur les animaux, mais différemment selon qu’ils sont sauvages ou domestiques… 

    Et si un virus invisible à l’œil nu venait à bout de traditions ancestrales chinoises ? C’est en tout cas ce que l’on peut espérer suite à l’annonce de l’interdiction « complète et immédiate », émise par le comité permanent du Parlement chinois, de consommer et de commercialiser des animaux sauvages. En cause ? La suspicion que la consommation de leur viande soit à l’origine de la propagation du coronavirus, responsable de plus de 3 000 morts rien que pour l’empire du Milieu.

    C’est le marché de Wuhan, abritant un commerce illégal d’animaux sauvages, qui a été identifié comme foyer de l’épidémie dès son apparition. Imposant une promiscuité étroite entre les hommes et les animaux, il est très tôt pointé du doigt par les scientifiques chinois qui lui reprochent de favoriser le passage, de l’homme à l’animal, de virus potentiellement mortels. Lors de l’épidémie du Sras, en 2002-2003, la chauve-souris, une espèce servie traditionnellement aux menus des Chinois, avait été désignée comme le réservoir du virus. Pour l’épidémie actuelle, c’est le pangolin qui serait l’espèce vectrice de la contamination (réservoir ou hôte, c’est encore difficile à dire). L’animal le plus braconné de la planète fournit en effet la pharmacopée chinoise, qui prête à ses écailles des vertus médicinales, notamment contre le cancer.

    Une aubaine ou un court répit ?

    L’épidémie de Covid-19, et la décision qu’elle a entraînée, seraient donc une aubaine pour ces espèces en voie d’extinction. Mais pour combien de temps ? « Il s’agit là d’un pas en avant significatif de la part du gouvernement chinois qui s’efforce de faire changer une tradition qui n’a plus lieu d’être, estime Aurore Morin, chargée de campagne à l’Ifaw (Fonds international pour la protection des animaux). Cette décision témoigne de la prise de conscience que le coût de ce commerce est bien supérieur aux bénéfices qu’il engendre. » Concrètement, l’interdiction se traduit par la fermeture des marchés illégaux et l’augmentation de la surveillance du commerce en ligne. « Depuis fin janvier, 140 000 annonces ont été bloquées sur Internet, illustre-t-elle. Les contrôles sont également augmentés au sein des marchés, pour s’assurer de la bonne application de la loi. » Toutefois, pour pouvoir observer de réels bénéfices à travers le monde, il faudrait que d’autres pays suivent l’exemple de la Chine. « Il faut que d’autres gouvernements s’alignent, sinon le problème se déplacera, comme cela fut le cas avec le commerce de l’ivoire interdit par la Chine où les trafiquants ont vendu leurs produits ailleurs… » La Chine ne devra pas non plus revenir sur sa décision dès que l’épidémie aura pris fin. Lors de la crise du Sras, le commerce avait également été interdit avant de repartir de plus belle après que le danger avait été écarté.

    L’autre conséquence positive de cette crise sanitaire pour les animaux découle indirectement de l’arrêt de l’économie chinoise. Le confinement des populations dans le pays, considéré comme l’atelier du monde, a fermé les usines de production où la plupart des autres nations se fournissent en matériel et en matières premières. Il n’est qu’à voir les images satellite (ci-dessous) que les chercheurs de la Nasa ont publiées entre le 1er janvier et le 25 février, au pic de la crise en Chine, pour constater la grande différence de stagnation dans l’air de dioxyde d’azote, un gaz émis par les véhicules, les centrales électriques et les usines. Du jamais vu pour les économies mondiales qui paniquent par crainte de la pénurie.


    Image satellite de la pollution liée à l'activité industrielle de la Chine
    entre le 1er janvier et le 25 février 2020. 

    Pourtant, l’arrêt des échanges commerciaux a un effet bénéfique inattendu pour la faune sauvage… marine ! En effet, bloqués dans les grands ports chinois, les navires de marchandises ne circulent plus, entraînant une baisse de la pollution sonore des océans qui nuit tant aux espèces qui y vivent. « L’ampleur de cette baisse de la pollution reste encore à mesurer, précise Aurore Morin de l’Ifaw, mais elle avait déjà été observée après les attentats du 11 septembre 2001 et engendré notamment une baisse de l’hormone du stress chez les baleines. »

    Faut-il craindre la pénurie ?

    Ce stress se redirigera-t-il sur les vendeurs d’accessoires canins et félins, mais aussi de médicaments pour les animaux, que la pénurie de produits, largement fabriqués en Chine, fragiliserait ? « Pour l’instant, il ne s’agit que d’un souci de retard de conteneurs mais c’est encore assez flou, témoigne Ludovic Deswarte, P.-D.G. de Martin Sellier, producteur d’accessoires pour chats et chiens. L’impact est sensible mais étant donné que, depuis treize ans, 70 % de nos productions se font en France et en Europe, il est moindre pour nous. » Si l’épidémie devait s’étendre, et surtout durer, les conséquences pourraient être plus lourdes, notamment parce que « de nombreuses matières premières viennent d’Asie, ce qui risque d’être plus problématique à terme », conclut le professionnel qui a néanmoins constaté, lors du Global Pet Expo d’Orlando (États-Unis), un Salon dédié aux chiens et chats, que certains stands étaient vides à cause de conteneurs bloqués en Chine…

    Du côté des laboratoires pharmaceutiques, c’est la même sérénité qui prédomine. Délocalisée majoritairement en Chine, la production des médicaments, tant dédiés à l’homme qu’aux animaux, ne semblait pas affectée au début du mois de mars, selon le communiqué du Syndicat de l’industrie du médicament et réactif vétérinaires. Son président, Jean-Louis Hunault, estime même que « la crainte d’un blocage de la Chine au-delà de trois ou quatre mois (qui pourrait gêner l’approvisionnement à terme) s’éloigne puisque le nombre de morts du Covid-19 diminue et que le pays se remet doucement au travail.» Pour ce spécialiste, les vétérinaires « ont à leur disposition plus de 2 900 médicaments offrant des solutions multiples de substitution pour traiter toutes les pathologies de nos chiens et chats si un seul venait à manquer »…

     

    A lire encore encore : Pollution sonore : faut-il baisser le son ?