Le projet « Rewild » : faire du zoo de Pont-Scorff un sanctuaire


  • Le projet « Rewild » : faire du zoo de Pont-Scorff un sanctuairePhoto : Rewild
  • Protection

    En décembre dernier, le zoo de Pont-Scorff (Morbihan) a été racheté par Rewild. L’objectif de l’association : relâcher les pensionnaires et transformer les lieux centre de réhabilitation pour des animaux victimes de trafic. Un projet qui déchaîne les passions.

    Cet article est à retrouver dans le dernier numéro du magazine 30 Millions d'Amis (n°381 - février 2020), disponible en kiosque ou ICI.

    Le 16 décembre dernier, la coalition Rewild signait le compromis de vente du zoo de Pont-Scorff, en Bretagne, qui lui confiait immédiatement la gestion du parc. A une condition : que l’ONG rassemble, dans un délai de 5 mois, les 600 000 euros permettant de boucler la transaction. En cinq jours seulement, le budget était atteint tant le grand public a été séduit par l’idée. Car le projet de Rewild à Pont-Scorff consiste tout simplement à réintroduire dans la nature –ou dans des sanctuaires – les 561 animaux qui y vivent et transformer le site en un lieu de réhabilitation pour animaux sauvages sauvés du trafic. Une sorte de sanctuaire avant la nature, la vraie.

    Si la cagnotte est déjà remplie, la coalition a décidé de la laisser ouverte jusqu’à la réouverture du zoo prévue pour la fin du printemps 2020 afin de pouvoir subvenir aux salaires des 17 employés et à la nourriture et aux soins des animaux (une dépense estimée à 100 000 euros par mois). « Pour nous, l’urgence est d’abord d’améliorer les conditions de vie des animaux présents en leur offrant des enclos adaptés et un check-up vétérinaire complet pour voir, ensuite au cas par cas comment on peut envisager un retour à la nature », détaille Lamya Essemlali, co-présidente de Rewild et présidente de l’association Sea Shepherd France. Des sauvetages plus qu’urgents puisque le budget de reprise à peine bouclé, Jakob, le rhinocéros noir est décédé des suites d’un manque cruel de soins qui ont gravement altéré sa santé. L’attention immédiate de Rewild se porte aussi sur les phoques qui étaient maintenus dans un bassin pour otaries rempli d’eau douce, ou encore sur les loups, privés de cachettes dans leur enclos, alors que c’est un besoin essentiel à cette espèce.

    Un parc d’un nouveau genre

    Le Rewild Rescue Center ne compte cependant pas dépendre uniquement de la générosité du grand public pour survivre. L’équipe propose une économie alternative qui n’a rien à voir avec le modèle sur lequel repose aujourd’hui la plupart des zoos de France et du monde. Si le prochain site de Pont-Scorff accueillera toujours du public, celui-ci ne sera jamais en contact visuel avec les animaux du parc. Au programme de la visite payante : des rencontres virtuelles avec les animaux sauvages, un restaurant végétalien, et l’accès à des expositions, conférences, formations et ateliers afin de sensibiliser le grand public à la préservation des espèces sauvages et leur réhabilitation. « On proposera un autre rapport au monde sauvage, pour garder cette connexion sans pour autant que l’animal soit présenté dernière un grillage ou une vitre. On va avoir des milliers d’histoires à raconter entre les animaux déjà présents au zoo et ceux qui vont être sauvés ! » s’enthousiasme Lamya Essemlali.


    Les trois présidentes de Rewild au chevet de Jakob avant son décès

    Les premiers animaux issus du trafic, des reptiles saisis au domicile d’un particulier, sont arrivés en décembre. En janvier, 200 nouveaux animaux, principalement des oiseaux, ont aussi trouvé un abri à Pont-Scorff. Pour la co-présidente, ces saisies, loin de peser sur le budget du futur centre d’accueil, seront une source de revenus puisque la loi prévoit, dans les condamnations que les tribunaux prononcent à l’encontre des trafiquants, des dommages et indemnités reversés aux centres d’accueil et de soin. «  A partir du moment où on offre une structure dédiée, les contrôles vont pouvoir se renforcer, être efficaces, et donner lieu à des condamnations. Lever le sentiment d’impunité est hyper important », conclut Lorane Mouzon, capacitaire au centre de soins pour animaux sauvages Athénas et co-présidente de Rewild

    La réintroduction d’animaux captifs, une utopie ?

    En dévoilant son projet devant les médias, l’ONG s’attendait aux nombreuses critiques qui n’ont pas manqué de la part de la communauté zoologique. Notamment de l’Association française des parcs zoologiques (AFdPZ) qui estime qu’un retour à la vie sauvage pour les animaux issus de trafic est rarement possible compte tenu de leur origine souvent inconnue, de leur état de santé et leur statut sanitaire. « Une remise en milieu naturel implique un processus long de réhabilitation, de sécurisation du lieu de relâcher et d’analyses sanitaires et génétiques pour ne pas contaminer les populations sauvages déjà présentes », a expliqué dans un communiqué Rodolphe Delord, président de l’AFdPZ et directeur du zoo de Beauval.

    L’ONG balaie les craintes en affirmant qu’elle a l’expertise. « La méthode de remise en liberté, c’est notre travail, notre ADN, lâche fièrement Gilles Moyne, directeur et capacitaire du centre Athénas et administrateur de Rewild. Il suffit de suivre un protocole sérieux, adapté en fonction des espèces, scientifiquement élaboré et avec des résultats attestés par des suivis en nature ». Cela passe par une mise en contact minimale de l’animal avec l’homme qui de « nounou » devient « ange-gardien » à distance. « L’année dernière, nous avons relâché avec succès des dizaines de rapaces saisis qui vivaient en captivité depuis 10 ans. Une opération pourtant jugée impossible », illustre-t-il. Toutefois, le collectif est conscient que pour certaines espèces, le défi est encore difficile à relever, notamment en raison du conflit entre l’homme et l’animal sur le territoire ou de l’inexistence d’espaces protégés. Dans ce cas, c’est le placement en sanctuaire qui sera privilégié.

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    Des projets somme toute dans l’esprit de ce que pratiquent déjà certaines structures, à plus petite échelle certes, comme Tonga Terre d’Accueil, dans La Loire, le zoo-refuge La Tanière ouvert depuis quelques mois dans la Sarthe, ou prochainement le sanctuaire Elephant Haven, en Haute-Vienne, qui devrait accueillir quelques éléphants réformés des cirques. « Les parcs zoologiques recueillent beaucoup d’animaux issus du trafic, sans que cela se sache car la plupart n’ont pas le droit de les montrer au public, explique Laurence Paoli auteure du livre “Zoos, un nouveau pacte avec la nature” et directrice de l’institut Unlimited Nature. Mais ils manquent cruellement de place. C’est pourquoi la création d’une nouvelle structure d’accueil est une très bonne idée, qui aurait été bien accueillie si la coalition n’adoptait pas une position philosophique anti-zoo. Rewild se place en juge, en dénigrant ce qui se pratique. C’est ce qui choque la communauté zoologique. Ils présentent leur projet en expliquant qu’ils feront mieux que les autres, alors qu’au final, ils vont mener exactement les mêmes actions, avec les mêmes acteurs et en se heurtant aux mêmes freins que les zoos modernes avec comme seule différence qu’ils ne montreront pas les animaux ».

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    En réalité, la différence est plus profonde car elle oppose deux choix stratégiques. Pont-Scorff et sa nouvelle équipe dirigeante ont pour ambition de proposer d’abord un nouveau rapport à l’animal et à la faune sauvage en pariant sur l’évolution de l’opinion publique. Les zoos qu’on dira plus traditionnels, comme Beauval, Thoiry ou le Bioparc de Doué-la-Fontaine, pour ne citer que les plus grands, ont fait celui de l’économie qui impose de privilégier les investissements permettant d’accueillir le public (la source de revenus la plus importante) avant de financer des programmes de conservation. Les deux visions sont-elles aussi incompatibles que le laisse supposer la polémique actuelle ? A voir… Au final, c’est le public qui tranchera en visitant l’un plutôt que l’autre… ou les deux !

    Rewild est une ONG créée en 2019 par 7 associations spécialisées dans la défense, la saisie, le soin, la réhabilitation d’animaux sauvages victimes de trafics et la protection des habitats naturels (Sea Shepherd, Centre Athenas, Hisa, Le Biome, One Voice, Wildlife Angels, Darwin). Elle est coprésidée par trois femmes : Lamya Essemlali, Lorane Mouzon et Perrine Crosmary.

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