Palmarès des villes où il fait bon vivre avec son chien en France

Le chien en ville - Les crottes, obsession n°1


  • Le chien en ville - Les crottes, obsession n°1Photo : Arnaud Beinat
  • Vivre ensemble/ Villes

    Canisettes, toutounettes, sacs, pelles à crottes… Les villes ont développé un vocabulaire à la hauteur du défi que leur lancent les chiens qui fréquentent leurs rues. Si Paris est la première à avoir mis les pieds dedans, d’autres villes lui ont emboîté le pas en y mettant les moyens.

    En vingt ans, les habitudes ont bien changé. C’est le constat de la plupart des responsables des municipalités que nous avons interrogés à propos des déjections canines. Si, à la fin des années 1990, les consignes de la ville de Paris aux propriétaires de chiens étaient de leur apprendre à faire dans les caniveaux ou, au pire, là où passaient les fameuses motocrottes « inventées » par Jacques Chirac, maire de l’époque, elles ont vite laissé la place à l’obligation de ramasser les déjections sous peine d’amende (un arrêté de 2002 a été pris en ce sens dans la capitale). « La grande majorité des propriétaires de chiens ont désormais conscience que le ramassage est un geste civique qui fait partie de leurs obligations », assure Thomas Pérez-Vitoria, le directeur de cabinet de Mao Peninou, maire adjoint de la ville de Paris chargé de la « stratégie zéro déchet ».

    paris : une ville pionnière vite dépassée

    La question des déjections canines sur la voie publique est prise au sérieux par tous les élus, englobée dans la problématique de la propreté au même titre que le mouchoir usagé, le papier de bonbon jeté sur la chaussée ou, plus récemment, le mégot de cigarette. Elle est ainsi devenue un enjeu pour l’image des villes mais aussi pour la paix sociale, car les salissures canines opposent très fortement les administrés et éprouvent les seuils de tolérance des non-possesseurs de chiens.
    Nancy fait figure de pionnière, après Paris, dans la prise en charge du problème. « Cela fait treize ans que la ville sensibilise les maîtres au ramassage, souligne Marie-Catherine Tallot, adjointe au maire chargée de la santé et du cadre de vie, des parcs et jardins, et de l’hygiène de la ville. Nous restons d’ailleurs sur cette stratégie de responsabilisation avec notre dernière campagne de sensibilisation lancée en mars pour favoriser l’intégration du chien dans la ville. » Et si peu de maires ont suivi Jacques Chirac dans la mise en place d’une armée de motocrottes trop ­coûteuses, la ­plupart ont mis à disposition un arsenal d’outils. Cela va du canisite ou canisette – un espace dédié aux déjections n’excédant pas 20 mètres carrés – à ­l’installation de distributeurs de sacs ou de pelles à crottes en libre-service afin que l’objet du délit finisse dans une poubelle et non sous la semelle d’un passant.

    services gratuits et campagnes d’information

    Ces infrastructures, accessibles gratuitement, sont portées à la connaissance du public grâce à des campagnes d’information qui sont autant d’incitations à l’acte citoyen. À Amiens, qui n’a pas lésiné sur les moyens avec 35 canisites, 10 motocrottes nettoyant les trottoirs et 350 distributeurs de sachets, dont 100 nouveaux avec un tirage à sac unique, les résultats sont déjà visibles. « Depuis notre dernière campagne de sensibilisation “Ma ville est belle, je la garde propre”, en avril 2015, nos agents de nettoyage ont d’ores et déjà constaté une amélioration sur les points noirs que nous avions identifiés », précise Florence Rodinger, adjointe au maire chargée de l’environnement et de la qualité de vie.
    Cela n’est pas sans efforts pour les municipalités, notamment sur le plan financier. À Paris, le budget propreté (qui n’englobe pas que les déjections canines) s’élève à 25 millions d’euros par an. « Le coût de l’élimination des déjections canines ne peut pas être isolé, car elles sont traitées en même temps que d’autres déchets », explique Thomas Pérez-Vitoria.
    Plus précise, la ville de Nancy estime à 220 000 euros sur quatre ans la mise en place du dispositif urbain, dont l’entretien coûte, chaque année, 20 000 euros (achat des canisacs et nettoyage des 20 canisites, pour l’essentiel). Il est à noter que les espaces de propreté que sont les canisites tendent à disparaître car ils sont très peu fréquentés. Il est en effet difficile pour les maîtres d’imposer à leurs chiens un lieu de déjection.
    À chaque fois, c’est une campagne d’information qui sensibilise les maîtres à leur obligation de ramasser. Affichage, dépliants, onglets sur le site Internet de la commune, spots radio ou télé sur les chaînes locales, patrouilles d’unités de la police municipale dédiées à la propreté qui expliquent, informent et incitent, sont souvent une première étape avant de passer à la verbalisation en cas d’incivilité.
    Depuis juillet 2015, c’est une amende de troisième classe qui s’applique en cas de non-ramassage, passant de 35 à 68 euros, en application du décret du 25 mars 2015 relatif à l’abandon d’ordures et autres objets. Une ­verbalisation qui reste compliquée à mettre en œuvre, de l’aveu même des élus, car l’animal et son maître doivent être pris en flagrant délit par un policier municipal.

    Une répression accrue qui porte ses fruits

    Une difficulté qui ne décourage pas pour autant les municipalités. À Perpignan, les agents de la police municipale ont établi leurs premiers procès-verbaux après la mise en place de 7 motocrottes, 36 canisites et 270 distributeurs de sacs. En 2014, 95 P.-V. ont été dressés.
    Pour Paris, qui mène une politique active de répression, la peur de l’amende porte ses fruits et fait changer les comportements. Instaurées dès 2002, après une première campagne de sensibilisation, les contraventions pour déjections canines étaient au nombre de 6 000 en 2003, puis 5 000 en 2004 et 6 000 en 2005. « Ces premières années ont modifié le comportement des propriétaires de chiens et le geste de ramassage s’est considérablement développé, assure Thomas Pérez-Vitoria. Pour 2014, les sanctions sont stables avec 2 491 procès-verbaux, soit 12 % de l’activité de verbalisation. » Mais la crainte d’un retour des mauvaises habitudes plane toujours sur la première ville de France qui a décidé de maintenir la pression en continuant de verbaliser au moindre faux-pas…