Au Kenya, le guépard du Masaï-Mara va-t-il disparaître?


  • Au Kenya, le guépard du Masaï-Mara va-t-il disparaître?Photo : Tony crocetta
  • Faune sauvage/ Mammifères terrestres

    À l’heure où des scientifiques s’inquiètent d’une possible « sixième extinction de masse des animaux », une étude est parue pour évoquer la menace qui pèse sur ce célèbre sprinteur ! Les 7 000 derniers guépards d’Afrique survivront-ils aux prochaines décennies ?

    Tony Crocetta

    Juchée sur son promontoire, la femelle guépard, inquiète, scrute nerveusement la savane. À ses côtés, son jeune petit, âgé de 5 à 6 semaines tout au plus, à peine sevré. C’est un survivant. La veille, l’attaque meurtrière d’une meute de hyènes tachetées a été fatale à ses trois frères et soeur.

    Autrefois erratique sur d’immenses territoires, le guépard en a été en partie chassé par les éleveurs masaïs. Il n’a désormais pas d’autre alternative que de se réfugier au cœur du parc de Masaï-Mara, où il est en compétition directe avec les grands prédateurs, qui lui chapardent souvent son repas. Face à la concurrence, l’animal terrestre le plus rapide du monde ne fait pas le poids ! Fragile et frêle, il ne peut pas prendre le risque d’une blessure lors d’un combat perdu d’avance, qui l’affaiblirait et l’empêcherait de capturer des proies, le condamnant alors à une mort certaine. C’est pourquoi il abandonne très vite le fruit de sa chasse à ses rivaux opportunistes. Pour enfoncer le clou, les femelles, solitaires, hors de toute organisation sociale, élèvent seules leurs petits, qui se perdent ou sont tués par des prédateurs comme les lions, les chacals, les babouins ou les pythons… mais aussi les hommes.

    Tony Crocetta

    Plus de 90 % des jeunes guépardeaux disparaissent ou meurent au cours des premières semaines de leur existence, ce qui met en danger la survie de l’espèce. Dans l’écosystème aujourd’hui déséquilibré du Masaï- Mara, les observations témoignent même de chiffres qui semblent encore plus alarmants...

    Un prédateur si fragile

    Il est très difficile, pour une femelle guépard, d’élever seule ses petits. Elle est pourtant prolifique puisqu’elle met généralement au monde entre quatre et six petits, qui doivent rester avec elle jusqu’à l’âge de 16-18 mois, parfois plus, tant l’apprentissage de la technique de chasse propre à ce félin est long et complexe. Dans les premiers mois, les guépardeaux sont très vulnérables : une mère attaquée par un prédateur plus puissant (lion, hyène…) doit souvent abandonner la partie, laissant un ou plusieurs de ses jeunes. Lorsqu’elle allaite, les premiers jours, elle s’éloigne rarement des nouveau-nés. Mais arrive la phase critique où elle doit partir en quête de nourriture. La recherche de proies et la chasse en elle-même, pas toujours couronnée de succès, l’éloignent parfois pendant de longues heures : incapables de se défendre, les jeunes succombent dès lors qu’ils sont dénichés par un chacal, une hyène ou un python... Les guépards sont des mammifères erratiques, qui ont besoin de se déplacer sur de vastes territoires. Mais ces derniers se sont considérablement réduits avec le développement des activités humaines aux frontières du Masaï-Mara (agriculture intensive, pastoralisme), et les proies traditionnelles des guépards, les petites gazelles, principalement, se sont raréfiées là où les hommes se sont établis. Il leur faut donc désormais trouver leur nourriture au coeur même du parc, où se concentrent leurs proies... mais aussi leurs plus puissants ennemis.

    Un équilibre menacé

    Si le guépard est en danger aujourd’hui, au point d’être une icône des espèces menacées par la sixième extinction de masse des animaux, l’équilibre du Masaï-Mara, dont son sort dépend, l’est tout autant. Les causes sont multiples : le braconnage, le dérèglement climatique (responsable de plus de sécheresse), la tradition du brûlis… Mais la principale menace reste le grignotage continu des terres de la réserve (1 500 km²) par l’homme, notamment par les éleveurs masaïs et le tourisme de masse. L’expulsion de cette ethnie du Masaï-Mara pour laisser le champ libre au tourisme de vision a réduit son territoire et l’a forcée à une sédentarisation définitive. Dans le même temps, l’explosion de la démographie kenyane (48 millions d’habitants) a fait grimper la demande en terres agricoles. Les Masaïs ont donc vendu les leurs, convertissant cette manne financière en têtes de bétail toujours plus nombreuses, prises en étau entre des fermes clôturées et les limites du parc ! Lorsque leurs maigres pâturages sont épuisés, les nomades n’ont d’autre choix que de pénétrer dans la réserve, soumettant leurs troupeaux à la prédation. Les conflits, notamment avec les lions et les guépards, sont toujours plus fréquents et se terminent souvent par l’élimination des prédateurs trop audacieux !

    Tony Crocetta

    La star des safaris-photos

    Nul doute que le Masaï-Mara, la mythique réserve nationale du Kenya, a inspiré les premiers safaris-photos. Tous les représentants de la grande faune charismatique africaine y sont présents ! Et les amateurs de voyages d’observation animalière du monde entier s’y donnent rendez-vous par milliers chaque année. Il s’agit de l’un des parcs les plus célèbres du continent africain. Ce biotope unique est propice à l’établissement de millions d’herbivores, plus nombreux ici que nulle part ailleurs. Et qui dit herbivores dit prédateurs ! Les lions, léopards, guépards, hyènes et crocodiles, pour ne citer que les plus grands d’entre eux, régissent l’équilibre des lieux depuis la nuit des temps. Le guépard y tient une place particulière pour les amateurs de safaris, sans doute parce que sa silhouette longiligne épouse à merveille les ondulations de la savane, et que la tragédie qui le menace semble se lire sur son museau, où deux lignes brunes évoquent des larmes qui coulent.

    Tony Crocetta

    Un trafic juteux

    Depuis quelques années, un nouveau fléau menace les guépards : le trafic des guépardeaux ! Une mode récente veut que de riches citoyens de Dubaï ou du Koweït, par exemple, aient des animaux exotiques « de compagnie ». Or, s’il est facile de faire se reproduire lions et tigres en captivité, ce n’est pas le cas avec les guépards, qui sont pourtant davantage prisés parce que plus dociles et moins dangereux en grandissant. Les plaques tournantes du trafic sont la Somalie, le Soudan, le Nord Kenya… Profitant de la corruption qui règne dans ces pays, les braconniers prélèvent les animaux directement dans les parcs nationaux. Pour ceux qui arrivent au bout d’un voyage long et difficile, nul doute que leurs conditions de captivité et le stress ne leur permettront pas de vivre plus de quelques semaines. Ou quelques courtes misérables années !

     

    Tony Crocetta
    Aidez-nous à sauver les guépards du Masaï-Mara
    Touché par le sort des guépards du Masaï-Mara, le magazine 30 Millions d’amis a décidé de soutenir le programme Cheetah For Ever* en lançant une campagne de financement participatif sur le site GoFundMe. Ce programme est né il y a quatre ans pour protéger les guépards des principales menaces qui pèsent sur eux dans cette partie du globe : le braconnage et la prédation qui touche les jeunes. Pour cela, une bande d’amis avec, à leur tête, Tony Crocetta, a eu l’idée de surveiller 24 heures sur 24 les femelles en charge de petits, pour les protéger d’une attaque de prédateurs – voire de touristes peu scrupuleux –, mais aussi d’informer le grand public et de lutter contre le trafic… Une brigade motorisée, exclusivement constituée de Masaïs, a donc vu le jour. Elle compte trois véhicules qui embarquent chacun à leur bord deux rangers officiels armés. Après deux ans d’existence, le projet Cheetah for Ever (cheetah signifie guépard en anglais) est aujourd’hui un programme soutenu par des organismes officiels comme le KWS (Kenya Wildlife Service), l’université de Narok (Masaï-Mara), la communauté masaï du Narok County Government ou de généreux donateurs, comme l’association Beauval Nature, les zoos de la Palmyre et des Trois Vallées, ou la Fondation Bardot... et de nombreux particuliers. Pour renforcer ce premier bouclier motorisé, le programme a besoin d’un quatrième véhicule et d’une nouvelle équipe de rangers. L’achat d’un 4x4 d’occasion, sa réparation, son équipement et le salaire de deux rangers représentent une dépense de 55 000 euros. Aidez-nous à soutenir Cheetah for Ever en contribuant, à la hauteur de vos moyens, au financement de cette brigade supplémentaire.
    Rendez-vous sur notre cagnotte : gofundme.com/sauvezlesguepards
    *Cheetah For Ever, 5, rue du Texel, 75014 Paris (France) ; www.cheetahforever.org

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