Scandales au zoo d’Amnéville : où est la vérité ?


  • Scandales au zoo d’Amnéville : où est la vérité ?Photo : Shutterstock
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    Le zoo d'Amnéville, en Moselle, est au cœur d'une tourmente médiatique. Tout est parti d’une enquête explosive de France Bleu… Depuis, les révélations ne cessent de s’enchaîner. Mais qui croire ? Des spécialistes du monde zoologique nous aident à comprendre les raisons de la descente aux enfers de ce zoo important de la région Est.

    Liste noire d’employés et de visiteurs, salaires non déclarés et démesurés, enfouissements illégaux d’animaux morts, rejet des eaux usées dans la forêt… Depuis quelques jours, les rumeurs et les témoignages sur le zoo d’Amnéville s’accumulent. L’origine de ces scandales est une enquête de France Bleu réunissant des témoignages accablants de salariés et d’ex-salariés, photos et documents à l’appui, sur les pratiques du premier parc animalier de Moselle.

    Que dit l’enquête ?

    La moitié de l’article ne parle pas d’animaux mais plutôt de la (mauvaise) gestion du personnel. En effet, à ce jour, 120 dossiers seraient traités aux prud’hommes de Metz pour licenciements abusifs. Autre scandale : la divulgation d’une certaine « liste noire » sur laquelle figurent 214 noms (accessible dans l’article de France Bleu). Elle est composée aussi bien de visiteurs, que d'employés ou d’ex-salariés. À chaque fois, une remarque est accolée au nom, précisant si cette personne soutient une association de protection animale, si elle est « anti-zoo », si elle cause des problèmes aux prud’hommes ou simplement si elle est un « élément perturbateur ».

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    Concernant les salaires, plusieurs personnes ont déclaré recevoir une partie en liquide et non déclarée (des montants démesurés pour certains postes). Des salariés se sont vu offrir des cadeaux onéreux de la part de la direction… Pourtant, le zoo est en redressement judiciaire depuis l’été 2016. Un employé dénonce même une comptabilité fantaisiste, où tous les chiffres annoncés depuis 5 ans – visiteurs, dettes, investissements – seraient faux.

    Un cimetière d’animaux

    Mais ce sont surtout les accusations relatives au traitement réservé aux animaux qui ont déclenché la ruée médiatique. Le zoo mentirait sur les causes de la mort de certains animaux et aurait enterré des cadavres dans la forêt pour ne pas payer l’équarrissage. « Ce n’est pas possible, affirme catégoriquement Rodolphe Delord, président de l’Association française des parcs zoologiques (AFdPZ) et directeur général du ZooParc de Beauval. Les parcs zoologiques sont soumis à des règles très strictes. Chaque animal est tracé de sa naissance à sa mort, et la dépouille fait obligatoirement l’objet d’une autopsie avant de partir à l’équarrissage. Surtout, ce service est gratuit pour les zoos lorsque que le chargement dépasse les 40 kilos. L’argument de l’économie ne tient donc pas, ici ». Il ajoute que les seules raisons pour lesquelles une dépouille pourrait ne pas être conduite à l’équarrissage sont le don à un musée à des fins éducatives ou à un laboratoire de recherche à des fins scientifiques.

    Florence Ollivet-Courtois, vétérinaire de la faune de sauvage de renom qui exerce principalement aujourd’hui au zoo-refuge La Tanière, explique que les parcs pratiquent couramment l’enfouissement de certaines parties du corps dans le but de récupérer les os. « Cela a pour but de servir les ateliers pédagogiques de l’établissement, qui sont l’une des obligations d’un zoo au même titre que la recherche scientifique et la conservation ».

    Pour se défendre, l’équipe vétérinaire du zoo d’Amnéville a d’ailleurs expliqué dans un communiqué les détails de la gestion du cadavre de l’ours Olaf qui est cœur de la rumeur. En réalité, il avait été emmené par erreur à la déchetterie avant de finir chez l’équarrisseur.

    Rejet des eaux usées

    L’enquête de France Bleu fait aussi mention d’atteintes à l’environnement, notamment parce que des tubes et des tuyaux sortiraient du parc et déverseraient du liquide à six endroits différents dans la forêt d’Hagondange. Ils évacueraient les eaux usées du bassin des otaries ou encore celles de la fosse des hippopotames… Rodolphe Delord doute de la véracité des témoignages et explique que les parcs zoologiques doivent être rattachés au tout-à-l’égout ou avoir leur propre station d’épuration, par exemple. « Des organismes de contrôle sont là pour vérifier que tout est en ordre. Généralement, nous (les parcs zoologiques, ndlr) avons un à deux contrôles par an ».

    Contactée par Animaux-Online afin de savoir si des dysfonctionnements avaient été notifiés, la préfecture de Moselle a tenu à répondre par écrit :

    « Les services de l'État, et plus particulièrement la direction départementale de la protection des population (DDPP), interviennent régulièrement au sein du zoo d’Amnéville à l'occasion de deux types d’inspections réglementaires. Les premières portent sur le respect des règles en matière de protection et de bien-être animal. Les autres s’intéressent à la réglementation relative aux installations classées pour l’environnement (ICPE).

    Dans le cadre de ces inspections, sont ainsi régulièrement vérifiés :

    - le respect des plans de prévention des risques et des nuisances pour l’environnement ;

    - les compétences et aptitudes du personnel à s’occuper des animaux présents au sein du zoo ;

    - la conformité et l’état des locaux où sont habituellement détenus les animaux, la présence et la conformité des locaux de quarantaine ;

    - les modalités de fonctionnement du zoo permettant d’assurer le respect du bien-être animal (hygiène, propreté, élimination des déchets…) ;

    - la tenue à jour des registres et dossiers sanitaires ;

    - le respect de la réglementation sanitaire, notamment en matière de prophylaxie, de plan de vaccination, d’identification des animaux, de déclaration de maladie ou d’élimination des cadavres…

    Les dernières inspections effectuées par les services de la DDPP de la Moselle n’ont mis en évidence aucune anomalie majeure. Toutefois, les services de l’État ont décidé d’avancer la date de la prochaine inspection. Celle-ci permettra d’expertiser de façon précise les faits dénoncés par la presse ».

    Un zoo à l’excellente réputation

    Pour le directeur du zoo de Beauval, qui connaît bien celui d’Amnéville, dont une pétition réclame aujourd’hui la fermeture, ce dernier ne fait pas partie des zoos à problèmes. « Il existe encore quelques zoos qui ne sont pas de qualité et qu’il faut aider à s’améliorer, mais le zoo d’Amnéville est un zoo de qualité, tourné vers le bien-être animal et la conservation ».  Pour lui, la seule ombre au tableau est l’ambitieux et équivoque projet du TigerWorld, qui a vu le jour en 2015. « Je ne suis pas en phase avec ce spectacle de tigres à la manière des cirques et j’espère que cela changera avec la reprise du parc ».

    « Le zoo d’Amnéville, avant ses problèmes financiers, liés, probablement, à la création de TigerWorld, était un zoo avec une très bonne réputation, membre de l’EAZA (un label d’excellence) et l’un de ceux qui participaient le plus, financièrement, à des actions de conservation in situ », renchérit Laurence Paoli auteur du livre “Zoos, un nouveau pacte avec la nature” et directrice de l’institut Unlimited Nature. « Pour rappel, durant plus de douze ans, le zoo d'Amnéville a soutenu notre travail pour la conservation des espèces animales menacées en nous versant au total plusieurs centaines de milliers d’euros », défend Renaud Fulconis, fondateur et président de l’association Awely. Elle travaille à la conservation des écosystèmes et à l’amélioration de la cohabitation entre les animaux sauvages et les villageois au Congo, au Cameroun et au Pérou.

    Seul point d’accord entre tous, détracteurs comme défenseurs : aucune maltraitance n’a été commise à l’encontre des animaux. Une unanimité qui pousse les experts du monde zoologique sur la piste d’un conflit économique. « Pour moi, il s’agit d’une manipulation financière visant à faire perdre de la valeur au parc avant son rachat évenutel. Je n’ai jamais travaillé dans ce zoo. J'y suis intervenue il y a de nombreuses années, surtout en formation, en 15 ans 4 fois exactement mais je connais très bien les vétérinaires qui sont des personnes très attentionnées, au-dessus de tout soupçon, et avec une éthique indéboulonnable », estime la vétérinaire Florence Ollivet-Courtois. Un avis largement partagé par Laurence Paoli et Rodolphe Delord, ce dernier considérant que 95 % des accusations relayées dans les médias sont fausses.

    La source de tous leurs problèmes : TigerWorld

    En y regardant de plus près, il semble bien que tout ait dérapé lors de la création de TigerWorld, à l’origine de la dégringolade de ce grand parc mosellan qui enregistrait 700 000 entrées en 2012. Cette installation a été un gouffre financier qui aurait coûté – selon France Bleu – 33 millions d’euros. Un choix stratégique et assumé qui a eu pour conséquence l’exclusion du parc de l’EAZA. En effet, TigerWorld a été jugé contraire à l’éthique de l’association. Dès lors, le zoo d’Amnéville ne peut plus bénéficier des programmes d’élevage dédiés à la conservation des espèces et au prêt d’espèces rares et doit donc acheter ses animaux.

    Consultez aussi notre dossier : Cirques et animaux sauvages

    « Michel Louis (le directeur du zoo) a voulu fusionner deux univers qui n’ont rien à voir, ce qui lui a d’abord valu des reproches éthiques puis, probablement, ces problèmes de gestion, détaille Laurence Paoli. Ces mondes ont en commun l’animal captif, mais l’un dans un but de divertissement et l’autre dans un but de recherche, de conservation et d’éducation, avec des règles très strictes à suivre ». Selon elle, l’avenir du zoo dépendra de ses repreneurs. « Soit il faudra repartir sur des animations en rapport avec l'enrichissement du milieu des animaux, soit, comme c'est déjà pratiqué dans d'autres parcs, séparer la partie zoologique et les attractions, les animaux n'ayant aucun rôle actif à jouer dans ces dernières ». La chambre commerciale de Metz annoncera sa décision (reprise ou liquidation) le 18 décembre concernant l’avenir de l’établissement, endetté à hauteur de 53 millions d’euros.


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