Votre chat est-il un fin gourmet?


  • Votre chat est-il  un fin gourmet?Photo : Fotolia
  • Chats/ Comportement

     Le chat domestique ferait-il tourner son maître en bourrique ? La truffe délicate, le goût affirmé, c’est parfois après plusieurs minutes passées à renifler que notre félin daigne – ou pas – goûter le plat qu’on lui présente. Et là encore, il n’est pas certain qu’après une petite bouchée, il ne décide de faire demi-tour, nous laissant perplexes devant tant de mépris ! C’est alors que l’on se prend à envier le maître du labrador qui pose à peine la gamelle qu’elle est déjà « aspirée » par une gueule avide de nourriture, n’importe laquelle, et qu’un regard plein de reconnaissance (d’envie d’être resservi aussi peut-être) nous hisse au rang du maître a-do-ré !

    chasseur repu

    La caricature est peut-être poussée à l’extrême mais il est vrai que le chat et le chien semblent se situer aux extrêmes opposées en matière de goût. À quoi cette différence est-elle due et d’où vient la difficulté à satisfaire les papilles de la plupart des matous ? Car si l’on observe le chat haret, c’est-à-dire le chat domestique retourné à l’état sauvage, force est de constater que ce carnivore strict ne fait pas le difficile. Il répartit ses repas en dix à vingt prises, de jour comme de nuit, et son menu se compose indifféremment de petites proies (rongeurs, oiseaux, reptiles…), dont les saveurs sont très variées. Les scientifiques qualifient ce chasseur solitaire « d’opportuniste ». Selon les régions et les saisons, le régime alimentaire du chat haret s’adapte même aux contraintes écologiques. Ce qui est constant, c’est le temps quotidien consacré à la chasse qui dépend à la fois du nombre et de la dispersion des proies, de la motivation et de l’expérience du chat. En moyenne, pour une chasse couronnée de succès, le chat aura fait de trois à cinq tentatives. Un chat bien nourri continue de chasser, car la faim ne déclenche pas la recherche de proie mais augmente la probabilité de mise à mort.
    Notre chat de compagnie, confortablement installé sur notre canapé, conserve le comportement alimentaire de son ancêtre ou cousin sauvage. Il apprécie ainsi de pouvoir se nourrir une quinzaine de fois par jour en petites prises. C’est pourquoi on recommande habituellement aux maîtres de lui laisser la nourriture en libre-service quand il n’a pas de problème de poids, ou de fractionner la ration quotidienne en plusieurs mini-rations afin de satisfaire ce besoin. En principe, le chat est capable de réguler son apport énergétique avec précision, c’est certainement une adaptation pour maintenir un poids optimal pour la chasse. Mais des facteurs comme l’ennui, la solitude, la stérilisation perturbent cette autorégulation. Mais même s’ils n’ont pas, ou plus, la possibilité d’aller à la chasse, les chats en conservent les réflexes et ont besoin d’assouvir leur comportement de prédation et d’y passer du temps. Heureusement, de nombreux dispositifs alimentaires permettent à notre matou de reproduire, en partie, la séquence de chasse et donc de se dépenser mentalement et physiquement : distributeurs mobiles de croquettes, labyrinthes, plateaux d’activité, tunnels…
    Malgré le recours à ces dispositifs, il arrive cependant que notre chat de compagnie rechigne devant un bon petit plat alors que ses cousins en liberté profitent de toute opportunité d’alimentation. La domestication serait-elle responsable de cette évolution ? En réalité, le chat est un être sélectif sur la nourriture, et l’expérience précoce joue un rôle très important dans sa sélection alimentaire future. Tout événement aversif lié à l’alimentation peut donc lui faire changer ses préférences.
    Pour comprendre le processus d’attraction et d’aversion alimentaire, une équipe de chercheurs s’est intéressée aux préférences des chatons en donnant à leur mère une nourriture particulière lors de la gestation pour un premier groupe, et après la naissance pour un second groupe. Les résultats ont révélé que les chatons avaient tendance à se tourner vers l’odeur qu’ils connaissaient et à préférer la nourriture familière à celle qui leur était inconnue. Lorsque les petits étaient exposés à ce stimulus odorant avant et après la naissance, la préférence alimentaire entraînait un effet encore plus fort, et ce jusqu’à l’âge de 6 mois. Cette étude souligne donc l’importance du rôle de la mère dans le choix de l’alimentation destinée à ses jeunes. N’est-ce d’ailleurs pas elle qui les amène progressivement vers  l’aliment solide ? Tout comme c’est elle qui les guide dans leurs choix alimentaires futurs lorsque ses petits l’observent se nourrir et reproduisent son comportement. Pour éveiller le palais de son chaton, il est donc suggéré de varier la gamme alimentaire qu’on lui offre.

    s’en lécher les babines

    Pour les préférences des chats adultes, des scientifiques français se sont demandés si la texture des aliments jouait un rôle. Ils appellent cela la palatabilité (la caractéristique des aliments agréables, ou pas, au palais). Ils ont donc proposé deux types de croquettes à des chats, l’un étant manifestement plus agréable au palais que l’autre car les chats en consommaient davantage. Les chercheurs ont observé que les chats passaient moins de temps à sentir leurs croquettes préférées, suggérant moins d’hésitation. Une autre équipe a montré que si des croquettes particulières avaient une odeur plus attirante qu’une autre, les chats préféraient les manger sans goûter aux autres. En revanche, lorsqu’ils avaient très faim, ils consommaient sans rechigner l’aliment moins appétissant. Ce qui est rassurant puisqu’un chat ne se laisse jamais mourir de faim à moins qu’il ne soit malade ou que son odorat ne soit affecté par une maladie.
    Les scientifiques ont également noté que les chats réagissaient selon qu’ils aimaient ou, au contraire, n’appréciaient pas les plats proposés. Le plaisir de manger s’exprime en reniflant le bol, en léchant la nourriture, puis en la mangeant avant de se lécher les babines et de se toiletter longuement. À l’inverse, lorsqu’il n’aime pas, le chat sent la nourriture, la lèche puis la mange avant de se lécher rapidement le museau. Ce dernier comportement est souvent lié à la contrariété chez le chat. Au travers de ces expériences, il a été démontré que l’odorat associé au goût est indispensable à la détection et à la sélection de la nourriture. Quand l’animal reconnaît un aliment, il le préfère à celui qu’il ne connaît pas. S’il existe, l’attrait pour la nouveauté n’est que temporaire chez nos félins domestiques. Ne vous y fiez donc pas. Il dure en moyenne cinq ou six jours. Après, le matou retourne invariablement au plat qui lui est familier. Certains sont même carrément réticents à la nouveauté. Cela s’appelle la néophobie, un phénomène de rejet de l’aliment nouveau que les mamans connaissent bien chez les jeunes enfants ! Ce rejet est certainement dû à un manque de diversification alimentaire dès le plus jeune âge ou à une expérience négative (aversive) avec le nouvel aliment. Il y a donc plusieurs raisons à ces différences individuelles mais il est aussi important de tenir compte de la texture et de l’appétence de l’aliment. Expérience précoce, apprentissage social, tempérament, sont les facteurs jouant un rôle dans la préférence alimentaire.

    critères nutritionnels

    Les chats de compagnie et les chats errants n’adoptent donc pas les mêmes stratégies alimentaires. Nourris depuis leur plus jeune âge avec de la nourriture industrielle, nutritionnellement complète, les premiers semblent plutôt rejeter toute nouvelle nourriture. Pour eux, il n’y a pas de nécessité à sélectionner sur des critères nutritionnels contrairement aux chats errants qui choisissent ce qu’ils vont manger afin d’avoir un régime équilibré. C’est ce que des chercheurs anglais ont voulu montrer en proposant différents types de nourriture à des chats de maison et à des chats de ferme. Ces derniers avaient tendance à préférer les aliments rares ou absents de leur régime habituel, alors que les chats de compagnie se sont plutôt dirigés vers ce qu’ils connaissaient.


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