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Covid-19 : La surpopulation féline des refuges a-t-elle des effets ?


  • Covid-19 : La surpopulation féline des refuges a-t-elle des effets ?Photo : Shutterstock
  • Chats/ Santé

    Durant les semaines à venir, les adoptions vont être en chute libre dans les refuges, d’où un risque de surpopulation chez les animaux. Vétérinaires, éthologues et comportementalistes nous expliquent ici les conséquences de cette surpopulation en chatterie. Mais aussi les aménagements à effectuer pour le bien-être de nos amis félins !  

    Dans les semaines qui viennent, les chatteries risquent de se retrouver avec une densité élevée puisque les refuges ont fermé leurs portes au public, ce qui va diminuer les adoptions.

    Pour Brunilde Ract-Madoux, éthologue spécialisée dans les chats, cette fermeture au public aura aussi des aspects positifs – et dans le contexte actuel, voir les bons côtés, ça fait du bien ! « Pas de public du tout, cela veut dire aussi un environnement plus calme pour les chats, souligne-t-elle. Moins de passage, moins de bruit… et donc moins de stress. Certes, les soigneurs risquent de crouler sous le travail parce qu’ils seront moins nombreux, mais d’un autre côté ils n’auront pas le public à gérer et ils auront donc plus de temps pour les animaux. » Pour ceux dont les salariés et les bénvoles viennent encore du moins.

    Aménager les chatteries

    Un temps qu’ils pourraient aussi consacrer, selon Brunilde, à l’aménagement de la chatterie pour faire face à l’excès de population : « Beaucoup de refuges ont déjà des chatteries qui donnent sur l’extérieur, éventuellement ouvertes sur une sorte de volière qui permet aux chats de ne pas rester enfermés. Ça, c’est l’idéal. Quant à l’intérieur des chatteries, certes on ne peut pas pousser les murs… mais on peut essayer d’aménager le mieux possible ! Notamment en exploitant la hauteur, afin que les chats puissent se répartir au maximum dans l’espace. Il faut leur installer des lieux de repos, des cachettes et des endroits où ils pourront se sentir en sécurité. »

    DRAu refuge AVA, les chats ont un accès libre à l'extérieur. Ils vivent la collectivité sans contrainte…

    Plus d’espace pour plus de sentiment de sécurité, voilà la règle d’or pour lutter contre la « surpopulation » féline : « Incontestablement, la promiscuité peut créer du stress, explique l’éthologue. Et ce stress va lui-même générer des changements comportementaux : certains chats vont développer de l’agressivité, tandis que d’autres au contraire vont se montrer inhibés, se cacher dans un coin, ne plus se déplacer, etc. »

    Selon Brunilde, surtout si de nouveaux chats arrivent dans la chatterie, il faut que les félins puissent se déplacer au maximum en s’évitant. Cette notion d’évitement, qui va dans le sens du comportement naturel du chat, est essentielle : « Les chats n’ont pas intérêt à rentrer en conflit, ils préfèrent s’éviter plutôt que se bagarrer, précise-t-elle. Mais pour ça, il faut déjà que l’aménagement de la chatterie leur en donne la possibilité. Alors, bien sûr, il faudra peut-être augmenter le nombre de bacs à litière, de gamelles, etc. Mais attention à ne pas surcharger la chatterie de matériel, afin de laisser de la place pour les déplacements ! »

    Habitudes chamboulées

    Et cela d’autant plus qu’avec la nouvelle organisation dans les refuges liée au manque momentané de personnel, les habitudes risquent d’être chamboulées : « La routine est importante pour les chats, tient à rappeler l’éthologue. Ils étaient habitués par exemple à être nourris à la même heure, et par les mêmes soigneurs. Là, forcément, avec les nouvelles mesures liées à l’épidémie, les horaires changent, les soins sont décalés, des soigneurs ou des bénévoles en moins… Les chats verront arriver des personnes nouvelles, qu’ils ne connaissent pas – par exemple quelqu’un du refuge qui, jusqu’à présent, s’occupait seulement des chiens et qui vient en renfort. Cette rupture dans la routine peut provoquer du stress, d’où l’importance des aménagements dans leur environnement. »

    Coronovirus ou pas, tous les refuges devraient offrir aux chats la possibilité de sortir. Le docteur vétérinaire Thierry Bedossa en a fait son cheval de bataille au refuge AVA, en Normandie ! « Chez AVA, nous avons un hectare entièrement dédié aux chats, où les chiens ne peuvent pas pénétrer, explique-t-il. Et sur ces 10 000 m2 de terrain, nous avons installé 5 chalets de 10m2, eux-mêmes aménagés en 3D, sur plusieurs niveaux, avec panières et micro-niches. Tous les chats qui le souhaitent (car il y a aussi des chats qui préfèrent rester à l’intérieur, et qui vivent heureux en appartement) peuvent sortir. L’essentiel, c’est de respecter leurs besoins éthologiques. Notre objectif est de leur offrir un environnement qui soit l’expression de tous les besoins de l’espèce, et qui leur apporte un meilleur état émotionnel. En d’autres termes, il s’agit de faire de l’éthologie appliquée. »

    DRDes dodos en haut, en bas, des bacs à litière à foison, des lieux de nourrissage dedans dehors… les chats voient la vie en 3D. 

    Le confinement est une source de stress et de maladie

    Justement, sur le plan éthologique comme émotionnel, Thierry Bedossa est formel : « L’enfermement et le confinement extrême sont sources de stress, d’anxiété et de maladies. La promiscuité des animaux, c’est une bombe épidémiologique ! Je suis d’ailleurs en contact avec le président de la SPA pour initier un concept de nouveaux refuges, avec un accès systématique des chats à l’extérieur, qu’on appelle des « catios ». Il faut à tout prix éviter que les refuges disposent pour les chats d’espaces uniquement intérieurs. »

     

    DRAu refuge Ava, les chats peuvent aller librement dans la chatterie et l'enclos. Ils dipsosent d'une grande surface pour s'éviter ou se cotoyer…

    Quant à l’atmosphère ambiante actuelle, le docteur Bedossa se veut optimiste : « Hors de question pour moi de cautionner la psychose ! À ce jour, je n’ai aucun retour factuel sur une soi-disant vague d’abandons. Au contraire, pour l’instant je vois beaucoup d’énergie et de solidarité, des gens qui font des propositions, trouvent des solutions, offrent de donner un coup de main, se proposent comme famille d’accueil, etc. » Un bel exemple d’engagement positif dans la protection animale, à suivre et consommer sans modération !

    Le risque d’abandons massifs jugulé ?

    Guillaume Sanchez, Directeur Général de la SPA, tient lui aussi des propos plus rassurants qu’au début de la crise épidémique : « Il y a eu une première réaction à chaud sur les deux premiers jours, avec des abandons importants faisant craindre un problème très sérieux dans les refuges, a-t-il confié mercredi soir. Mais le message de responsabilité et de non-contagion à l’égard des humains a été bien relayé, y compris par des personnes influentes comme le docteur Thierry Bedossa. Le Président de la SPA a eu de son coté de nombreuses interviews. Le risque semble jugulé, et l’activité des fourrières est calme pour le moment. »

    A vos claviers !
    L’association AVA vient de lancer une pétition contre l'abandon et l'euthanasie injustifiée des animaux victimes de la psychose.
    Pour la signer, cliquez ici