Université d'été de l'animal : le talent des animaux à l’honneur

Laurent Tillon : nos amies les chauves-souris


  • Laurent Tillon : nos amies les chauves-sourisPhoto : lanimaletlhomme.com
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    À l’occasion de l’Université d’été de l’animal, organisée par la journaliste Yolaine de la Bigne du 22 au 25 août 2018 au château – et parc animalier – de La Bourbansais (Ille-et-Vilaine), partez à la découverte des chauves-souris. Mode de vie, super pouvoirs, intérêt écologique… Laurent Tillon, chargé de mission faune et biodiversité à l’ONF et spécialiste des chauves-souris, vous fera aimer ces animaux incroyables.

    Animaux-Online : Comment êtes-vous devenu un spécialiste des chauves-souris ?

    Laurent Tillon : Depuis tout petit, la nature me fascine. Dans les herbes hautes, je chassais les insectes, les lézards... Je suis un curieux de la nature. Pour le coup, parce qu'elles sont nocturnes, mon intérêt pour les chauves-souris est venu tardivement. Leur étude en milieu naturel est complexe et nécessite du matériel sophistiqué auquel je n'avais pas accès. J'avais près de 20 ans quand on m'a proposé de les étudier en forêt, à l'Office national des forêts (ONF). Au départ, j'étais enthousiaste à l'idée de les étudier, mais sans perdre de vue le reste de la biodiversité (les insectes et autres petites bêtes). Ce que je n'imaginais pas alors, c'est que quand on apprend à les connaître, on ne peut qu'être fasciné. Il devient alors impossible de ne plus les contempler. Par chance, j'en ai fait mon métier à l'ONF.

    AO : Pourquoi cet animal fait-il peur ? Est-ce mérité ?

    L. T. : Cet animal fait peur, mais j'ai bien du mal à comprendre pourquoi. En fait, c'est probablement lié à ses mœurs nocturnes, car la nuit fait peur. Nos anciens avaient pour habitude de véhiculer l'image populaire d'animaux s'accrochant aux cheveux puis suçant le sang pour empêcher les jeunes filles de sortir la nuit. Ça fonctionnait, mais cette croyance, totalement infondée, perdure encore aujourd'hui. C'est totalement faux. Et si on aperçoit une chauve-souris voler près de nos têtes à la tombée de la nuit, ce n'est que pour une seule raison : manger les moustiques qui tentent de nous piquer.

    AO : Sont-elles menacées ?

    L. T. : À cause de ces croyances, on en a peur, et on a tendance à les massacrer quand elles s'installent près de chez nous. Dommage, car ce sont nos meilleures alliées. Par ailleurs, la modification des paysages et l'utilisation des insecticides ont détruit leurs habitats et amoindri leur capacité à se nourrir. Certains prédateurs comme les chats causent aussi de gros dégâts dans certaines colonies. Ainsi, les populations de la plupart des espèces baissent progressivement depuis les années 1960. Dernièrement, la multiplication des infrastructures linéaires de transport et le développement de l'énergie éolienne ont contribué à fragiliser certaines espèces. Néanmoins, ce bilan est contrasté. Si ces espèces sont clairement menacées, certaines actions de conservation portées par tout un réseau d'acteurs ont contribué à restaurer certaines populations, comme c'est le cas pour le murin à oreilles échancrées dans le centre de la France et pour le grand rhinolophe dans toute la moitié ouest de la métropole. Ce résultat démontre qu'il est possible d'agir efficacement pour la préservation de la biodiversité. Ça vaut le coup !

    ShutterstockUne colonie de murins à oreilles échancrées (Myotis emarginatus)
    ShutterstockUn grand rinolophe (Rhinolophus ferrumequinum)

    AO : En quoi sont-elles indispensables aux écosystèmes ?

    L. T. : Une question se pose maintenant : pourquoi faire ces efforts de conservation ? Les chauves-souris sont tout au bout de la chaîne trophique, c'est-à-dire qu'elles mangent des insectes, qui mangent d'autres insectes, qui mangent eux-mêmes des plantes, etc. Donc, on sait aujourd'hui que dresser un état des lieux des populations de chauves-souris sur un territoire permet d'avoir une idée de l'état de santé de cet espace. Et on s'est rendu compte qu'elles jouaient un rôle essentiel de régulation des insectes pouvant poser des soucis. En forêt, par exemple, le murin de Bechstein dévore jusqu'à 250 chenilles d'un papillon qui mange les feuilles de nos chênes, la tordeuse verte du chêne, et risque de fragiliser le développement de l'arbre. Une colonie de cette espèce mange ainsi 1,5 million de chenilles en un mois, ce qui est considérable. Les forestiers conservent aujourd'hui des arbres dans lesquels cette espèce trouve refuge pour que la chauve-souris l'aide naturellement à lutter contre ce ravageur potentiel des forêts. Plus proche de nous, la pipistrelle commune dévore entre 600 et 1 000 moustiques par nuit. De quoi faire réfléchir tant sur leur rôle dans nos écosystèmes que sur la nécessité de leur laisser une place autour de nous.

    ShutterstockUne tordeuse verte du chêne (Tortrix Viridana), le repas préféré du murin de Bechstein
    ShutterstockUne pipistrelle, amatrice de moustique

    AO : Qu’est-ce qui vous fascine le plus chez ces animaux ?

    L. T. : Au-delà de tout ça, leur étude nous apprend finalement que ce sont des animaux dont le modèle social pourrait nous inspirer : elles vivent en colonies très soudées, avec des nourrices qui remplacent les mères dans le gîte pour permettre à ces dernières d'aller manger en forêt. Et ce qui est probablement le plus fascinant, c'est qu'elles sont dotées de technologies high-tech d'une telle puissance qu'elles n'ont rien à nous envier. Au contraire, même, l'homme devrait s'inspirer de ce que la nature leur a donné.