Université d'été de l'animal : le talent des animaux à l’honneur

Philippe J. Dubois : apprendre à réécouter la nature


  • Philippe J. Dubois : apprendre à réécouter la naturePhoto : Philippe J. Dubois
  • Bons plans/ Événements

    À l’occasion de l’université d’été de l’animal, organisée par la journaliste Yolaine de la Bigne du 22 au 25 août 2018 au château – et parc animalier – de La Bourbansais, en Bretagne, l’ornithologue Philippe J. Dubois parlera de son ouvrage « Petite Philosophie des oiseaux », écrit avec la philosophe Élise Rousseau. Ces petites bêtes à plumes ont effectivement plein de choses à nous apprendre. Encore faut-il savoir les écouter…

    Animaux-Online : D’où vient cette passion pour les oiseaux ?

    Philippe J. Dubois : Je dirais qu’elle date de toujours. Tout jeune, je m’émerveillais devant les animaux, sauvages comme domestiques (les vaches, surtout). Et puis, à l’âge de 12 ans, ma grand-tante m’a offert un guide de détermination des oiseaux, que j’ai d’abord trouvé très fastidieux. Puis je l’ai rouvert et là, je me suis mis à vouloir identifier moi-même les oiseaux que je voyais. Et la passion est née, et ne m'a jamais quitté.

    AO : Pourquoi faut-il « réapprendre » à les observer et à les écouter ?

    PJD : On ne sortira pas de cette course folle qui nous mène visiblement dans le mur si on ne change pas notre propre disque dur. Et cela passe, pour rester dans la métaphore informatique, par la réinstallation de logiciels, notamment celui de retrouver la nature qui est notre terreau et notre maison. Écouter, voir, la nature, les oiseaux, c’est reprendre contact avec eux et donc nous retrouver nous-mêmes.

    AO : À quel moment a-t-on perdu cette faculté ?

    PJD : C’est récent. Sans doute avec l’émergence de l’ère industrielle, à la fin du XIXe siècle. Ce qu’on appelle le "progrès" nous a détournés des valeurs naturelles que nous apporte notre environnement au profit de valeurs matérielles qui nous en éloignent.

    AO : Et donc, justement, comment les observer et/ou les écouter ?

    PJD : Simplement, en prenant le temps. S’asseoir sur un banc, un matin ou un soir, quelques instants, et regarder autour de soi. On va voir le buisson, l’arbre, la mare devant nous s’animer soudainement, se peupler d’êtres vivants. Et ces êtres bougent, communiquent, s’expriment. Avec l’expérience, on rentrera dans leur intimité et, de ce fait, on prendra conscience de leur importance pour nous-mêmes.

    AO : La vue est-elle plus importante que l’ouïe, ou inversement ?

    PJD : Peu importe. À chacun ses facilités. Pour l’un, ce sera la vue, pour l’autre l’ouïe, parfois les deux.

    AO : Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut débuter dans l’observation de la nature ?

    PJD : La patience et la modestie. Savoir se fondre dans son environnement, sans vouloir "jouer à l’humain", c’est-à-dire : "C’est moi qui suis en haut de la pyramide du vivant, c’est moi qui domine, la nature doit se soumettre". C’est bien ce qui pourrait causer notre perte. Donc y aller tranquille, modeste, attentif, bienveillant.

    AO : Pourquoi la nature est-elle si importante ? Que nous apprend-elle ?

    PJD : La nature, c’est nous. Où plutôt nous en sommes une part entière. Penser que nous pouvons nous en abstraire, que nous serons plus forts qu’elle, qu’elle est inépuisable, c’est nous condamner, à terme. La nature nous dit qu’elle aura toujours le dernier mot. Ce n’est pas la disparition de le la nature qui m’inquiète, finalement, c’est celle de l’homme.

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