Le macareux reste au frais grâce à son gros bec


  • Le macareux reste au frais grâce à son gros becPhoto : Shutterstock
  • Faune sauvage/ Oiseaux

    Le macareux huppé régule sa température corporelle grâce à son gros bec, une caractéristique résultant de l’évolution qui pourrait expliquer sa capacité à voler durant de longues périodes à la recherche de nourriture.

    - communiqué

    Dans le cadre d’une nouvelle étude publiée dans le Journal of Experimental Biology, des chercheurs de l’Université McGill (Canada) et de l’Université de Californie à Davis ont utilisé des caméras thermiques pour mesurer la dissipation de la chaleur du corps et du bec du macareux huppé sauvage dans les minutes qui suivent un vol.

    Ils ont constaté que la température du bec du macareux chutait de 5 °C (de 25 °C à 20 °C) 30 minutes après que l’oiseau s’était posé, tandis que la température de son dos ne changeait pratiquement pas. Le bec est responsable de 10 % à 18 % des échanges de chaleur totaux même s’il ne représente que 6 % de la surface totale du corps de l’oiseau.

    Les gros becs aident les oiseaux à se refroidir en vol

    Mais pourquoi l’évolution du macareux a-t-elle mené au développement d’un si gros bec ? Kyle Elliott, professeur au Département des sciences des ressources naturelles de l’Université McGill, pense que cet attribut pourrait avoir un lien avec l’énergie que l’oiseau dépense pour voler.

    Du point de vue énergétique, voler est très exigeant pour les oiseaux. En vol, le Guillemot de Brünnich – un proche cousin du macareux – déploie 31 fois plus d’énergie qu’au repos, la plus grande dépense d’énergie jamais mesurée chez un vertébré. Cela produit une grande quantité de chaleur, indique Kyle Elliott, auteur en chef de l’étude, ce qui donne à penser que certains oiseaux ont développé un gros bec pour se refroidir en volant. Hannes Schraft, auteur principal de l’étude et ancien doctorant au Département de biologie de l’Université de Californie, ajoute que les « guillemots de Brünnich (et probablement les macareux) produisent autant de chaleur qu’une ampoule électrique lorsqu’ils volent ».

    Shutterstockle Guillemot de Brünnich

    « Nos résultats étayent l’hypothèse selon laquelle la régulation de la température corporelle a joué un rôle dans la morphologie de certains becs d’oiseaux. Nous croyons également qu’il s’agit d’un exemple d’exaptation, soit l’amplification d’une structure externe pour remplir une nouvelle fonction, un peu comme les oreilles du lièvre du désert, qui sont devenues plus grandes pour l’aider à se refroidir », observe M. Elliot.

    ShutterstockLe lièvre du désert

    Un moyen d’évacuer une chaleur excessive

    « Nous avons tenté de déterminer si le macareux avait recours à son large bec pour évacuer un excès de chaleur corporelle lorsqu’il vole, précise M. Schraft, maintenant boursier postdoctoral à l’Université du Québec à Montréal. Nous pensions que ce serait le cas, car des recherches antérieures ont démontré que c’est ce qui se produit chez le toucan et le calao, des espèces d’oiseaux aussi dotées d’un très gros bec. » En raison des plumes, le corps d’un oiseau est très bien isolé. Ainsi, la thermorégulation ne se produit pas par la transpiration. C’est plutôt le bec qui sert de radiateur lorsque l’oiseau doit se refroidir – l’équivalent de la transpiration chez l’humain par une chaude journée d’été.

    ShutterstockUn calao

    Hannes Schraft concède que cela peut sembler paradoxal. Après tout, on voit souvent les oiseaux qui ont froid enfouir leur bec dans leur plumage pour se réchauffer. En outre, les biologistes ont démontré qu’en moyenne, les oiseaux qui vivent dans des climats froids ont de plus petits becs.

    A lire aussi :  En ville, pourquoi les pigeons perdent-ils leurs doigts ?

    Les macareux huppés étudiés par M. Schraft vivant en Alaska, la logique aurait voulu qu’ils aient un petit bec. Toutefois, des besoins en concurrence pourraient expliquer pourquoi ils n’obéissent pas à cette logique. « Une température corporelle trop élevée peut être un problème important pour les oiseaux marins qui doivent voler sur de longues distances pour nourrir leurs oisillons durant la saison de reproduction, explique M. Schraft. Le macareux a peut-être résolu ce problème en développant un gros bec au fil de son évolution. »


    Autres articles à lire

  • Chasse des oies migratrices : la LPO appelle à la mobilisation

    Faune sauvageAlors que le ministère de l’Écologie s’apprête à signer un arrêté permettant aux chasseurs de tuer les oies migratrices en février – après la date officielle de fermeture –, les Français sont appelés, dans une consultation publique, à donner leur avis avant le 24 janvier.

    09 Janvier 2019
  • Des faucons voyagent en avion

    Faune sauvageInsolite. Un membre de la famille royale d’Arabie saoudite a fait voyager ses 80 faucons par avion. Une vidéo montre ce curieux équipage, en compagnie d’autres passagers.

    03 Février 2017
  • Les quotas des chasses traditionnelles revus à la baisse

    Faune sauvageLes quotas pour les chasses traditionnelles (glu, filets…) ont été abaissés pour la saison 2018-2019 au niveau des prises réalisées l'an dernier, a annoncé jeudi le ministère de la Transition écologique, mécontentant à la fois les chasseurs et les défenseurs des oiseaux.

    27 Septembre 2018
  • Où observer des oiseaux en hiver ?

    Faune sauvageVoici quelques réserves et sites naturels où vous serez sûrs de pouvoir observer ces oiseaux, qui ne sont là qu’en hiver.

    28 Novembre 2018
  • Donner du pain aux canards nuit gravement à leur santé

    Faune sauvageNourrir les oiseaux dans les parcs avec un morceau de pain est un geste ancré dans les habitudes, mais qui se révèle néfaste, voire mortel, pour les volatiles.

    09 Mars 2018
  • Bretagne : le grand gravelot en danger

    Faune sauvageLa survie du grand gravelot, un oiseau migrateur présent sur certaines îles bretonnes, «est menacée» a alerté vendredi le sous-préfet de Brest, assurant qu’il y avait « urgence à trouver des solutions de préservation» alors qu’il reste moins de 200 couples en France.

    05 Février 2019
  • C’est la Journée mondiale des oiseaux migrateurs

    Faune sauvageCe 10 mai est la Journée mondiale des oiseaux migrateurs. Voici quelques idées d’activités organisées à l’occasion de la Fête de la Nature, pour observer différentes espèces d’oiseaux voyageurs, et apprendre à mieux protéger leurs habitats.

    10 Mai 2017
  • Canicule : comment venir en aide aux oiseaux en été ?

    Faune sauvageA chaque saison les oiseaux ont des besoins spécifiques. En été, il faut penser à répondre à leurs besoins en eau.

    26 Juillet 2018
  • Un week-end au balcon : comptez les oiseaux et aidez la science

    Faune sauvageNouveauLa 8e édition du comptage national des oiseaux de nos jardins se déroule ce week-end : samedi 25 ou dimanche 26, consacrez une heure aux volatiles autour de chez vous. Vos observations sont précieuses pour la biodiversité.

    23 Janvier 2020
  • En France, les cigognes commencent à se sédentariser

    Faune sauvageSi vous vous rendez dans le Parc des oiseaux de Villars-les-Dombes (01), vous apercevrez pendant votre visite de charmants squatteurs : les cigognes. Elles ne font pas partie du parc à proprement parler, mais toutes les conditions sont réunies pour qu’elles y installent leurs nids de manière permanente...

    14 Août 2019
  • Un manchot de Nouvelle-Zélande peut parcourir 7 000 km pour se nourrir

    Faune sauvageUne équipe de recherche internationale vient de découvrir que le gorfou du Fiordland, un manchot de Nouvelle-Zélande, pouvait parcourir jusqu’à 7 000 km en l’espace de 8 semaines, et ce, afin de s’engraisser en prévision de la mue annuelle.

    04 Septembre 2018
  • Un financement participatif pour sauver 3 espèces d’oiseaux

    Faune sauvageLe Parc des oiseaux, dans l’Ain, veut créer un centre de reproduction et de réintroduction pour aider à la conservation de trois espèces emblématiques d’Europe. Pour que ce projet voit le jour, le parc fait appel au financement participatif.

    12 Décembre 2019
  • Attention, nourrir les oiseaux comporte certains risques !

    Faune sauvageNourrir les oiseaux en hiver, oui, mais pas n’importe comment ! En effet, cette pratique peut contribuer à la transmission de certaines maladies entre les volatiles. C’est pourquoi l’ONCFS rappelle les bonnes pratiques à adopter.

    26 Novembre 2019
  • 3 gestes simples pour sauver les oiseaux !

    Faune sauvageEntendez-vous chanter les oiseaux dans votre jardin ? Les apercevez-vous dans les arbres ? Non ? Ce n’est pas pour rien. Le nombre des oiseaux de proximité baisserait progressivement chaque année. Animaux-Online vous présente 3 gestes simples pouvant participer à leur sauvegarde.

    03 Février 2019
  • Oiseaux : ils passent l’hiver en France

    Faune sauvageOn parle souvent des oiseaux qui partent vers les pays chauds pour échapper à la rigueur de l’hiver. Moins de ceux qui, venant du nord de l’Europe, passent la mauvaise saison sur notre territoire.

    27 Novembre 2018
  • Birdlab : une appli pour aider la science

    Faune sauvageBirdlab revient pour une troisième édition : jusqu’au 31 mars 2017, participez à ce programme scientifique d'observation des oiseaux en téléchargeant l’application sur votre téléphone ou votre tablette.

    06 Décembre 2016
  • En ville, pourquoi les pigeons perdent-ils leurs doigts ?

    Faune sauvageAvec d’importantes infirmités aux pattes, les pigeons entretiennent leur mauvaise réputation et l’idée reçue selon laquelle ils seraient malades. Pourtant, une nouvelle étude française révèle que ces mutilations sont mécaniques et provoquées par l’activité humaine. Explications.

    14 Novembre 2019
  • Pingouin ou manchot, quelle différence ?

    Faune sauvageEn cette Journée mondiale du manchot, Animaux-Online vous explique ce qui différencie cet animal du pingouin. Promis, après cet article, vous ne ferez plus jamais l’erreur !

    25 Avril 2019
  • Comment aider les oiseaux victimes du froid ?

    Faune sauvageLe gel et la neige qui se sont abattus soudainement sur la France menacent de nombreux animaux. Avec l’arrivée du froid, l‘accès aux ressources devient difficile ou impossible pour les oiseaux qui s’épuisent rapidement, limitent leurs déplacements et sont, de fait, plus vulnérables. La LPO rappelle quelques gestes simples pour leur venir en aide.

    24 Novembre 2018
  • En 25 ans, le golfe du Morbihan a perdu 30% de ses oiseaux d’eau

    Faune sauvageLes gestionnaires du golfe du Morbihan viennent de publier le bilan complet du dénombrement des oiseaux d’eau migrateurs et hivernants pour la saison 2015-2016. Ces derniers résultats confirment le fait que le golf continu de se dégrader.

    12 Septembre 2018