Une seconde vie pour les chimpanzés de Guinée


  • Une seconde vie pour les chimpanzés de GuinéePhoto : Centre de conservation pour chimpanzés
  • Faune sauvage

    Arrachés tout petits à leur mère par des braconniers, les chimpanzés de cette partie de l’Afrique de l’Ouest sont au bord de l’extinction. Traumatisés, ils sont réhabilités avant de retrouver la vie sauvage.

    La plupart des 63 chimpanzés qui vivent au Centre de conservation pour chimpanzés, situé en Guinée-Conakry, ont subi de lourds traumatismes. Issus de saisies chez des particuliers ou des revendeurs, ils ont été arrachés à leur famille encore bébés par des braconniers pour être vendus comme animaux de compagnie. Le centre qui les recueille estime que, pour un bébé récupéré, dix chimpanzés adultes sont morts. À leur arrivée, les chimpanzés souffrent de maladies de peau, d’infections respiratoires, de désordres psychologiques dus aux mauvais traitements, à la captivité et à la malnutrition. Le sanctuaire possède un protocole de quarantaine qui fixe une série de soins à prodiguer aux nouveaux arrivants, supervisés par un vétérinaire volontaire. Les femelles en état de procréer sont mises sous contraceptif oral. Car l’objectif du sanctuaire n’est pas de les faire se reproduire, mais de les soigner, de leur réapprendre les codes sociaux de leur espèce, afin de les réintroduire dans leur milieu naturel.

    Centre de conservation pour chimpanzés/Arnaud Poisac

    Un trafic rentable

    La Guinée abrite la plus grande population de chimpanzés d’Afrique de l’Ouest avec un nombre d’individus estimé à environ 18 000. Depuis de nombreuses années, elle est aussi au cœur d’un trafic international, contrôlé par une mafia organisée qui vend illégalement ces jeunes orphelins à des zoos chinois ou comme animaux de compagnie dans les pays du Golfe, en Russie… Un orphelin peut se vendre jusqu’à 20 000 dollars (18 000 euros) sur le marché noir international. Seuls les bébés chimpanzés sont capturés, le reste du groupe sert au commerce illégal de viande de brousse. Certains bébés sont vendus par les braconniers près de 2 000 euros ; une somme considérable dans ce pays extrêmement pauvre en dépit des ressources minières importantes. Reconnue pour être une plaque tournante d’un commerce illégal de primates très lucratif, la Guinée a été suspendue de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction). Le Centre de conservation pour chimpanzés est un acteur majeur dans la lutte contre ce trafic. Il travaille conjointement avec les autorités et les ONG, en accueillant notamment les animaux confisqués lors des opérations contre le braconnage.

    À lire aussi : Face à l’urgence, la CITES renforce la protection des animaux sauvages 

     

    Sorties en brousse

    Pour certains chimpanzés, le traumatisme a été si violent qu’ils doivent tout réapprendre, jusqu’au langage et aux codes de leur propre espèce. Il faut aussi leur enseigner des gestes quotidiens nécessaires à un éventuel retour à la vie sauvage comme trouver de la nourriture ou faire leur nid pour dormir. Pour les aider, les soigneurs du centre organisent chaque jour des sorties en brousse. Comme les petits chimpanzés n’ont pas profité des enseignements de leur mère, à laquelle ils ont été arrachés, c’est l’homme qui la remplace. Répartis par groupe d’âge, les chimpanzés ont besoin d’un cadre, avec des interdits et des moments de jeu, d’affection et de réassurance. Les soigneurs leur apportent cet équilibre. Le centre a fait le choix de ne recruter que des soigneurs guinéens, auxquels ils ont donné une formation complète sur le comportement des chimpanzés. Car, si la plupart connaissent la brousse comme leur poche, ils n’ont jamais côtoyé de chimpanzés. Ils doivent connaître parfaitement chacun des pensionnaires et surtout assimiler le fonctionnement de la hiérarchie du groupe, fondamentale à sa cohésion. Le programme de réhabilitation dure une douzaine d’années ; le temps nécessaire pour amener ces orphelins à dépasser le traumatisme de leur capture.

    Centre de conservation pour chimpanzés/Arnaud Poisac

    Des hommes et des singes

    Ni électricité ni eau courante. Le Centre de conservation pour chimpanzés est sommaire. La richesse du lieu, c’est son équipe, l’abnégation dont elle fait preuve et sa philosophie. À sa tête, une quadragénaire montée sur pile, des soigneurs… Au total, une vingtaine de personnes, mobilisées sept jours sur sept. Sans oublier la dévotion des bénévoles, engagés pour six mois. Le centre a également lancé un programme d’éducation et de sensibilisation auprès des populations locales, les informant des conséquences de la coupe illégale de bois, du braconnage, mais aussi leur rappelant les lois en vigueur. Il leur apporte aussi un soutien social par le biais d’aides médicales, d’un accès à l’éducation et à l’emploi. L’objectif est de sensibiliser le grand public aux risques de disparition de cette espèce. En Europe, le centre organise régulièrement des expositions dans des parcs zoologiques. 

    Le premier chimpanzé

    Estelle Raballand est la fondatrice du sanctuaire. « Un jour, quelqu’un a déposé devant ma porte un chimpanzé mâle. Il pleurait et souffrait, car un Français l’avait attaché par le cou et lui avait fait boire de la soude caustique, puis l’avait abandonné ! J’ai réussi à le sauver après des mois de traitement. » C’est pour venir en aide à ces chimpanzés martyrs que le Centre de conservation pour chimpanzés, situé en plein cœur du Parc national du Haut-Niger, est né. Estelle est consciente que les retours à la vie sauvage restent très incertains et que la première génération est souvent sacrifiée. Même si elle a passé la main depuis 2015, elle reste très active dans la recherche de fonds. 

    Vous pouvez aider le centre en adhérant à l’association, en parrainant un chimpanzé ou en devenant écovolontaire (plus d’informations : projetprimates.com).

    Centre de conservation pour chimpanzés/Arnaud PoisacEstelle Raballand est la fondatrice du Centre de conservation pour chimpanzés.
     
    Retour à la vie sauvage

    Retrouver un habitat naturel assez vaste pour la réintroduction des chimpanzés est l’une des missions du Centre de conservation pour chimpanzés. Comme le chimpanzé reste un animal dangereux, le centre tient à éviter toute présence humaine à proximité des sujets réintroduits. Une difficulté supplémentaire car les espaces en Guinée sont restreints, même au sein des parcs nationaux, en raison de la déforestation massive. Relâcher un chimpanzé est une opération qui doit respecter les critères stricts de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Aucune réintroduction n’est possible avant l’âge de 15 ans, moment où un chimpanzé peut prendre sa place dans un groupe déjà constitué. Le centre a réalisé sa première réintroduction en milieu sauvage en 2008, sur le site de Bakaria, à une trentaine de kilomètres du sanctuaire. Douze jeunes adultes ont été remis en liberté, équipés de colliers GPS, afin de les suivre à distance. L’adaptation est toujours plus difficile pour les mâles car, à l’état sauvage, ils restent toute leur vie dans le groupe de leur mère. Seules les femelles partent, pour éviter la consanguinité. Les premiers résultats sont encourageants puisque certaines femelles ont intégré des groupes de chimpanzés sauvages et donné naissance à des petits. Ce processus ne peut malheureusement pas être proposé à tous les chimpanzés recueillis, qui souffrent de traumatismes irréversibles. Ils restent alors au centre.

    À lire aussi :

    Frans de Waal : la vérité sur les émotions animales

    Que peut faire la France pour sauver les grands singes?

     


    Autres articles à lire

  • Des gènes de la domestication découverts chez les renards

    Faune sauvage'Si tu veux un ami, apprivoise-moi' dit le renard. Que faut-il faire ? répond le Petit prince. Débutée il y a 60 ans, une expérience sur des renards visant à mieux comprendre le processus d'apprivoisement a permis de découvrir des gènes impliqués dans l'agressivité et la domestication.

    08 Août 2018
  • La plus grande réserve d’Afrique confiée à une ONG française

    Faune sauvageL’ONG française Noé vient de se voir confier par le Niger, et pour une durée de 20 ans, la plus grande réserve terrestre d’Afrique : Termit et Tin Toumma. Il s’agit d’une 'délégation de gestion', c'est-à-dire d'un accord juridique entre l’État et Noé.

    30 Novembre 2018
  • La sexualité de nos animaux 26/50

    Faune sauvageC’est le printemps ! Pour l’occasion, Animaux-online vous propose une série de cinquante articles sur la sexualité de nos animaux. Vous allez enfin tout savoir sur ce que vous n’avez jamais osé demander. Aujourd’hui… les baisers.

    27 Avril 2016
  • Des grenouilles et des couleurs

    Faune sauvageLes tropiques donnent de la couleur aux grenouilles ! Rouge, bleu, vert, jaune… c’est un arc-en-ciel de petites bêtes dont les espèces sont aussi méconnues que menacées…

    17 Octobre 2018
  • Coronavirus chinois : en cause, la consommation de civette ?

    Faune sauvageLe marché chinois considéré comme l'épicentre du nouveau coronavirus était une sorte de ménagerie où cohabitaient d'étranges espèces, comme la célèbre civette à l'origine de l'épidémie de Sras en 2002-2003.

    23 Janvier 2020
  • Un juge américain bloque une chasse au grizzli près de Yellowstone

    Faune sauvageUn juge américain a bloqué jeudi l'ouverture de la chasse au grizzli qui devait avoir lieu ce week-end autour du parc national de Yellowstone pour la première fois en 40 ans.

    03 Septembre 2018
  • Des photos pour défendre la vie sauvage avec humour

    Faune sauvageLe Comedy Wildlife Photography Awards a récompensé les photos les plus drôles d’animaux de l’année 2016. Le but de ce concours ? Sensibiliser le grand public à la préservation de la vie sauvage en jouant la carte de l’humour.

    09 Décembre 2016
  • Coronavirus : le pangolin, chaînon manquant potentiel dans l'épidémie

    Faune sauvageQuel est l'animal qui a transmis le nouveau coronavirus à l'homme ? Pour identifier le suspect, les chercheurs se sont lancés dans une traque méthodique, digne d'une enquête de police scientifique. Le pangolin -espèce la plus braconnée au monde et commercialisée illégalement en Chine- serait le principal suspect.

    07 Février 2020
  • Le delta du Danube, paradis des oiseaux

    Faune sauvageGrand comme deux fois le Luxembourg, le delta du Danube, avec ses 400 lacs, ses 330 espèces d’oiseaux, ses 135 variétés de poissons et des mammifères comme la loutre ou le chien viverrin, est un haut lieu de la biodiversité mondiale, placé depuis 1991 sous l’égide de l’Unesco. Echappée belle.

    27 Août 2018
  • Les populations de baleines et de gorilles sont en hausse !

    Faune sauvageBonne nouvelle ! La situation des baleines et des gorilles des montagnes, autrefois en grave danger, s'est améliorée grâce à la lutte contre la chasse et le braconnage, indique une étude de l'Union mondiale pour la nature (UICN) publiée mercredi.

    16 Novembre 2018
  • A la recherche de l'ADN du monstre du Loch Ness

    Faune sauvageEt s'il y avait un fond de vérité aux histoires de créatures géantes surgissant des eaux sombres du Loch Ness? C'est ce que va tenter de découvrir un scientifique néo-zélandais en analysant l'ADN des eaux de ce lac écossais célèbre dans le monde entier.

    18 Juin 2018
  • Un centre de soins pour animaux sauvages appelle à l’aide

    Faune sauvageL’Hirondelle, un centre de soins pour animaux sauvages à Saint-Forgeux (69) se trouve en extrême difficulté. Il se voit contraint, aujourd’hui, de fermer ses portes car il ne peut plus accueillir le moindre animal.

    11 Octobre 2019
  • Bêtes politiques : quand les chefs d’État s’offrent des animaux

    Faune sauvageChiens, pandas, éléphants… De tout temps, les pays se sont offert des animaux afin de sceller et d’entretenir leurs bonnes relations. Petit bestiaire des relations diplomatico-animalières du monde entier…

    01 Mars 2018
  • La sexualité de nos animaux 28/50

    Faune sauvageC’est le printemps ! Pour l’occasion, Animaux-online vous propose une série de cinquante articles sur la sexualité de nos animaux. Vous allez enfin tout savoir sur ce que vous n’avez jamais osé demander. Aujourd’hui… l'avortement.

    29 Avril 2016
  • SeaWorld condamné à 4 millions de dollars d'amende

    Faune sauvageLe groupe SeaWorld Entertainment et son ancien directeur général devront payer 5 millions de dollars d'amende pour avoir minimisé auprès des investisseurs l'impact du documentaire 'Blackfish', qui dénonçait le traitement des orques en captivité, ont annoncé mardi les autorités américaines.

    22 Septembre 2018
  • La sexualité de nos animaux 37/50

    Faune sauvageC’est le printemps ! Pour l’occasion, Animaux-online vous propose une série de cinquante articles sur la sexualité de nos animaux. Vous allez enfin tout savoir sur ce que vous n’avez jamais osé demander. Aujourd’hui… les distinctions.

    08 Mai 2016
  • Hécatombe de dauphins et de phoques sur les côtes américaines

    Faune sauvageDes dizaines de dauphins et des centaines de phoques se sont échoués ces deux derniers mois sur les plages de Floride et du nord-est des Etats-Unis, ont annoncé vendredi les autorités américaines.

    03 Septembre 2018
  • La sexualité de nos animaux 31/50

    Faune sauvageC’est le printemps ! Pour l’occasion, Animaux-online vous propose une série de cinquante articles sur la sexualité de nos animaux. Vous allez enfin tout savoir sur ce que vous n’avez jamais osé demander. Aujourd’hui… sexe et reproduction.

    02 Mai 2016
  • La sexualité de nos animaux 25/50

    Faune sauvageC’est le printemps ! Pour l’occasion, Animaux-online vous propose une série de cinquante articles sur la sexualité de nos animaux. Vous allez enfin tout savoir sur ce que vous n’avez jamais osé demander. Aujourd’hui… ne pensent-ils qu'à ça ?

    26 Avril 2016
  • Parc animalier d’auvergne : pour la préservation des espèces

    Faune sauvageCe zoo en plein cœur du Puy-de-Dôme a fait peau neuve pour remplir au mieux sa mission de préservation des espèces menacées et de sensibilisation des visiteurs, les deux principaux axes de développement de tous les parcs animaliers modernes.

    19 Mai 2017