Abattage rituel : le consommateur complice sans le savoir


  • Abattage rituel : le consommateur complice sans le savoirPhoto : Shutterstock
  • Protection/ Elevage

    Pour qu’une viande soit certifiée halal ou casher, l’animal ne doit pas être (entre autres) étourdi avant la mise à mort. Cette caractéristique n’est pourtant pas le seul point de discorde entre consommateurs, défenseurs des animaux, vétérinaires et religieux.

    Depuis janvier 2019, la Belgique a interdit la pratique de l’abattage rituel sans étourdissement. Bien que cela ait suscité de vives réactions dans les communautés juive et musulmane, les associations de défense du bien-être animal saluent cette démarche. Dans la continuité de ce sujet, la Maison du barreau a organisé, fin janvier, une conférence sur le thème de l’abattage, avec une grande attention portée à l’abattage rituel. Arguments religieux, scientifiques, législatifs, éthiques… Animaux-Online fait le point sur cette pratique controversée.

    51 % d’abattage rituel

    « Il y a 69 milliards d’animaux abattus dans le monde chaque année. En France, ils sont 1,1 milliard, dont 2 millions de vaches. Cela correspond également à 5 tonnes de viande par jour », énumère Marie-Bénédicte Desvallon, avocat à la cour et responsable de la commission ouverte « Animaux » qui s’est déroulée le 25 janvier 2019. « Selon un rapport du conseil général de l’alimentation, l’abattage rituel représenterait 51 % de ces chiffres, soit bien plus que les besoins des pratiquants ». En France, l’étourdissement avant la mise à mort est obligatoire, à part s’il s’agit d’un abattage rituel, d’une situation d’urgence, ou si l’animal est dangereux. Selon Frédéric Freund, de l'association Œuvre d'assistance aux bêtes d'abattoirs (OABA), 130 des 265 abattoirs de boucherie (bovins, ovins, caprins, porcins, équins) détiennent l’agrément pour pratiquer l’abattage rituel.

    Quelques règles de l’abattage rituel 

    L’abattage rituel concerne l’islam et le judaïsme et fournit à la viande les appellations halal et casher. Dans les deux religions, de nombreuses règles sont à respecter. Liliane Vana, spécialiste du droit hébraïque, talmudiste et philologue explique, entre autres, que le couteau utilisé doit être exclusivement réservé à l’égorgement des animaux, que ce dernier doit être pratiqué d'un seul geste « par égard pour la souffrance de l’animal », mais que l’étourdissement préalable est interdit. « Dans le droit juif, l’étourdissement porte atteinte à l’intégrité de l’animal, c’est pourquoi il est interdit », détaille la spécialiste. « Ce qui est autorisé par la loi juive est l’étourdissement immédiatement après égorgement. Cela est déjà pratiqué dans plusieurs pays, mais pas en France ».

    Pour la viande halal, c’est assez similaire. Azzedine Bahi, gestionnaire administratif de l'Association rituelle de la Grande Mosquée de Lyon (ARGML), insiste sur le fait que l’animal ne doit pas voir le couteau avant la mise à mort, ni les autres animaux en train de se faire égorger ou déjà morts. « En amont, le transport de l’animal doit également faire en sorte que son bien-être soit préservé ».

    Douleur et stress

    L’argument principal visant à obliger l’étourdissement dans l’abattage rituel est bien évidemment la souffrance engendrée sur l’animal. En 2015, le Conseil national de l’Ordre des vétérinaires a finalement pris position, avec de nombreuses études scientifiques à l’appui. « Tout animal abattu doit être privé de conscience d’une manière efficace préalablement à la saignée et jusqu’à la fin de celle ci », a déclaré Michel Baussier, président de l’Ordre à l’époque. Un rapport de 2011 du conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux montre, par exemple, qu’un bovin peut attendre jusqu’à 11 minutes après l’égorgement avant de perdre conscience. Durant ce laps de temps, l’animal ressent anxiété, détresse et douleur.

    Le consommateur ne sait pas ce qu’il mange

    Plusieurs raisons font que le consommateur mange de la viande halal ou casher sans le savoir. La première est que, généralement, lorsqu’un abattoir est agréé, il ne réalise que ce type d’abattage plutôt que de faire deux circuits différents. Ensuite, après l’abattage rituel, la carcasse peut ne pas être certifiée si elle présente certains défauts (qui ne la rendent pourtant pas impropre à la consommation). Elle retourne donc dans le circuit classique. Enfin, la partie arrière de l’animal, comportant le nerf sciatique, est interdite à la consommation dans le judaïsme. « En Israël, ils ont la technique pour l’enlever et ainsi consommer tout l’animal, mais pas en France. La moitié de l’animal rejoint là aussi le circuit classique et le consommateur mange donc la viande d’une bête qui n’a pas été étourdie, sans le savoir », déplore Olivier Lapôtre, président du Syndicat national des inspecteurs en santé publique vétérinaire. En effet, aucun étiquetage n’existe pour signaler au consommateur la méthode d’abattage qui a été utilisée.

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    La Fondation 30 Millions d’Amis a, de son côté, créé une pétition adressée au président de la République, au ministre de l’Intérieur chargé des cultes et au ministre de l’Agriculture. Elle y demande la création d’un étiquetage de la viande informant le consommateur sur le mode d’abattage ainsi que « la généralisation de l’étourdissement de tous les animaux avant leur abattage, sans exception aucune ».

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