Qui décide du sort des animaux ?


  • Qui décide du sort des animaux ?Photo : Shutterstock
  • Faune sauvage/ Mammifères terrestres

    À l’heure où les scientifiques évoquent la sixième extinction de masse des espèces, la protection de la faune sauvage semble plus que jamais une urgence, dépendante de la responsabilité humaine. Mais entre la souveraineté des États et les réglementations internationales, la protection des espèces se révèle complexe à assurer. Reste le rôle des ONG, des scientifiques et de la société civile, déterminant pour la survie de millions d’animaux.

    À l’international, conventions commerciales et recommandations scientifiques

    Il existe des cadres à l’échelle internationale pour contribuer à la préservation des espèces. Le plus contraignant est en fait un accord de nature commerciale entre les États. Il s’agit de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction. Elle est plus connue par son sigle CITES ou encore comme la convention de Washington. Signée en 1973, cette convention a pour but d’empêcher la surexploitation des espèces les plus menacées. La CITES a par exemple interdit, depuis 1989, le commerce international de l'ivoire afin de mettre fin à la réduction critique des populations d’éléphants. Mais de nombreuses dérogations à cette interdiction ont été exploitées par les trafiquants.

    De plus, chaque États signataire – 175 à ce jour, dont la France – reste souverain ; en aucun cas la  CITES ne peut tenir lieu de loi nationale. Les signataires doivent ainsi adopter leur propre législation pour mettre en vigueur les réglementations de la CITES. C’est alors le rôle d’ONG internationales comme l’IFAW (le Fonds international pour la protection des animaux) de travailler auprès des États pour faire des recommandations en faveur des espèces. « Chaque pays vote en fonction de ses propres intérêts. Notre mission est d’établir des recommandations sur des bases scientifiques pour convaincre les pays de soutenir et voter certaines propositions au sein de la CITES », détaille Céline Sissler-Bienvenu, directrice France et Afrique francophone de l’IFAW.

    Shutterstock

    Le rôle le plus important en matière de recommandations internationales pour la préservation des espèces est tenu par l’UICN, l’Union internationale pour la conservation de la nature. Cette organisation a un statut tout à fait à part : ce n’est pas une organisation non gouvernementale, puisque près de 80 États en sont membres. Les recommandations émises pas cet organisme n’ont pas non plus de valeur réglementaire. L’UICN, considéré comme neutre, établit sa légitimé sur un fondement scientifique, permettant un état des lieux des espèces à protéger en priorité en fonction de l’intensité des menaces pesant sur elles. Ce sont ainsi plus de 9 000 spécialistes à travers le monde qui établissent la fameuse liste rouge mondiale des espèces menacées. Celle-ci fait figure de référence mondiale et sert à orienter et éclairer les prises de décisions de différents pays.

    Les États, véritables décideurs de la gestion des espèces sur les territoires

    La question de la préservation des espèces dépend en fait véritablement de chaque État, même si les logiques de biodiversité et d’écosystèmes ne connaissent pas de frontières. Les politiques concernant la protection des espèces sont ainsi très variables d’un pays à l’autre, en dépit des cadres donnés par les quelques grandes instances internationales citées plus haut. L’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis a par exemple montré à quel point un nouveau gouvernement pouvait remettre en question des mesures de protection des espèces à l’échelle d’un pays : abrogation d’une loi sur la protection d’animaux marins en voie de disparition, ré-autorisation des tirs sur les ours en hibernation en Alaska… les actions menées par l’actuel gouvernement américain ne cessent de soulever les vives critiques des associations de protection animale et des défenseurs environnementaux. 

    Shutterstock

    En ce qui concerne la France, la nouvelle loi pour la reconquête de la biodiversité, promulguée en 2016, a pour but de moderniser et de compléter notre droit de l’environnement. Elle renforce notamment les outils de protection des espèces endémiques en danger, mais est encore loin de régler toutes les questions de biodiversité qui se posent sur notre territoire, comme le montre la question des espèces dites « nuisibles ». Le terme en lui-même a été banni de la nouvelle loi biodiversité, reconnaissant ainsi que le concept de « nuisible » n’a pas de sens biologique, toutes les espèces ayant un rôle à jouer dans les écosystèmes. Cependant, sur le terrain, une liste d’animaux « susceptibles d’occasionner des nuisances » permet toujours aux préfets d’autoriser, département par département, la chasse, tout au long de l’année, de certains animaux comme le renard roux, la belette ou  la corneille noire.

    L’Union européenne, un pouvoir limité

    Plusieurs dossiers sensibles concernant la gestion des espèces soulèvent également la question de la réglementation européenne. L’UE constitue bien souvent un recours pour les associations de défense animale. Le « dossier loups », très sensible en France, est emblématique. Le Canis lupus est une espèce protégée, en Europe, par la directive européenne de 1992 relative à la conservation des habitats naturels. Les loups ne peuvent donc pas être chassés. Les abattages autorisés chaque année en France par arrêtés préfectoraux reposent sur une dérogation prévue par cette directive habitat lorsque les prédations sur les troupeaux sont jugées trop fortes. Mais ces arrêtés outrepassent parfois la réglementation européenne, et seul le suivi attentif des associations permet de rappeler le gouvernement à l’ordre. 

    Shutterstock

    Réintroduction de l’ours, lutte contre le braconnage de l’ortolan… les exemples peuvent se multiplier. Cependant, comme a pu le constater Alain Reynes, président de l’association Pays de l’Ours-Adet, les effets des menaces des sanctions européennes sont limités. « Une procédure pour infraction a déjà été lancée contre la France à l’échelle européenne. Notre pays est mis en demeure depuis 2012, car les mesures prises sur notre territoire sont insuffisantes pour maintenir notre population d’ours. Mais il s’agit de procédures très lentes, et souvent, les instances européennes se montrent très conciliantes avec les pays mis en cause sur ces sujets ».

    La mobilisation citoyenne, nouveau levier pour la protection animale

    Au-delà du cadre législatif, la protection des espèces est aussi une question de société. « En Occident, du moins, où l’on se pose de plus en plus la question de la protection des animaux et de leur bien-être, on note une évolution des mentalités, et une demande de plus en plus forte se développe pour le respect de la vie animale. C’est un sujet que les décideurs politiques ne peuvent plus éviter », analyse Cécile Sissler-Bienvenu.

    Shutterstock

    La publication de l’arrêté, le 6 mai dernier, interdisant la reproduction  des orques et des dauphins en captivité et annonçant la fin programmée des delphinariums, traduit une prise de conscience collective. De même que la demande de moins en moins forte pour les spectacles d’animaux en captivité. Dans un tout autre registre, l’étiquetage des œufs, rendu obligatoire, a permis aux consommateurs d’être informés sur la provenance des produits, et sur les conditions de vie des animaux d'élevage. Cela a entraîné une baisse de la consommation d'œufs de poules élevées en cage, et a incité, par un effet boule de neige, de plus en plus d’enseignes à ne plus proposer ce type d’œufs. « Consom’acteurs », mobilisations citoyennes… des leviers importants existent aussi à l’échelle individuelle pour contribuer à la protection animale, et offrent une vision encourageante pour l’avenir. 


    Autres articles à lire

  • Le retour en liberté d’une tigresse de Sibérie

    Faune sauvageFilippa, une jeune tigresse a été relâchée dans la nature en Russie, le 29 avril dernier, après avoir suivi un programme de réhabilitation de près de deux ans.

    11 Mai 2017
  • Pyrénées : les oursons de Sorita ont disparu...

    Faune sauvageL’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) a perdu la trace des deux oursons de Sorita, l’une des deux ourses réintroduites en Béarn en octobre 2018. L’hypothèse avancée est la prédation des petits par un ours mâle.

    05 Juin 2019
  • Lionne abattue dans un zoo belge : une mort « inexplicable »

    Faune sauvageUne jeune lionne échappée de son enclos a été tuée d'un coup de feu jeudi dans un zoo de Belgique, suscitant de vives critiques d'un ministre et d'une association de défense des animaux qui ont mis en cause les méthodes de la police.

    22 Juin 2018
  • De plus en plus de mammifères sont menacés de disparition en France

    Faune sauvageLe vison d'Europe, l'ours et le loup font partie des espèces présentes en France mais qui risquent de disparaître si rien n’est fait pour leur préservation, selon une mise à jour de la liste rouge de l’UICN, qui alerte sur une « aggravation de la situation ».

    16 Novembre 2017
  • De nouvelles colonies de manchots découvertes depuis l’espace

    Faune sauvageGrâce à des images satellites, les scientifiques du British Antarctic Survey ont réussi à identifier 11 nouvelles colonies de manchots empereurs. Une bonne nouvelle malheureusement en demi-teinte…

    05 Août 2020
  • Un emprunt pour sauver le rhinocéros ?

    Faune sauvageUn consortium d’associations travaille actuellement à la mise en place d’un tout nouvel instrument financier afin d’aider à la protection du rhinocéros noir d’Afrique. Si cela fonctionne, ce modèle pourra être appliqué à d’autres espèces en voie de disparition.

    22 Septembre 2019
  • Découverte du mammifère vivant à la plus haute altitude au monde

    Faune sauvageJusqu’où y a-t-il de la vie sur terre ? Une nouvelle réponse à cette question vient d’être apportée par des alpinistes qui ont découvert un spécimen de souris à oreilles jaunes au sommet du volcan Llullaillaco, à la frontière du Chili et de l’Argentine, à 6 739 mètres d’altitude : un record !

    20 Juillet 2020
  • En Belgique, un loup est soupçonné d’avoir mangé un kangourou

    Faune sauvageUn loup est soupçonné d’avoir tué un kangourou domestiqué et d’en avoir mordu un autre au cours d’une attaque nocturne à Balen, dans le nord-est de la Belgique, a indiqué mercredi à l’AFP un spécialiste de la faune sauvage.

    27 Décembre 2019
  • Nouveau record de longévité chez l’éléphant !

    Faune sauvageUne éléphante d'Asie en captivité est morte à l'âge canonique de 88 ans dans l'État indien du Kerala (sud), ont rapporté jeudi les propriétaires du pachyderme.

    07 Février 2019
  • Loup : le quota d'autorisation d'abattage relevé à 51 bêtes

    Faune sauvageLes autorités françaises ont relevé le quota d'autorisations d'abattage de loups de 43 à 51 bêtes pour 2018, après la découverte d'un de ces animaux empoisonnés dans la Drôme, a-t-on appris vendredi de sources concordantes.

    23 Octobre 2018
  • Un nouveau cas de mutilation de koala en Australie

    Faune sauvageUn koala a été retrouvé vissé à un poteau dans un parc en Australie. Le fait divers révoltant succède à un précédent cas de mutilation, quelques mois plus tôt, sur un marsupial, dans un contexte alarmant pour la survie du koala en Australie.

    11 Janvier 2018
  • Indonésie : non, les populations d’orangs-outans ne sont pas en hausse

    Faune sauvageContrairement aux récentes déclarations du gouvernement indonésien, les populations d'orangs-outans n'ont pas augmenté, loin s'en faut.

    09 Novembre 2018
  • Délocalisation de girafes rares dans le sud-ouest nigérien

    Faune sauvageDes girafes d'une espèce rare vont être déplacées de 600 km, de la région de Kouré, dans le sud-ouest du Niger, où elles sont une attraction touristique, vers la réserve de Gadabédji, ont annoncé mercredi les autorités.

    27 Novembre 2018
  • Alpes-de-Haute-Provence : le premier loup abattu en 2020

    Faune sauvageUne louve aperçue 'à proximité d'un élevage de bovins' dans les Alpes-de-Haute-Provence a été lundi le premier loup abattu en France pour l'année 2020, a-t-on appris mardi auprès d'une association et de la préfecture.

    28 Janvier 2020
  • Les animaux rêvent-ils tous de la même façon ?

    Faune sauvageDes chercheurs français ont étudié le sommeil du lézard afin de creuser l’hypothèse selon laquelle les phases de sommeil lent et paradoxal (là où surviennent les rêves) seraient apparues chez un ancêtre commun aux mammifères et aux reptiles, il y a 350 millions d'années.

    12 Octobre 2018
  • En Afrique du Sud confinée, l'essor du safari virtuel

    Faune sauvageAlors que la pandémie de coronavirus a vidé les parcs nationaux de leurs hordes de visiteurs, les animaux déambulent sans gêne sous l’œil de quelques caméras... Et de milliers d'internautes !

    08 Avril 2020
  • Réchauffement : vers l'extinction des ours polaires d'ici 2100

    Faune sauvageSans banquise, les ours polaires meurent de faim. Alors si les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter, le réchauffement pourrait signer la quasi extinction de ces plantigrades emblématiques de l'Arctique d'ici la fin du siècle.

    20 Juillet 2020
  • Tchad : quatre des six rhinocéros noirs réintroduits en mai sont morts

    Faune sauvageSur les 6 rhinocéros noirs réintroduits en mai dans le parc de Zakouma, dans le sud-est du Tchad où ils avaient disparu il y a près d'un demi-siècle, 4 sont morts six mois plus tard, a annoncé mardi l'ONG African Parks.

    07 Novembre 2018
  • [VIDEO] Les ourses Claverina et Sorita s’apprêtent à hiverner

    Faune sauvageDepuis leur lâcher dans les Pyrénées en octobre, les deux ourses slovènes ont parcouru près de 530 kilomètres chacune. Elles sont en pleine forme et même plus jeunes qu’on ne le pensait. La preuve en images.

    19 Décembre 2018
  • Patagonie chilienne : Le lion des montagnes

    Faune sauvageLe puma est le plus grand des félidés, autrement dit le plus grand des petits félins. Traqué par les bergers de Patagonie ou les cow-boys du Far West, cet agile prédateur, rapide et puissant, a appris à se faire discret. Le déclin de sa population en a même fait une espèce rare…

    15 Novembre 2018