Les Landes veulent-elles la mort de tous les macaques de Java ?


  • Les Landes veulent-elles la mort de  tous les macaques de Java ?Photo : Shutterstock
  • Protection/ Droit

    Alors que 163 macaques de Java du zoo de Labennes ont été euthanasiés parce que porteurs du virus de l’herpès B, la préfecture des Landes s’obstine à vouloir tuer les deux survivants de la Pinède des Singes. Et cela malgré les efforts déployés par les associations de protection animale pour leur trouver un refuge… Aujourd’hui, la menace de l’euthanasie pourrait peser sur tous les macaques de Java de France. A qui profite donc le crime ?

    C’est parce qu’ils étaient porteurs du virus de l’herpès B, transmissible à l’homme et potentiellement mortel pour lui, que 163 macaques de Java ont été euthanasiés dans les Landes sur ordre de la préfecture (le 18 mai 2017). Deux primates, Junior et Miguel, ont échappé à la seringue mortelle car ils n’ont pas pu être attrapés. Mais leur sort est déjà scellé puisque les services vétérinaires du département ont bien l’intention de « finir » le travail entamé au début du mois de juin.

    Leur argument est simple : protéger la population humaine d’une contamination dangereuse puisque la totalité du groupe de macaques, qui appartenait à la Pinède des singes, est contaminée. Pour s’en assurer, des analyses sanguines avaient été diligentées sur 156 d’entre eux sur ordre de la préfecture et envoyés, pour une partie d’entre eux, à un laboratoire américain plus expert dans ses analyses. Le retour avait été clair : 115 étaient porteurs du virus, 24 douteux et 17 négatifs. Il n’en fallait pas plus pour ordonner la mort des animaux contaminés.

    Un virus très répandu

    Le problème, c’est que le virus de l’herpès B est très répandu dans la population des macaques de Java, qui en sont des hôtes naturels. Dans le rapport de l’Anses, l’agence nationale de sécurité sanitaire, demandé en avril 2017 par la préfecture des Landes, il est même précisé qu’à l’état naturel, 80% de la population de plus de 5 ans en est affectée, 90% dans certaines colonies, et que ce taux peut atteindre 100% dans des populations en captivité. Une réalité qui est très probablement commune donc à beaucoup de parcs animaliers qui détiennent ces espèces et les présentent au public.

    Alors pourquoi tant d’énergie à supprimer les macaques de la Pinède des Singes de Labennes, au point d’exercer des pressions sur les personnes et associations qui tentent de sauver la vie à Junior et Miguel ?

    Pour des raisons sanitaires ? Le virus de l’herpès B est transmissible à l’homme (c’est une zoonose), personne ne le conteste et quand la transmission est avérée, les conséquences peuvent être dramatiques, voire mortelles, si aucun traitement n’est mis en œuvre très rapidement. Mais comme le stipule le rapport de l’Anses, si des cas de transmission à l’homme ont été rapportés par le passé (par morsure), avec un décès en 1932 et 26 cas identifiés, tous ces cas n’ont été recensés qu’en laboratoire aux Etats-Unis, au Canada et au Royaume Uni, au cours de manipulations. Aucun cas n’a été rapporté en zoo ou en Asie du Sud-Est, en milieu naturel, « où les hommes vivent pourtant fréquemment au contact de populations de macaques dans lesquelles l’infestation est enzootique » (Anses).

    Une pression de la préfecture

    Junior et Miguel, très probablement positifs car ils ont plus de 20 ans et figurent parmi les premiers singes arrivés à la Pinède, sont-ils dangereux pour ceux qui les côtoient ? Oui, dans des conditions de captivité à risques, comme celles qui existaient a priori dans la volière vétuste où ils vivaient avec le groupe euthanasié avant que la préfecture ne fasse fermer la structure et en interdise l’accès au public (décision prise en novembre 2015). Depuis cette date, les efforts déployés pour trouver un gîte sûr aux macaques n’ont pas cessé, sous la pression ininterrompue des services vétérinaires du département. Appelées à la rescousse, des associations de protection animale, dont la Fondation 30 Millions d’amis, ont proposé une cinquantaine de places dans des parcs animaliers adaptés, aux conditions de sécurité répondant aux exigences de précautions que requiert la maladie. « Mais on a l’impression depuis le début que la préfecture ne joue pas le jeu, s’inquiète Arnold Lhomme qui suit le dossier pour la Fondation 30 Millions d’amis. A chaque fois que nous trouvons une solution, levons un obstacle, la préfecture des Landes fait tout pour que cela n’aboutisse pas. »

    Certains parlent même de pressions que la préfecture des Landes exercerait pour faire échouer les tentatives sur les personnes, structures ou administrations qui se proposent pour recueillir les deux macaques rescapés. Ainsi, le zoo de Labennes qui s’était proposé de reprendre la Pinède des Singes et ses 165 macaques (en mai 2016), vient-il de subir son premier contrôle sanitaire après cinq ans d’existence et a été informé qu’il pourrait en subir d’autres très rapidement… Le préfet de la Mayenne, qui avait initialement accepté l’arrivée sur son territoire de Miguel et Junior pour rejoindre une volière du refuge de l’Arche, est revenu sur sa décision à la mi-juin, ruinant les efforts de la Fondation 30 Millions d’amis pour trouver un nouveau toit aux deux macaques.

    QUE CACHE CETTE OBSTINATION ?

    Pire, la préfecture des Landes vient de brandir la menace de rendre obligatoire le dépistage de l’herpès B, qui ne figure pas aujourd’hui dans les obligations sanitaires des structures détenant des animaux sauvages. Pour cela, elle a saisi la Direction générale de l’alimentation (DGAL), seule habilitée à rendre le test obligatoire. Si la décision était prise, au nom du principe de précaution, cela mettrait une épée de Damoclès sur tous les zoos et parcs animaliers qui détiennent à ce jour des singes hôtes potentiels de cette maladie.

    Une décision bien lourde de conséquences alors que le rapport de l’Anses, expressement demandé par la préfecture des Landes dont elle ne semble pas avoir tenu compte, ne réclamait pas l’euthanasie des macaques positifs compte tenu du faible risque qu’ils représentaient. En page 11 du rapport, la probabilité « de survenue de la conséquence de la contamination humaine par le MaHV1 (herpès B) est de 3 (extrêmement faible) à 6 (peu élevée) sur une échelle de 0 à 9 ». Mieux même, dans ses conclusions et recommandations, l’organisme estime (page 14) que « l’euthanasie de macaques infectés par le MaHV1 représente un risque particulier d’exposition des personnes chargées de le réaliser. » Et « qu’au-delà des risques sanitaires, (il existe) un risque psycho-social pour le personnel du parc en cas d’implication de ce dernier dans une telle opération ».

    Alors pourquoi ne pas tenir compte des conclusions et recommandations d’experts convoqués pour analyser la situation en toute impartialité ? Et vouloir exposer au risque d’euthanasie tous les macaques de Java qui vivent sur notre territoire ? D’aucuns parlent d’intérêts économiques supérieurs d’investisseurs locaux qui entendent bien voir aboutir leur projet de création d’un parc animalier non loin des volières de Labennes… Cela vaut bien la mort de deux singes supplémentaires…


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