Médecine vétérinaire : c'est déjà demain

L'Animal, un patient comme les autres


  • L'Animal, un patient comme les autresPhoto : A. Beinat
  • Chats/ Santé

    Gérer la douleur, prévenir la maladie, se spécialiser, s’adapter aux espèces et à la clientèle…
    Le vétérinaire a, ces dernières décennies, opéré une révolution de sa pratique.
    Une nécessité s’il veut coller à l’évolution de la société, qui considère désormais l’animal
    comme un membre de la famille à part entière.

    Qu’il soit humain ou animal, un être vivant guérit plus vite quand il ne souffre pas. Aujour­d’hui, de nombreux vétérinaires ont intégré la prise en charge de la douleur de l’animal comme les médecins l’ont fait pour nous plusieurs décennies auparavant. Une préoccupation somme toute récente si on se souvient que, dans les années 1950, le chat était castré à vif, sans anesthésie, au prétexte qu’il était insensible.

    Aujourd’hui, pour soigner sans faire souffrir, les vétérinaires disposent de nombreux médicaments à base de morphine et autres puissants anti-douleur qu’ils peuvent administrer soit avant un acte chirurgical, soit pendant, soit après. Certains d’entre eux se sont même mobilisés pour revoir leurs pratiques. C’est le cas, par exemple, du réseau Cap Douleur qui fédère plus de 600 praticiens autour d’une charte en dix points par laquelle ils s’engagent à une meilleure prise en charge de la douleur, qu’elle soit traumatique, post-opératoire ou d’origine médicale. Grâce à ce réseau, créé par le Dr Thierry Poitte, les praticiens ont accès à des formations, des connaissances et des outils facilitant la gestion de la douleur des animaux. Les bénéfices sont importants dans la guérison.

    La prévention à l'honneur

    La prévention occupe aussi désormais une place de choix au sein des consultations et, au-delà de la traditionnelle consultation vaccinale, sont apparues des consultations pédiatriques, gériatriques, des bilans annuels de santé, etc.

    La modification de la clientèle des cliniques vétérinaires est aussi à l’origine de l’évolution de la pratique vétérinaire, notamment en ce qui concerne les espèces soignées. Si, longtemps, les études vétérinaires ont concentré les connaissances sur les chiens et les animaux dits de rente (de ferme), il faut bien constater aujourd’hui que ces derniers ne sont plus majoritaires et qu’un vétérinaire qui ne voudrait soigner que les chiens aurait besoin de sources de revenus complémentaires. Car désormais, le chat fréquente majoritairement les cabinets vétérinaires où il mettait rarement les pattes il y a encore trente ans. La clientèle féline est devenue si importante que douze cliniques lui sont entièrement consacrées dans notre pays. Sept autres ont mis en place un programme, d’origine anglo-saxonne, visant à rendre leur structure plus accueillante pour les chats, qui sont des animaux particulièrement stressés.

    Un protocole de prise en charge spécifique, un équipement adapté, des conditions d’hospitalisation distinctes… ces cliniques « félines » mettent tout en œuvre pour accueillir confortablement et sereinement les 13,5 millions de chats que compte notre pays. S’ils ne sont encore que 20 % à être identifiés (contre 80 % des chiens, malgré une obligation légale pour l’espèce féline depuis 2012), ce ratio devrait donc s’égaliser et leur médicalisation continuer de progresser.

    Les nouveaux animaux de compagnie ou NAC (furets, lapins nains, perroquets, reptiles…)  sont eux aussi plus présents dans les cabinets et bénéficient d’un enseignement vétérinaire particulier et de cliniques spécialisées.

    Cette évolution de la pratique vétérinaire est allée de pair avec une transformation du profil des patients et des spécificités sanitaires de leurs espèces. Et si l’imagerie est aujourd’hui une spécialité de la médecine vétérinaire, elle n’est pas la seule. La spécialisation des praticiens est d’ailleurs devenue une constante en médecine vétérinaire au point que l’Ordre des vétérinaires a créé, en 2015, une nouvelle catégorie d’établissements de soins : les centres de spécialistes.

    Des équipes spécialisées

    Le vétérinaire peut donc aujourd’hui exercer en cabinet, en clinique, en centre de spécialistes ou en centre hospitalier vétérinaire (ces derniers existent officiellement depuis 2003). Le cabinet vétérinaire comprend au moins un lieu de réception et un local d’examen ; la clinique vétérinaire dispose en plus d’un local d’examen, un local de chirurgie, un espace d’imagerie médicale et un local d’hospitalisation. Un vétérinaire y est présent pendant les horaires d’ouverture ainsi qu’au moins une personne qualifiée. Le centre de vétérinaires spécialistes est, quant à lui, un établissement où exercent exclusivement des vétérinaires spécialistes avec, pour chaque spécialité exercée, des exigences en locaux et matériels. Enfin, le centre hospitalier vétérinaire comprend une équipe pluridisciplinaire d’au moins six vétérinaires à temps plein, dont au moins un spécialiste, et six personnes qualifiées à temps plein.

    Les femmes changent la donne
    Le visage de la profession vétérinaire est en pleine mutation. Considéré comme un métier d’homme jusque dans les années 1980, la tendance s’est inversée et la profession s’est fortement féminisée. Plus de 70 % des étudiants admis en école vétérinaire sont désormais des femmes (71,17 % cette année).
    Au niveau des praticiens inscrits à l’Ordre des vétérinaires, la parité parfaite a été obtenue le 1er février 2017 avec 9 119 hommes et 9 119 femmes (libéraux et salariés confondus). Depuis, le nombre de femmes vétérinaires augmente tandis que celui des hommes ne cesse de diminuer.
    La majorité des jeunes femmes vétérinaires s’orientent vers l’exercice canin, préfèrent souvent le salariat et choisissent des temps de travail adaptés à une vie familiale en parallèle. Mais elles sont aussi plus sensibles et souvent plus empathiques envers les clients, meilleures en communication et plus formelles dans leurs interventions (davantage adeptes du devis notamment).