Mais où sont passés les hérissons ?


  • Mais où sont passés les hérissons ?Photo : Naturagency
  • Faune sauvage/ Mammifères terrestres

    Qui s’y frotte s’y pique ! Bientôt, en France, il sera de moins en moins possible de s’y frotter tant les menaces qui pèsent sur ce petit insectivore de nos jardins sont  grandes. Pour les plus chanceux, le printemps est la période où ils sortent de l'hibernation…

    Les températures s’adoucissent, la photopériode s’allonge… Pour le hérisson, il est grand temps de sortir de l’hibernation. D’autant plus qu’il a perdu entre 20 et 40 % de son poids. Après cinq à six mois de vie au ralenti, ses réserves de graisse sont épuisées et il a faim. Les mâles sont les premiers à se réveiller, généralement vers la mi-mars s’il fait doux. Les autres montreront le bout de leur nez dans le courant du mois d’avril. C’est aussi la première vague d’animaux écrasés sur le bitume. S’il y a quelques années encore, le printemps et l’automne annonçaient une hécatombe sur nos routes, ce macabre constat indiquait au moins encore la présence de hérissons dans la région. Aujourd’hui, le bilan est amer : même les cadavres de ces pauvres créatures se font rares sur les routes. Le hérisson serait-il en voie de disparition ?

    UNE ARMURE REDOUTABLE

    NaturagencyUn adulte arbore entre 5000 à 7000 piquants.

    Même si les piquants du hérisson ne sont que de simples poils modifiés composés de kératine à l’instar de nos ongles, ils constituent une arme efficace. Chaque « épine » est une petite merveille architecturale. Une coupe longitudinale révèle une structure creuse consolidée par des cloisons et des cannelures. Un sujet adulte arbore de 5 000 à 7 000 piquants : une cuirasse résistante et à géométrie variable. Un mouvement inquiétant, un bruit suspect… en un clin d’oeil, le hérisson contracte les muscles de son dos pour dresser ses aiguilles en tous sens. Lorsque la menace est plus grande, il contracte le puissant muscle annulaire qui borde son manteau épineux et fait disparaître tête et pattes à l’intérieur de l’armure, un peu comme lorsqu’on serre à fond le cordon d’une capuche. Donner naissance à des bébés hérissés de piquants serait une entreprise risquée. La nature fait donc bien les choses : les mini-piquants du nouveau-né ne transpercent la peau que quelques minutes après leur venue au monde.

    LE GARGANTUA DU POTAGER

    NaturagencyUn hérisson aime particulièrement manger des coléoptères, des chenilles ou des vers de terre.

    Le hérisson a un appétit féroce mais il est loin d’être un fin gourmet : il raffole de coléoptères, de chenilles et de vers de terre, mais les petits escargots, les mille-pattes, les perce oreilles et les limaces sont dévorés avec la même frénésie. En une nuit, il tue au moins une centaine de ces invertébrés. C’est au potager que sa table est la mieux dressée mais les jardins diversifiés font également d’excellents terrains de chasse, notamment s’ils sont exempts de traitements chimiques. Lorsque le hérisson capture une proie, il laisse les bonnes manières à d’autres, mastiquant bruyamment. Le phénomène le plus surprenant est celui de l’auto-lubrification : lorsqu’un hérisson tombe sur une proie (ou un objet) ayant une odeur ou un goût particulier, il la mâchouille, salive abondamment et tente d’enduire ses flancs de ce mélange de proie et de salive. Pour y parvenir, il se contorsionne énergiquement et tire la langue le plus loin possible. Aucune explication scientifique n’a pu être avancée à ce jour, mais il semblerait que ce comportement joue un rôle dans la communication sociale.

    UNE LÉTHARGIE PONCTUÉE DE RÉVEILS

    NaturagencyLe hérisson entre en léthargie quand la température extérieure chute en dessous de 10°C.

    A la fin de l’automne, le hérisson s’affaire pour trouver un endroit propice pour hiberner. Il se glissera dans un gros monticule de feuilles mortes, sous une pile de bois, sous un arbuste, dans une cabane de jardin ou une souche creuse… Il y transporte ensuite feuilles mortes, mousse, herbes sèches et aménage un nid douillet, étanche et isolant. Grâce à l’air emprisonné dans les feuilles, la température à l’intérieur de l’igloo reste positive même si dehors il fait - 8 °C. Le hérisson entre en léthargie quand la température extérieure chute en dessous de 10 °C et que la nourriture se fait rare. Sa température corporelle tombe alors de 35,5 °C à 4 °C, son rythme cardiaque baisse à cinq pulsations par minute au lieu de 150 à 280 pulsations en état d’éveil. En moyenne une fois par semaine, il se réveille brièvement pour éliminer l’acidose qui s’installe durant l’hypothermie. Il mange un peu, vide sa vessie et peut même en profiter pour changer de nid.

    L’AMI DE NOS JARDINS

    NaturagencyLe hérisson vous débarrassera des insectes qui viendront dans votre potager. 

    Vous disposez d’un jardin et/ou d’un potager et désirez aider les hérissons ? Installez un ou deux abris (une simple caisse en bois dans laquelle on aménage un sas d’entrée) contre la cabane de jardin, dans les arbustes ou dans un tas de bois, entretenez un compost, bannissez l’usage des pesticides et, surtout, des anti-limaces au métaldéhyde, aménagez deux ou trois issues de 10 cm de large dans la clôture ou le muret pour lui permettre de passer chez le voisin, laissez un tas de feuilles mortes à sa disposition. Si vous avez une piscine, installez des rampes de secours ou un grillage d’escalade. En automne, le hérisson raffole des fruits mûrs tombés au sol. Ce compagnon à piquants vous remerciera en débarrassant vos plates bandes des coléoptères, chenilles et limaces avec un zèle inégalé.

    MESURES D'URGENCE

    Si vous trouvez un hérisson déambulant en plein jour ou par des températures basses, il y a urgence. Recueillez-le dans un carton dont vous aurez tapissé le fond avec du papier absorbant et des chiffons propres, proposez lui de la nourriture et de l’eau (mais jamais du lait de vache ni du pain), offrez-lui une bouillotte d’eau chaude et téléphonez au centre de soins le plus proche ou à un vétérinaire. Vérifiez s’il n’y a pas un autre hérisson là où vous avez trouvé le premier rescapé. Il peut s’agir d’une portée en détresse.

     

    Malade de la modernité

    Outre-Manche, plusieurs études rapportent des chiffres alarmants : estimée à 1,55 million d’individus en 1995 (contre 36,5 millions dans les années 1950 !), la population de hérissons est passée à moins de 1 million en 2015. En moins de vingt ans, l’espèce a perdu 30 % de ses effectifs dans les zones urbaines et jusqu’à 75 % dans les campagnes anglaises. Chez nous, les statistiques manquent cruellement. Mais il est fort à craindre que la situation soit similaire voire pire. Les menaces qui pèsent sur le hérisson en France sont bien connues. En premier, la circulation automobile, responsable de 1,8 million de morts chaque année. Les pesticides viennent ensuite. Le hérisson est principalement insectivore et les pratiques agricoles actuelles entraînent la destruction des insectes, vers et gastéropodes qui composent son alimentation. Ses proies se font non seulement rares mais en plus elles sont contaminées par des substances toxiques de sorte que le petit mammifère s’empoisonne progressivement. Troisième menace : le blaireau. Le prédateur principal du hérisson est en recrudescence. Les deux espèces partagent les mêmes biotopes et recherchent la même nourriture. Suivent tous les accidents « domestiques » : tondeuses à gazon, débrousailleuses, piscines, grillages ou filets de protection. Et, de manière générale, l’aménagement du territoire : suppression des haies, intensification des monocultures, urbanisation, fragmentation  de l’habitat, absence de corridors…

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