Loïc Dombreval : 'Faire avancer la cause animale avec réalisme'


  • Loïc Dombreval : 'Faire avancer la cause animale avec réalisme'Photo : DR
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    A la tête du groupe d’études parlementaire sur la condition animale, le député LREM des Alpes-Maritimes entend faire avancer la cause animale au-delà des clivages politiques. Avec réalisme et pragmatisme…

     

    Comment est né ce groupe d’études sur la condition animale ?

    Ce groupe d’études à l’assemblée nationale existait depuis longtemps. Il s’appelait groupe de protection animale, et il avait été créé, il y a une quinzaine d’années, par la députée Geneviève Gaillard. Quand je l’ai repris, j’ai voulu qu’il porte plutôt sur la condition animale. C’est plus vaste, plus englobant. La condition animale inclut le bien-être mais aussi le statut juridique de l’animal. La notion est aussi politique et philosophique…

     

    S’agit-il du groupe de réflexion sur le bien-être animal dont a parlé Nicolas Hulot ?

    Nicolas Hulot, notre ministre de la Transition écologique, voulait créer un petit groupe de réflexion autour de cette question, avec des gens d’horizon différents, parmi lesquels des philosophes. Ce souhait n’est pas encore exaucé. Mais notre groupe va dans le même sens, dans le bon sens. Ça ne fera pas doublon car Nicolas Hulot veut quelque chose de plus restreint, plus pluridisciplinaire dans le cadre d’une mission parlementaire très spécifique, sur une durée limitée pour faire in fine des propositions très concrètes.

    Loïc Dombreval. DR

    Votre groupe réunit 37 parlementaires d’horizons politiques différents. Comment s’est fait ce rassemblement ?

    Sur la base du volontariat et en plus de notre travail de députés. Si il y a une thématique qui transcende les idéologies et les camps politiques, c’est bien la condition animale. D’autres députés peuvent nous rejoindre dd’ailleurs. Il n’y a pas de limite possible dans le nombre. Si au cours de la législature, d’autres députés veulent s’y inscrire, ils seront les bienvenus !

     

    En quoi consiste votre travail ?

    Nous formons un groupe d’études, c’est donc un endroit où on débat, on auditionne (des philosophes, des associations, des chercheurs, des scientifiques), où chacun individuellement peut faire des propositions ou amendements. Mais je souhaite travailler le plus collectif possible, car c’est là où nous serons les plus forts. Si chacun travaille dans son coin, chacun a peu de chances d’aboutir. Il faut porter les choses à plusieurs. On veut servir à quelque chose au final. Donc on doit travailler collectif, rassembler le plus possible. Mon job sera de faire en sorte que ce soit possible. Mais je n’ai aucun pouvoir sur aucun des députés.

     

    Comment allez-vous travailler concrètement ?

    A titre personnel, pendant les six premiers mois de mon mandat, j’ai auditionné plus de 100 personnalités, associations, ONG, scientifiques, écrivains. Un travail personnel, passionnant, mais que je dois maintenant partager. Concrètement, on va auditionner toutes ces personnes, on se déplacera in vivo pour aller découvrir des initiatives innovantes en terme d’élevage par exemple, de recherche sur de nouveaux modes d’élevage,  des actions d’associations… Le but est ensuite de faire des propositions de loi, d’amendements, de faire rédiger des tribunes, cosignées et publiées dans la presse. L’idée est de porter à la connaissance de public des sujets portant sur la condition animale.

     

    Vous pensez que des sujets ne sont pas portés à la connaissance des gens ?

    J’ai l’impression que les études sur la condition animale, on en a fait presque le tour. On sait beaucoup de choses sur les animaux, leurs conditions de vie, leur comportement en liberté et en captivité, sur ce qui se passe et ce qu’il faut améliorer… Par exemple, sur l’expérimentation animale, on connaît les méthodes alternatives, on n’en a pas fait le tour, mais on sait où on doit aller. La question est comment on agit maintenant pour que les choses évoluent.

     

    Alors pourquoi a-t-on l’impression que ça ne bouge pas ?

    Le vrai problème, c’est que souvent il y a des enjeux économiques et que la priorité est généralement donnée à l’économie au détriment de l’animal. Les modèles existent mais il faut faire changer des habitudes et des méthodes qui existent depuis encore plus longtemps. Mais la grande majorité des gens n’aiment pas changer leurs habitudes, ils ne veulent pas ça.

     

    Comment allez-vous faire accélérer les choses ?

    Il va y avoir un problème de méthode. Si on y va à l’emporte-pièce, si on veut faire la révolution, on n’y arrivera pas. Je l’assume et je l’ai dit aux membres du groupe. Si on fait comme ça, on n’y arrivera pas. On doit faire évoluer les choses de façon raisonnable, nécessaire, mais sans aller jusqu’à la révolution qui fera tout casser. Les ONG et association font très bien leur boulot et il faut qu’elles continuent car elles font évoluer les mentalités. Elles sont dans leur mission et éveillent les consciences. Mais mon job n’est pas d’être abolitionniste, comme L214, par exemple. Je ne veux pas un monde végan. Mon job est de trouver cette ligne de crête pour pouvoir travailler sans, en tant que politique, basculer d’un côté ou de l’autre. Il y a beaucoup de passion autour de l’animal. Il faut s’extraire de ces passions pour avancer. J’en suis convaincu et ce sera ma ligne pendant cette législature.

     

    Quelle est la priorité ?

    La toute première, c’est de travailler sur le projet de loi dont le texte est rédigé qu’il faut amender et voter. Ce projet de loi qui fait suite aux Etats généraux de l’alimentation et un article est dédié au bien-être animal. Pour moi, c’est un sujet d’actualité dont le groupe doit se saisir. Certes, il ne concerne qu’une catégorie d’animaux, ceux de l’élevage, mais compte tenu du nombre, cela fait beaucoup. J’ai proposé au groupe qu’on auditionne des associations welfaristes (OABA, CIWF, Welfarm…) pour écouter leur position sur ce projet de loi.
    D'ici 2022, les poules pondeuses seront élevées en plein air.

    Allez-vous proposer de changer le modèle économique de l’élevage (qui est industriel aujourd’hui) ?

    Si je veux m’attaquer à l’ensemble d’une filière et que je veux tout casser, je ne vais servir à rien. La question, c’est comment faire évoluer en étant pragmatique et réaliste. Cela veut dire, par exemple pour les poules pondeuses, qu’à l’horizon 2022, il n’y aura plus de poules en cages dont les œufs sont destinés à la consommation humaine. C’est une avancée. Vous voyez, ce n’est pas « toutes les poules dehors », car c’est irréaliste.

    Il faut être réaliste aussi dans le temps pour que les acteurs d’un secteur puissent faire leur révolution.

     

    Allez-vous envisager l’animal dans sa globalité ?

    On a envisagé de traiter toutes les questions qui traitent de l’animal en les classant en 4 grandes catégories : les animaux d’élevage, les animaux sauvages en captivité et en liberté, les animaux d’expérimentation et les animaux de compagnie. On a fait ce distinguo car ce sont des animaux différents, la question philosophique est différente, le statut juridique est différent et l’impact économique aussi.

     

    Concernant les animaux sauvages en captivité, quelle est votre position sur les cirques qui exploitent les animaux sauvages ?

    A titre personnel, je suis parfaitement opposé à l’animal sauvage en captivité. Quand on va le lundi à Lyon, le mardi à Grenoble, le mercredi à Nice et le jeudi à Marseille, on ne peut pas respecter les besoins éthologiques des lions qu’on transporte dans une cage ou d’un hippopotame dans une baignoire. Il faut arrêter de raconter n’importe quoi. Il faut traiter les cirques qui font n’importe quoi et les traiter en priorité. Avec ceux-là, il faut être intraitable. Tous ne sont pas à mettre sur le même plan. Quand j’étais maire, j’ai interdit les cirques avec animaux sauvages dans ma commune et ça n’a pas été retoqué par le préfet. Mais j’ai failli voir ma ville bloquée par les camions du cirque.

    Il faut être intraitable avec les cirques qui font n'importe quoi.

    Que pensez-vous de la réponse d’Anne Hidalgo qui a renvoyé la responsabilité au gouvernement sur cette interdiction ?

    Je pense qu’elle a tort. Elle se base sur un arrêté préfectoral, une circulaire des ministres, et elle applique à la lettre ce qui a été écrit. Mais c’est compliqué de se positionner. Je le reconnais. Mais ça va avancer, en tout cas il le faut.

     

    Allez-vous agir pour que les parcs marins cessent l’exploitation et la reproduction des cétacés ?

    Je pense que le cabinet du ministre travaille déjà sur une nouvelle rédaction de l’arrêté. En tout cas, les informations dont je dispose m’indiquent que le gouvernement regarde de quelle façon, sans se presser au regard du droit, on peut rédiger un nouvel arrêté qui va dans le sens de ce qui a été décidé par Ségolène Royal.

    Un nouvel arrêté dans le sens de l'interdiction de reproduction des cét&acés en captivité est en cours de rédaction.

    Votre groupe parlementaire travaille en étroite collaboration avec le gouvernement ?

    Il y a deux façons de travailler à notre niveau. Soit on se dit que ce petit groupe d’études travaille sur une île dans son coin et il a peu de chances de faire avancer les choses, soit ce groupe d’études prend le pouls du gouvernement, du premier ministre et du président et fait évoluer les choses pour qu’à la fin des décisions soient prises. Le lien avec l’Elysée est indispensable. Il faut qu’on arrive à convaincre et qu’on leur apporte des éléments pour faire évoluer les choses. Il y a 15 ans, le groupe parlementaire sur la protection animale n’a quasiment pas fait bouger les lignes. Pour deux raisons selon moi : la première c’est que l’opinion publique n’était pas encore mûre (elle l’est aujourd’hui). La seconde, c’est que ce groupe avait basculé de façon un peu trop prononcée du côté des associations. Il y a beaucoup de passion quand on touche à l’animal. Il faut réussir à rester le plus pragmatique possible. Je ne veux pas de blocage.

     

    On dit qu’Emmanuel Macron consulte beaucoup sans écouter et le monde de l’animal lui reproche souvent de ne pas avoir d’empathie pour l’animal. Va-t-il vous écouter ?

    Je ne pense pas qu’il consulte et qu’il fait quand même ce qu’il veut. Il écoute vraiment et prend des décisions qui ne plaisent pas toujours. Mais c’est le job d’un décideur, non ? Il y a forcément des mécontents. Mais je pense surtout que c’est à moi de le convaincre que c’est important d’agir sur ces questions-là. Si ça n’évolue pas, la première chose que je me dirais c’est que je n’ai pas été capable de le convaincre.

    Je suis justement en train de rédiger une note pour explique au gouvernement pourquoi ces sujets sont importants, probablement pas prioritaires au regard de l’emploi, des gens dans la rue, mais pas à négliger non plus et qu’il va falloir prendre en compte certaines choses et faire des évolutions.

     

    Etre vétérinaire vous rend-il plus légitime dans la mission que vous avez choisie ?

    Oui et non. Je vous parle très franchement. Oui, car quand on a été véto (je ne le suis plus), on a plutôt une bonne image dans le public car c’est un métier de vocation. On est certes scientifique, rationnel… mais on a de l’amour et de l’affection pour l’animal… des notions positives. Et non car l’image des vétérinaires, surtout auprès des associations de protection animale, s’est dégradée. Elles considèrent que ce n’est pas normal de gagner sa vie sur le dos des animaux. Il faudrait qu’on soit bénévole…

    Moi, je conçois qu’on puisse gagner sa vie avec ce métier, qu’on offre du travail aux jeunes qui arrivent sur le marché. Mais en même temps, je pense que la profession aurait à y gagner à s’impliquer davantage sur les questions de bien-être de welfare. Ce sont des notions indissociables de ce métier et de sa réalité.

     

    Comment redonner ce sens du bien-être animal dans le métier ?

    Cela passe par de la formation. Vétérinaire est une profession où, quand vous rentrez à l’école vétérinaire, vous avez une affection presque naïve pour l’animal. Mais l’école vous transforme. Pas dans le bon sens. En quelques années, vous êtes dans une approche productiviste, quand il s’agit d’animaux de rente, et dans un approche intellectuelle, purement scientifique et médicale, quand il s’agit de l’animal de compagnie. Il faut corriger cela. D’abord, au sein des écoles vétérinaires elles-mêmes, mais aussi bien avant (tout petit) afin de ne pas perdre cette dimension quasi spirituelle, affective, amicale par rapport à l’animal. Eduquer sur ce qu’on a le droit de faire ou pas le droit de faire avec un animal. Sinon on se déconnecte et notre sincérité est mise en doute. Je rencontre très prochainement le conseil d’administration de Maisons-Alfort pour voir comment on peut mettre des choses en place sur ces questions-là.

     

    Quel travail allez-vous faire sur la question de l’animal de compagnie ?

    Il faut organiser une réflexion très approfondie sur la question des statuts juridiques. Honnêtement, ce n’est pas le chantier le plus urgent. L’animal de compagnie est probablement l’animal le mieux loti dans toute cette affaire car on a avec lui une relation quasi familiale. L’arsenal législatif existe pour le protéger même si il y a encore des cas de maltraitance. Il faut juste agir pour que les lois soient mieux appliquées.

    Un de nos projets est de faciliter la présence de l’animal dans des institutions où il est utile comme dans le cadre de thérapies assistées par l’animal.

     

    Que pensez-vous de la fin des contrats aidés dans les refuges et associations qui les met, pour beaucoup d’entre eux, en grandes difficultés ?

    Toute une série de contrats aidés ont été validés à la hâte avant l’élection présidentielle de 2017 et cela de façon non chiffrée et non financée. Ces jobs rendent souvent service aux associations, mais au fond ils ne permettent pas un vrai retour à l’emploi, une formation, et un suivi réel de l’employé sous contrat. Dans tout cela, il y a eu beaucoup d’effet d’aubaine. Aujourd’hui, les contrats aidés ont été diminués. Il y en a 200 000 et tous sont focalisés sur des jeunes très éloignés de l’emploi et qui vont plutôt travailler sur des thématiques sociales. C’est la volonté du gouvernement.

     

    Vous êtes-vous fixé un calendrier ?

    Dans le mois et demi qui vient, on va se  focaliser sur le projet de loi alimentation dans  sa partie bien-être. Puis je vais travailler avec le bureau du groupe pour programmer des déplacements, des auditions et pourquoi pas organiser un colloque ou un symposium à l’assemblée pour marquer  le point de départ des travaux et des avancées. En parallèle de ça, il y a tout le travail de relation avec le gouvernement et avec le ministre de la Transition écologique pour voir quelles sont leurs priorités afin de se caler par rapport à leur calendrier.

     

     

     

     


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