Océans : baissons le son !


  • Océans : baissons le son !Photo : Shutterstock
  • Faune sauvage/ Océans

    La pollution sonore des océans causée par les activités humaines ne cesse d’augmenter ces dernières années, engendrant une menace supplémentaire sur la faune marine, et particulièrement les cétacés, qui ne parviennent plus à communiquer.

    Il n’y a pas que le plastique et le pétrole qui polluent les océans ! Les nuisances sonores viennent aussi perturber le « monde du silence », qui est devenu plus bruyant que jamais. Au point que les baleines ne s’entendent plus chanter ! Les causes de la cacophonie qui règne désormais sous les mers ? La navigation commerciale, les sonars militaires et civils, mais aussi le dragage et le forage des fonds marins à la recherche d’énergies fossiles, qui affectent l’ensemble de la vie sous-marine, du zooplancton aux plus grands mammifères marins.

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    S’il est encore difficile de mesurer l’étendue des dégâts, les effets de cette pollution sonore d’origine humaine se manifestent d’ores et déjà par des échouages massifs de cétacés longtemps inexpliqués. « Au cours des années, il est apparu que certains cétacés échoués présentaient des lésions auditives inhabituelles et des signes d’hémorragies cérébrales, ce qui a poussé les chercheurs à faire émerger la problématique de la pollution sonore », explique Céline Sissler-Bienvenu, directrice France du Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw). Notamment en 2000, après les autopsies pratiquées sur 17 cétacés de diverses espèces, dont des baleines à bec de Cuvier, échoués sur les plages en marge d’exercices militaires utilisant des sonars. Elles avaient révélé chez certaines baleines des traces d’hémorragies proches de leur oreille interne. Selon les chercheurs, les bruits stridents envoyés par des sonars actifs lors des opérations militaires ont provoqué la fuite des baleines vers la surface, sans qu’elles puissent prendre le temps de passer par des paliers de décompression, ce qui a engendré des « accidents de plongée » mortels.

    Si l’échouage massif des cétacés est la conséquence la plus visible de la pollution sonore, ses effets sont plus insidieux et préoccupants. Car le brouhaha permanent qui règne sous l’eau couvre et brouille tous les autres sons utiles aux espèces qui y vivent. Comme les baleines et les dauphins qui communiquent par des sons (chants, cris), d’un bout à l’autre des océans, pour s’orienter, localiser leurs proies, éviter les prédateurs ou bien encore se reproduire.

    Les ondes sonores se propageant sous l’eau à des distances bien supérieures et à une vitesse quatre fois plus rapide qu’à la surface, toutes les activités humaines marines modernes sont une source de pollution sonore : les sonars militaires, ou de pêche (pour repérer des bans de poissons), mais également la construction de fermes d’éoliennes offshore, nécessitant une phase de battage de pieux provoquant des explosions, la prospection sismique, les forages, les pipelines sous-marins… sans oublier le trafic maritime qui a considérablement augmenté ces dernières décennies. Entre 1980 et 2009, la flotte commerciale mondiale a pratiquement doublé. 

    Diminuer à défaut de supprimer

    « Près de 90% du transport mondial des marchandises se fait aujourd’hui par bateau, détaille Céline Sissler-Bienvenu, et près de 60000 navires sillonnent chaque jour les mers du globe. La vibration des coques, mais également ce que l’on appelle le phénomène de “cavitation”, c’est-à-dire l’éclatement des bulles autour des hélices, engendrent un bruit infernal. » Pour faire baisser le volume sonore dans les océans, l’Ifaw travaille notamment auprès des armateurs, en proposant différentes solutions. « Contrairement à d’autres formes de pollution marine, lorsque le bruit cesse, la pollution cesse. A défaut de supprimer tous les bruits, on peut les diminuer. Pour cela, il faut identifier et rénover les bateaux les plus bruyants, et concevoir de nouveaux navires plus silencieux en s’appuyant sur des technologies qui existent déjà. On peut aussi diminuer la vitesse des cargos pour atténuer les bruits qu’ils émettent. Cela réduirait aussi la consommation de carburant, ainsi que les collisions avec les mammifères marins. »

    A voir, le documentaire Sonic Sea, coproduit par l’IFAW, qui explore l’impact de l’empreinte acoustique d’origine humaine sur les mammifères marins comme les baleines et les dauphins. Le film a remporté deux Emmy Awards, prestigieuse récompense de télévision aux Etats-Unis. www.sonicsea.org
     

    Parallèlement à ces pistes, des recherches sont menées par des scientifiques afin de mesurer l’empreinte acoustique humaine et son impact sur les océans. C’est le cas du projet Baltic Sea Information on the Acoustic Soundscape (Bias), dont l’objectif est de cartographier les zones de bruits d’origine humaine, ainsi que les zones de passages d’animaux marins, et de croiser les données.

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    « Le problème de la pollution sonore vient se combiner à toute une série de pressions pesant sur les océans, comme la pollution des déchets plastiques ou le dérèglement climatique, rappelle Héloïse Berkowitz, chercheuse au CNRS TSM Research et co-organisatrice d’un colloque international sur la pollution sonore des océans en 2016. L’océan est perçu comme une étendue si vaste et si profonde qu’on croit qu’il peut tout absorber. Or ce n’est pas le cas. Si une espèce marine disparaît, cela peut mener à l’effondrement de tout l’écosystème marin et concerner directement l’homme. » Consciente des enjeux, l’<


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