Pierre Robert de Latour : 20 ans aux côtés des orques


  • Pierre Robert de Latour : 20 ans aux côtés des orquesPhoto : Shutterstock
  • Bons plans/ Livres

    Depuis 20 ans, l’apnéiste Pierre Robert de Latour perfectionne ses connaissances sur celles que l’on appelle injustement les « baleines tueuses ». À travers les pages de son livre « Frère des orques » (aux éditions Glénat), il raconte ces rencontres sous-marines qui l’ont marqué à jamais, ainsi que les menaces qui pèsent sur ces géants des mers. [VIDEO]

    Animaux-Online : Pouvez-vous vous présenter ?

    Pierre Robert de Latour : Je suis un apnéiste-aventurier et expert-conférencier. Je travaille dans le domaine du comportement animal et notamment du comportement exploratoire des orques face aux plongeurs. Cela fait 20 ans que je pratique ces plongées, et que je rencontre, chaque hiver, les orques en Norvège. Après ces 20 années, j’ai eu à peu près 6 000 interactions sous-marines avec les orques, et j’ai eu envie de partager cette expérience en écrivant un livre.

    AO : Vous utilisez une technique d’approche non invasive. En quoi consiste-t-elle ?

    PRL : Approcher les orques, c’est quelque chose d’assez difficile. C’est une société qui est plutôt fermée et, la plupart du temps, elles refusent le contact parce qu’elles sont occupées. Elles ouvrent rarement leur espace, notamment aux plongeurs et même aux autres espèces. Je me suis aperçu avec l’expérience que certains angles d’approche, certains tempos permettaient d’être toléré dans un premier temps. Cette expérience, je la combine avec des théories, telles que la théorie de la proxémie de Edward T. Hall et la théorie de la communication non verbale de Albert Mehrabian. Ce sont des sociologues qui ont travaillé sur le langage corporel. C’est dans un premier temps vers l’étude de ce langage, chez l’orque, que se sont portés mes efforts.

    D’abord, pour s’approcher d’une orque, il faut un bateau. C’est illusoire de vouloir partir de la plage et de nager en direction des orques. Elles sont toutes beaucoup plus rapides que nous. Ensuite, l’embarcation doit vous déposer dans ce que j’ai défini comme étant la limite de la zone sociale de l’animal, qui est à peu près à 25-30 mètres. Pour s’approcher, il faut véritablement être en parallèle et venir stationner au même niveau que le groupe d’orques. Puis il faut essayer de prendre un tout petit peu d’avance, toujours en gardant cette direction. Si les orques veulent interagir, elles vont venir dans le sillage du bateau, sinon, elles ouvriront leur angle et s’éloigneront. C‘est ce que j’appelle une approche douce qui conduit à une rencontre respectueuse, ou à une esquive douce.

    À lire aussi :  Comment agir pour la protection des mammifères marins ?

    Si on tente d’approcher les orques avec des angles qui sont différents – de face, ou juste derrière – on a affaire à des esquives qui sont plus dures, plus brutales, plus cassantes. Et l’on perçoit la gêne que l’on provoque. Ma méthode, c’est d’être invité dans le monde de cet animal, et non de forcer l’interaction.

    AO : Sur les 6 000 rencontres que vous avez faites, laquelle retiendriez-vous ?

    PRL : C’est avec une jeune femelle que l’on a baptisée « Leilani », qui est un nom hawaïen. Ça a été une rencontre d’une intensité que je pense n’avoir jamais connue. Les trajectoires étaient beaucoup plus directes. Elle émettait des sons dans l’eau qui n’étaient pas des sons répertoriés, lorsqu’ils se parlent aux autres. J’avais l’impression, véritablement, qu’elle cherchait à communiquer, à faire passer un message. Elle me frôlait. Cela pouvait même être intimidant, même sachant que c’était son caractère, sa personnalité bien à elle qui faisaient qu'elle agissait ainsi. Nos interactions, quand je la retrouve maintenant, sont toujours de ce type-là et c’est, quelque part, d’une puissance telle que même dans mes souvenirs, ça s’estompe, tellement c’est fort à ce moment-là.

    AO : Pourquoi dites-vous que les orques sont votre famille ?

    PRL : Il y a beaucoup de points communs entre cette civilisation océanique et la nôtre. Longévité aux alentours de 100 ans, articulations sociales, maturité sexuelle… C’est une des rares espèces animales qui dispose d’un langage verbal, comme nous. Les orques de Norvège ont à peu près 24 sons différents répertoriés. Je vous rappelle que nous avons 26 lettres de l’alphabet. On sait que les dauphins – et elles font partie de la famille des dauphins – sont capables de produire 60 000 mots différents en combinant ces sons. C’est à peu près ce que l’on peut aussi faire, nous, les humains. Il y a beaucoup de choses en parallèle.

    À lire aussi : Images rares d’orques jouant avec… leur nourriture

    Également, dans ma propre famille, quand j’étais enfant, je n’étais pas forcément bien à ma place et il a fallu que je me trouve une famille de substitution. Dans un premier temps, je me suis senti bien, beaucoup plus sûr lorsque je nageais dans l’océan. C’était un milieu qui m’était familier, qui m’émerveillait. Jusqu’au jour où j’ai rencontré les orques. Là, j’avais vraiment le sentiment d’être à l’endroit où je devais être et que tout ce que j’avais vécu avant m’avait programmé pour ce moment-là. Et c’est ce que je fais depuis 20 ans maintenant.

    AO : Que reste-il encore à découvrir de ces animaux très mystérieux ?

    PRL : Ce sont des animaux très difficiles à observer car, bien qu’ils soient présents dans toutes les mers du globe, ils sont extrêmement mobiles et c’est difficile de les suivre. On commence maintenant à avoir quelques informations qui sont produites par les tags satellites mais avant ça, les travaux étaient très difficiles à conduire. On pouvait observer quelques ailerons à la surface, pendant une période très courte de l’année et du jour, et on ne savait rien de ce qu’il se passait sous l’eau. Je crois que j’étais l’un des premiers à véritablement m’immerger et à observer ces comportements sous l’eau pour pouvoir les rapporter, les explorer et essayer de les comprendre un petit peu. Et je crois que s’il y a un domaine dans lequel il y a des progrès à faire, c’est bien la compréhension du langage verbal. C’est quelque chose de mystérieux. On sait qu’ils se parlent, mais on ne comprend pas ce qu’ils se disent. Je crois que le jour où l’on sera capables de comprendre ce qu’ils se disent, on saisira qu’on a affaire à une intelligence supérieure, peut-être supérieure à la nôtre, et l’on sera plus à même de les respecter et de respecter leur environnement.

    À lire aussi : Océans : baissons le son !

    AO : Pouvez-vous nous présenter votre association « Orques sans frontières » ?

    PRL : Elle est destinée à faire connaître les orques, et les cétacés par extension, et à participer à leur protection. Nos actions sont surtout des programmes pédagogiques à destination des scolaires, mais tout public. Nous prenons aussi part à toute cette grande mouvance anti-captivité. Elle demande, en France, l’arrêt des parcs et la remise à l’état sauvage, ou en tout cas le retour dans un sanctuaire des animaux qui sont encore captifs, qu’ils soient dauphins, orques ou même les phoques, qui sont aussi des mammifères marins.

    AO : Enfin, avez-vous de nouveaux projets pour la suite ?

    PRL : Le projet de l’association, c’est de continuer à soutenir ces actions. Mon projet personnel, c’est de continuer à vivre ces rencontres aussi longtemps que mon corps me le permettra. J’avance en âge, je commence un petit peu à sentir le poids des années, la fatigue s’installe, la résistance au froid diminue… C’est quand même quelque chose de très dur, les conditions dans lesquelles on plonge, en hiver, au nord du cercle polaire, et toujours plus au nord chaque année. Ces contraintes sur l’organisme, je commence à les sentir, maintenant.

    Il y a également un projet assez gros, qui est en phase de test aujourd’hui et qui concerne le son des cétacés, parce que là est la clé. Pendant de très nombreuses années, j’ai dédié mon travail au comportement et au langage corporel des orques et je suis passé à côté, je dois l’avouer, de toute la richesse de la production sonore de ces créatures. Donc le projet, que je ne vais pas encore nommer, est en phase de test et sortira en 2019. Ce sera assez surprenant, vous verrez.

    Frère des orques, de Pierre Robert de Latour. Éditions Glénat. Prix : 19,95 €

     


    Autres articles à lire

  • Prix littéraires : deux livres sur les animaux récompensés

    Bons plansJean-Louis Gouraud a reçu le prix Nicolas Bouvier Étonnants Voyageurs 2017 pour sa Petite Géographie amoureuse du cheval, et Jean-Baptiste Del Amo a été distingué par le prix du Livre Inter pour Règne animal.

    08 Juin 2017
  • 4 livres pour découvrir de drôles de bêtes

    Bons plansLe monde animal est beau, poétique, fascinant… et aussi, parfois, très drôle ! Voici 4 ouvrages traitant des insectes, mammifères et autres licornes placés sous le signe de l’humour.

    17 Octobre 2018
  • Animaux : de beaux livres pour les enfants

    Bons plansDécouvrir les modes de vie et l’environnement des animaux, s’étonner de leurs incroyables capacités et s’émerveiller de leurs beautés : connaître les animaux est un premier pas vers leur respect et leur protection. Voici une sélection de trois beaux livres sur la faune sauvage pour les enfants.

    24 Août 2017
  • Les oiseaux, tout un poème !

    Bons plansEn cette période du Printemps des poètes, un livre joliment illustré réunit une centaine de textes célébrant les oiseaux, rouges-gorges, merles et autres hirondelles, pour une étonnante balade ornithologique.

    10 Mars 2017
  • Bibliothèque de l’automne : 4 livres pour les passionnés de loups

    Bons plansÀ travers les époques, les loups ont toujours eu une aura mystique, fascinant l’Homme et alimentant les contes et légendes. Voici 4 ouvrages qui abordent les différentes facettes, historiques, comportementales ou imaginaires, de cet animal plein de secrets.

    11 Novembre 2018
  • Bibliothèque de l’été : des livres pour mieux comprendre les chats

    Bons plansLes chats ont toujours fasciné les hommes. En Égypte, les félins étaient même considérés comme des êtres sacrés. Et au fil des siècles, ils n’ont cessé de séduire les hommes qui en ont fait leur animal de compagnie préféré.

    24 Août 2018
  • Apprendre en s’amusant : les livres pour enfants sur les animaux

    Bons plansLa vue, bien sûr, mais aussi le toucher, l’ouïe… tous les sens sont en éveil grâce à des collections de livres spécialement conçues pour les enfants, qui permettent de mieux connaître les animaux tout en développant sa créativité !

    08 Mai 2018
  • L’Histoire du lion Personne, prix littéraire 30 Millions d’amis

    Bons plansCette année, le prix littéraire de la Fondation 30 Millions d’amis, présidé par Reha Hutin, a été décerné à Stéphane Audeguy pour son roman ''Histoire du lion Personne'', édité au Seuil.

    23 Novembre 2016
  • Relation avec l’animal : 3 livres pour sensibiliser les tout-petits

    Bons plansVoici trois livres pour aider les enfants en bas âge (4-8 ans) à comprendre des situations souvent difficiles à expliquer pour les parents. Entre la perte de son animal, l’importance de faire attention aux autres êtres vivants et les comportements à adopter avec un chien, ces ouvrages auront les mots justes pour faire passer leur message.

    07 Octobre 2018
  • Hugo Clément : nouvellement végétarien, il témoigne

    Bons plansDepuis deux ans, Hugo Clément est végétarien. Dans son premier ouvrage « Comment j’ai arrêté de manger les animaux », le journaliste télé explique sa prise de conscience. Animaux-Online est allé à sa rencontre afin d’en apprendre plus sur ce changement de vie.

    25 Février 2019
  • Des antisèches sur les animaux pour aider les parents

    Bons plansLes éditions La Salamandre lancent une nouvelle collection pour aider les adultes à répondre à toutes les questions que peuvent se poser les enfants sur la nature, du genre: «Les animaux ont-ils aussi des crottes de nez?»

    31 Mars 2017
  • Un livre pour créer sa basse-cour idéale

    Bons plansCet ouvrage réunit des conseils d’élevage et des fiches détaillées sur une centaine d’espèces afin de tout savoir sur les incontournables de la basse-cour, et se lancer sans crainte dans l’aventure.

    20 Janvier 2017
  • Apprendre à reconnaître les animaux : 4 livres pour toute la famille

    Bons plansL’automne arrive et avec lui, les balades en forêt ou dans les parcs et jardins. Voici une petite sélection de livres pour profiter pleinement de ces sorties et apprendre à apprécier et à reconnaître la biodiversité qui nous entoure.

    29 Septembre 2018
  • Les records du monde chez les animaux

    Bons plansQui peut rester le plus longtemps sous l’eau, quels mammifères ont les plus petits bébés ou bien qui est l’animal avec le plus gros cerveau ? Les éditions Salamandre publient un nouveau livre pour découvrir les capacités les plus étonnantes du monde animal.

    02 Février 2018
  • 3 histoires d’animaux pour endormir les tout-petits

    Bons plansTrouver la bonne histoire pour l’heure du coucher peut parfois être difficile. Animaux-Online vous propose trois petits ouvrages où les héros sont des animaux.

    08 Juin 2019
  • La bibliothèque de l’été : ces animaux qui nous font rire

    Bons plansUne sélection d’ouvrages parlant de nos animaux avec humour pour une pause détente au soleil.

    06 Juillet 2018
  • Sélection de guides nature : découvrez les animaux qui vous entourent

    Bons plansRandonnées, balades, sorties au jardin, petits-enfants à occuper… En été, les occasions de profiter du grand air ne manquent pas. Voici une sélection de guides pour profiter pleinement de ces sorties, et apprendre à mieux observer la vie qui se cache dans la nature.

    11 Août 2017
  • 4 ouvrages pour les futurs petits scientifiques

    Bons plansVotre bout de chou est passionné par les animaux et la nature ? Il est curieux et a soif d’apprendre ? Ces livres sont faits pour lui ! Entre jeux, enquêtes et découvertes, cette sélection (accessible à partir de 4/5 ans) développera son esprit de jeune scientifique en quête de connaissances.

    22 Décembre 2018
  • Insolite : les records les plus étonnants de nos animaux

    Bons plansLa plus longue langue de chien, le plus grand chat domestique, le plus grand chien du monde, le plus vieux chinchilla, la plus grande chèvre… Qu'ils soient drôles, insolites ou impressionnants, la nouvelle édition du livre Guinness des records recense une nouvelle fois les faits les plus incroyables sur nos animaux.

    19 Septembre 2017
  • Une vue à deux de Justine Caizergues est le prix littéraire de la SCC

    Bons plansC'est à 'Une vue à deux' de Justine Caizergues que la Société Centrale Canine vient de remettre, le jeudi 17 novembre, son 8e Prix littéraire à l’Hippodrome d’Auteuil, dans le cadre du Salon des Artistes Animaliers, de chasse et de la nature.

    18 Novembre 2016