Le chien, le meilleur ami de la femme


  • Le chien, le meilleur ami de la femmePhoto : Alexandre Isard
  • Vivre ensemble

    Dans son livre Blouse blanche et poils de chiens, Valérie Fromantin, infirmière à l’institut Curie et docteur en sciences, retrace l’incroyable parcours qui l’a amenée à développer le projet « KDog » permettant de détecter précocement le cancer du sein grâce à l’odorat des chiens. Rencontre.

     

    30 MA : Pourquoi avez-vous eu envie de partager votre histoire à travers ce livre ?

    Isabelle Fromantin : J’ai hésité au départ car le travail de KDog est loin d’être terminé. Mais c’est justement parce que la lenteur de la recherche n’est pas toujours bien comprise du grand public qu’il m’a semblé important de faire part de nos recherches au plus grand nombre et d’expliquer pourquoi nous avons encore besoin de soutien. Et puis cela correspond justement à la philosophie du projet, ouvert et citoyen. C’était aussi une façon de remercier tous ceux qui participent à ce projet.

     

    30 MA : Justement, qui sont les personnes qui constituent l’équipe réunie autour de KDog ?

    I.F. : Nous travaillons avec deux cynologues, Didier et Laurent, qui assurent la formation de nos chiens ; Caroline Gilbert, une vétérinaire éthologue, qui va être rejointe par une étudiante en thèse ; la société Seris, qui apporte son expertise cynophile ; l’équipe de l’institut Curie, composée d’infirmiers et de médecins ; des chercheurs de l’ESPCI (école supérieure de physique et de chimie industrielles de Paris) et de Chimie ParisTech, et puis une équipe d’une dizaine de bénévoles très actifs et engagés.

     

    30 MA : Comment fonctionne la méthode développée par KDog ?

    I.F. : Il s’agit d’une méthode de dépistage du cancer du sein par l’odorologie canine, jusqu'à présent surtout utilisée dans la détection de drogues ou d’explosifs. Le nom de ce projet vient de la lettre  « K » par laquelle nous désignons le cancer dans nos dossiers académiques. En pratique, la technique consiste à placer une compresse épaisse, un substrat, sur le sein d’une patiente pendant toute une nuit. Le substrat est ensuite envoyé à un chien spécialement formé qui, grâce à ses capacités olfactives, va pouvoir déterminer s’il y a un cancer ou non. Il n’y a donc pas de contact direct entre les patientes et les chiens.

     

    30 MA : Le chien fait-il mieux aujourd’hui que nos appareils électroniques ?

    I.F. : À l’heure actuelle, oui, même s’il existe des machines, que l’on appelle des nez électroniques, qui sont en cours de développement, notamment dans le domaine de l’environnement (pour tester la qualité de l’air). Mais pour le moment, seul le chien arrive à distinguer différentes combinaisons de molécules odorantes, et ce malgré différentes variations liées à l’odeur de chaque personne. Je pense qu’un jour, le nez électronique parviendra à réaliser ces prouesses, mais en attendant, nous pensons que ça vaut le coup de développer cette méthode avec les chiens. Elle est efficace et peu coûteuse, ce qui présente l’énorme avantage de la rendre adaptable aux pays qui ont peu de moyens.

     

    30 MA : KDog a été en partie financé par de nombreux dons. Le projet parvient-il à mobiliser ?

    I.F. : KDog a en effet connu un bel engouement sur notre plateforme de financement participatif, ce qui a été extrêmement encourageant pour nous. Le cancer est malheureusement un sujet qui concerne tout un chacun, ce qui a permis de sensibiliser les gens à ce projet. D’autre part, nous avons reçu de nombreux témoignages émouvants de personnes malades ayant reçu un grand soutien de la part de leur animal. Ce n’est pas quelque chose de vérifié scientifiquement, mais que je peux tout à fait comprendre. J’ai un chat qui est têtu comme une bourrique, mais quelquefois il m’épate par la pertinence de son comportement… Je pense que quand on a un animal, on ne s’étonne pas d’être étonné !

    Milou et Nykios. DR

    30 MA : L’intervention de chiens dans la détection du cancer a-t-elle eu du mal à convaincre d’un point de vue scientifique ?

    I.F. : Oui, même si aujourd’hui ça va un peu mieux de ce côté-là. Je pense que les réticences qui ont pu persister autour de KDog s’expliquent par le côté inattendu de ce projet. Dans la recherche, on est en attente d’innovation. On s’attend à des prouesses techniques ou électroniques, et pas forcément au concours d’êtres à poils et à quatre pattes, connus depuis des millénaires…

     

    30 MA : Est-ce que ce projet peut aussi faire changer les regards sur la collaboration entre la science et l’animal ?

    I.F. : Je l’espère ! Au début du projet, nous avons reçu des critiques concernant notre travail avec les chiens car effectivement, la combinaison science et animaux peut faire peur. Je précise qu’il n’y a aucune expérience réalisée sur nos chiens. Ils sont suivis de près par des vétérinaires et ils sont plutôt archi chouchoutés. On nous a aussi reproché de faire « travailler » nos chiens. En réalité, leur entraînement est tourné sous forme de jeux. C’est ce qui fait que ça marche. Nos vétérinaires n’ont de cesse de nous répéter que plus les chiens sont bien dans leurs pattes, plus les résultats seront au rendez-vous.

     

    30 MA : Qui sont les chiens de KDog ?

    I.F. : Au départ, il y avait Thor et Nykios, deux malinois. Thor a quitté le projet, justement parce qu’on sentait qu’il n’avait plus envie. Soit on le contraignait pour obtenir des résultats, ce que l’on n’avait pas envie de faire, soit on prenait la décision d’arrêter parce que cela était devenu contre-productif pour tout le monde. Aujourd’hui, il est aux côtés du cynophile qui a fait son entraînement, et on cherche la bonne personne à qui le confier. Nykios, plus joueur, continue le projet et obtient des résultats très encourageants. Nous sommes aussi en train de former un nouveau chien, Milou, un jeune springer.

     

    30 MA : Où en est le projet KDog aujourd’hui ?

    I.F. : Nous préparons une étude clinique que l’on aimerait idéalement réaliser avant l’été. Parallèlement, nous développons le projet KDog 2 qui devrait nous permettre de nous appuyer sur nos expériences pour faire de la recherche scientifique en chimie analytique, en partenariat avec l’IRCGN, l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale.

     

    30 MA : Est-ce que vous-même avez appris des choses sur les chiens ?

    I.F. : Énormément ! J’ai été étonnée de voir tout ce qu’ils étaient capables d’apprendre. Être en présence de ces chiens me fait beaucoup de bien, ça enlève pas mal de stress lié à mon travail. Je trouve aussi fascinante la manière dont on arrive à étudier leur comportement. Après KDog, j’aimerais beaucoup me former à l’éthologie.

     

    Blouse blanche et poils de chiens, Isabelle Fromantin et Sandra Kollender. Éditions de La Martinière. 19 €


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