Maltraitance animale : un abattoir de l'Indre provisoirement fermé


  • Maltraitance animale : un abattoir de l'Indre provisoirement ferméPhoto : Shutterstock
  • Protection/ Elevage

    Grâce aux images tournées par l'association L214 dans l’abattoir communal du Boischaut, dans l’Indre, le ministre de l’Agriculture a ordonné sa fermeture provisoire.

    Avec AFP

    Le préfet de l'Indre a ordonné, samedi, la suspension provisoire et immédiate de l'activité d'un abattoir du département, à la demande du ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, qui a dénoncé dans un communiqué les "pratiques inacceptables" de l'établissement. Cette décision suit la diffusion par l'association L214 de vidéos montrant des actes de maltraitance d'animaux au sein de l'abattoir communal du Boischaut. Des "actes intolérables" selon le ministre, qui a également mandaté la Brigade nationale d'enquêtes vétérinaires et phytosanitaires pour diligenter une enquête administrative.

    L’abattoir du Boischaut est un abattoir public de 17 salariés géré par la communauté de communes de La Châtre et Sainte-Sévère dans l’Indre. On y abat chaque année 17 000 animaux de différentes espèces : bovins, caprins, ovins et cochons. L’établissement est habilité à abattre des animaux issus de la filière bio.

    Ces images ont été tournées fin août et début septembre 2018. Elles dévoilent de nombreuses violations de la loi concernant la mise à mort des animaux et les règles d’hygiène. Pourtant, cet abattoir avait déjà écopé, en 2016, d’un rapport accablant des services vétérinaires, identifiant des non-conformités majeures toujours présentes deux ans plus tard… "Même avec des contrôles, il n’y a aucune action qui est faite derrière car tant qu’il n’y a pas d’images qui sortent, ils continuent. Et l’abattoir du Boischaut n’est pas un cas isolé ! Le problème est qu’il n’existe pas de système de contrôle, de suivi et de sanction, efficace", explique Brigitte Gothière, cofondatrice et porte-parole de l'association L214.

    Sur les vidéos, il est possible de voir des animaux suspendus par une patte puis saignés alors qu’ils sont pleinement conscients. Il n’y a aucun contrôle de la sensibilité après l’utilisation du matador (pistolet à tige perforante) censé étourdir les animaux. On voit un chevreau tenter de s’enfuir à plusieurs reprises, malmené puis saigné sans avoir bénéficié d’un "étourdissement" efficace, le tout suivi d’autres scènes d’actes inqualifiables. Par ailleurs, l’employé ne porte aucun équipement professionnel : il est vêtu d'un simple tee-shirt, il pose son couteau par terre entre deux saignées et laisse les corps dans le sang et les excréments, etc.

    L21
    Capture d'écran de la vidéo de l'association L214 dans l'abattoir certifié bio du Boischaut

    Vers des sanctions plus dissuasives

    Ces révélations arrivent juste après une petite victoire remportée par l’Association L214 concernant l’abattoir de Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques). Les juges ont mis l'accent sur la responsabilité majeure de l'abattoir et de son ancien directeur, Gérard Clemente, condamnés respectivement à une amende de 10 000 € et à 6 mois de prison avec sursis pour le délit de "tromperie sur la qualité des produits". Les 4 autres employés ont quant à eux été condamnés à des amendes allant de 80 € à 520 € pour maltraitance "sans nécessité". Le montant maximal de ces contraventions de catégorie 4 (750 €) n’a donc même pas été atteint. Malheureusement, ces sanctions restent peu dissuasives pour les abattoirs.

    "Malgré tout, on peut se réjouir qu'il y ait eu un procès car, aujourd'hui, nous avons des infractions concernant 3 abattoirs qui ont été classées sans suite, ce qui montre qu'il y a encore une frilosité à les condamner", explique Brigitte Gothière. Selon l’association, il n’y a pas de recette miracle : il faut "renforcer  les contrôles dans les abattoirs (contrôle vidéo obligatoire, surveillance continue des postes d’abattage, publication des rapports…) et supprimer les pratiques les plus cruelles (abattage sans étourdissement, suspension des animaux encore conscients, étourdissement au CO2…)".  Par ailleurs, il n’existe aucune formation pour les employés. "Il n’y a pas d’"école des abattoirs" car personne ne veut faire ce métier. C’est pré-révélateur de notre relation à la viande : nous sommes d’accord pour en manger, mais nous ne voulons pas tuer les animaux", constate Brigitte Gothière. Espérons que, dans ce cas-ci, il y ait également un procès et que des mesures plus importantes soient mises en place.

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