Une université d’été pour comprendre les animaux


  • Une université d’été pour comprendre les animauxPhoto : Maêlle Guignard de la Bigne
  • Vivre ensemble

    Passionnée par les animaux, la journaliste Yolaine de la Bigne ouvre du 25 au 27 août les portes de sa deuxième université d’été sur l’intelligence animale. Durant trois jours, éthologues et scientifiques ouvriront au grand public les tiroirs des secrets de l’intelligence des animaux dont ils sont les témoins privilégiés. « Pour définir des pistes de collaboration avec ceux qui vivent aussi sur notre planète », prédit la journaliste intimement convaincue que l’avenir de l’homme passe par celui de l’animal. Rencontre…

    Katia Renard :  Comment et pourquoi vous est venue l’idée de créer une université d’été sur le thème de l’intelligence animale ?

    Yolaine de la Bigne : En interrogeant des spécialistes sur la 6e extinction et l’avenir des animaux, j’ai constaté que la plupart me répondaient que ces derniers s’en sortiraient car ils avaient un pouvoir de résilience et une adaptabilité que l’homme n’a pas. Pour eux, il fallait même plutôt s’inquiéter pour la survie humaine. Cela m’a semblé urgent de réunir ces spécialistes et de créer un réseau pour faire connaître leurs travaux, leurs découvertes et leur complicité avec le monde animal.

    Pensez-vous qu’on croit encore que l’animal n’a pas d’intelligence ?

    Hélas oui, tous les jours on entend des cavaliers dire qu’un cheval est bête ! Les cochons, qui sont des animaux particulièrement intelligents, continuent d’être martyrisés et méprisés. Cela nous arrange bien car considérer l’animal comme stupide nous permet de continuer à l’exploiter, le vendre, le manger, sans aucune culpabilité ! Il suffit de voir le marché de la fourrure ou de l’expérimentation animale pour le comprendre.

    En quoi l’intelligence des animaux peut-elle nous servir ?

    L’homme a fragilisé la planète par ignorance, il est grand temps qu’il apprenne à mieux comprendre la nature qui l’entoure et à laquelle il appartient et surtout à la respecter. Les animaux sont les victimes de notre avarice et de notre goût du pouvoir depuis des siècles alors qu’en échange ils nous ont nourris, portés, protégés, aidés ! Au-delà de l’aspect moral et éthique de cette profonde injustice, se pose une question très pragmatique : comment gérer l’avenir de la planète qui nous fait tous vivre ? L’homme est un animal culturel aux talents exceptionnels, mais il a perdu d’autres formes d’intelligence qui s’avèrent indispensables : la maîtrise écologique de son environnement, le sens de l’autre et du lien qui unit les habitants de la planète, la maîtrise de son énergie, etc. Pas les animaux. Leur intelligence peut nous aider comme le prouve le biomimétisme qui consiste à imiter la nature pour inventer de nouveaux produits (un exemple : le GPS inspiré de l’intelligence de l’orientation des fourmis). Donc le message de base est : arrêtons de massacrer nos amis les animaux, respectons-les, protégeons-les pour qu’ensemble nous sauvions la planète et élaborions un monde plus juste.

    Mettez-nous en appétit… Que va-t-on apprendre dans cette deuxième édition ?

    Huit spécialistes viendront nous faire découvrir une partie de leurs expériences de l’intelligence des animaux.  Parmi eux, Sabrina Krief, du Muséum national d’histoire naturelle, qui parlera de ces singes médecins qui connaissent très bien les plantes efficaces, ce qui peut nous aider à créer des médicaments contre le paludisme par exemple. Nous parlerons aussi des étonnantes capacités des chats avec Anne-Claire Gagnon, des araignées avec Christine Rollard, des requins avec Bernard Séret. L’éthologue Pierre Jouventin a carrément élevé une louve dans son appartement avec sa femme et ses enfants, il nous fera découvrir cet échange au quotidien avec un animal sauvage. La philosophe Chris Hertzfeld et l’artiste Robin Meier proposeront une vision différente de cette complicité avec les animaux qui peuvent changer notre vie si nous acceptons de changer notre regard sur les choses

    Reconnaître une intelligence à l’animal, c’est faire progresser sa condition ?

    Cela me semble une bonne stratégie car malheureusement l’empathie ne suffit pas. Je suis végétarienne depuis 30 ans et je vois depuis longtemps la réaction des gens : ils sont scandalisés par les images des abattoirs, mais très vite ils veulent oublier ou disent que « c’est affreux, mais le saucisson c’est trop bon » ! Les associations de protection animale font un travail remarquable en abordant le sujet sur son aspect éthique, mais les progrès de l’éthologie nous permettent aujourd’hui d’explorer l’aspect intellectuel, à savoir l’intelligence, je dirais même la sagesse des animaux. Leur organisation sociale par exemple peut nous amener à réfléchir sur la nôtre. Les animaux sont indispensables à la biodiversité. Donc que l’on aime ou pas les animaux, l’avenir de l’humanité ne peut se faire sans eux.

    Qu’est-ce qui vous révolte le plus dans le comportement de l’homme à l’égard de l’animal ? Qu’est-ce qui vous réjouit aussi le plus ?

    Ce qui est le plus insupportable, c’est la souffrance. L’humain est le seul être de cette planète qui aime faire souffrir. J’ai beaucoup de mal à accepter la corrida, les combats d’animaux, le cirque, la fourrure et toutes ces activités basées sur la souffrance. De la même façon que je suis féministe car je ne peux accepter l’excision ou les mariages forcés !

    Pensez-vous que c’est l’animal et son intelligence qui sauveront la planète et, avec elle, l’homme comme le suggère le titre de votre dernier livre *

    Oui, car l’animal peut nous donner des clés pour ouvrir de nouvelles voies de réflexion et d’actions écologiques. Et au-delà de la crise environnementale, s’intéresser à l’animal est une porte ouverte sur une nouvelle pensée basée sur l’humilité et le partage. 

    L’Université d’été de l’Animal :
    Du 25-26-27 août, au Château de la Bourbansais, à Combourg, en Bretagne.
    Billetterie : www.labourbansais.com
    Prix à partir de 29 €
    Découvrez le programme : www.lanimaletlhomme.fr