Une journée mondiale pour mieux connaître les vautours


  • Une journée mondiale pour mieux connaître les vautoursPhoto : Shutterstock
  • Protection

    La journée mondiale de sensibilisation aux vautours organisée par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) se déroulera le dimanche 2 septembre 2018 à travers la France. C’est l’occasion de partir à la rencontre de ces rapaces nécrophages qui sont l’objet de programmes de réintroduction.

    Le premier week-end de septembre sera consacré à la sensibilisation et à la découverte des vautours. Ces grands charognards qui souffrent de mauvaises réputations sont pourtant essentiels à notre écosystème et sont le meilleur allié de l’homme. Rares en France, menacées de disparition, les quatre espèces qui vivent sur notre territoire sont l’objet de programmes de réintroduction qui se heurtent à de nombreux obstacles. Yvan Tariel, spécialiste des rapaces à la LPO nous en dit plus sur ces oiseaux.

    La réintroduction en France

    En France, on recense 4 espèces de vautours : le vautour moine, le vautour percnoptère, le vautour fauve et le gypaète barbu. Trois de ces espèces ont du être réintroduite par l’homme dans certains coins comme le massif central ou les Alpes. « Pour l’instant le programme de réintroduction marche plutôt bien, le vautour fauve est en augmentation lente mais constante (il y a plus de 1500 couples ), il recolonise les espaces qu’il avait perdu. Le vautour moine qui avait totalement disparu, compte désormais 35 couples et le gypaète barbu, le plus grand de tous comptabilise sur tout le territoire français environ 60 couples », se réjouit le spécialiste de la LPO. En revanche, le nombre de vautours percnoptères est en baisse constante dans tous les pays d’Europe ( 85 couples en France ). Il totalise moins d’une centaine de couple en France, ce qui inquiète les spécialistes. «  C’est celui qui nécessite le plus de vigilance car il est migrateur. On a peur que les pertes se fassent notamment lors du trajet de migration ou sur ses zones d’hivernage en Afrique. Ils sont malheureusement souvent victimes d’empoisonnement », ajoute Yvan Tariel.

    Des obstacles à la réintroduction 

    Même si en France la situation a l’air de s’améliorer pour les charognards, les équipes qui réintroduisent les vautours se heurtent à plusieurs obstacles.

    -Les lignes électriques : C’est la plus grande menace pour les vautours. Comme beaucoup de rapaces, ils planent et percutent très souvent les lignes à haute tension.

    -Les éoliennes : « En Espagne, ils ont dû fermer plusieurs parcs à éoliennes à force de retrouver des cadavres de vautours coupés en deux », se désole Yvan Tariel. Il faut donc installer les éoliennes dans des endroits où les vautours ne vivent pas, ne passent pas et ne nichent pas.

    -Le poison : Même si en France, le poison est peu utilisé, il reste quand même quelques cas d’empoisonnement. Certains, pour essayer d’éradiquer des prédateurs comme le loup ou le renard, empoisonnent des cadavres d’animaux. Le problème, c’est que les vautours vont également manger des bouts de la carcasse. « Les vautours qui vivent en colonie et mangent en groupe peuvent donc être décimés avec une seule carcasse empoissonnée », prévient le spécialiste.

    -Le plomb : C’est un problème que rencontre quotidiennement les équipes qui s’occupent des vautours. « Ces animaux ont un PH très acide donc ils digèrent le plomb qui passe dans leur sang et les empoisonnent. Il suffit d’un seul plomb de chasse pour tuer un gypaète s’il n’est pas soigné à temps », précise Yvan Tariel. Les équipes de réintroduction des vautours travaillent donc en collaboration étroite avec quelques chasseurs dans les Pyrénées, le massif central et les Alpes pour tester des balles sans plomb.

    -L’hostilité locale : Il n’est pas toujours évident de faire accepter aux locaux la présence de vautours. Et encore moins aux éleveurs de bétail. « Certains pensent que leurs bêtes ont été tuées par des vautours, mais cela est impossible car ils ne savent pas tuer et ne mange que des animaux totalement immobiles et qui n’ont aucune réaction », affirme le spécialiste rapace de la LPO

    -La localisation : Ce n’est pas toujours facile de retrouver des animaux relâchés malgré un équipement GPS. « On ne relâche que des très jeunes oiseaux qui sont encore au nid afin qu’ils apprennent à reconnaître le lieu où on les relâche comme leur lieu de naissance. On appelle cela la Phylopatrie », développe Yvan Tariel. Un autre problème s’ajoute à cela : le manque de petits à relâcher car tous les parcs ou les zoos n’élèvent pas ce genre de rapaces.

    -La lenteur de reproduction : Alors qu’un vautour fauve fait à peu près un petit par an, la situation est plus délicate du côté du gypaète. « Il va faire au mieux sa première nichée à 10 ans et ensuite il y aura un jeune en moyenne tous les trois ans, », commente Yvan Tariel.

    Un rôle clé dans la nature

    Contrairement aux faucons ou aux aigles, les vautours ne chassent pas pour manger. Du moins, pas des proies vivantes. Leur particularité est d’être nécrophages, c’est à dire qu’ils se nourrissent d’animaux morts, trouvés dans la nature. « Ils ont un rôle d’équarrisseurs naturel et gratuit, ils vont nettoyer la nature des carcasses de bêtes d’élevage ou d’animaux sauvages. Les vautours évitent, de ce fait, la propagation de maladies au sein des troupeaux. Ils sont le meilleur allié des bergers », détaille Yvan Tariel.

    Le PH très acide présent dans le tube digestif d’un vautour le protège de toutes maladies potentiellement présente dans une carcasse. En plus de cela, les quatre espèces de rapaces en France ont une complémentarité parfaite pour un nettoyage complet. « « Le vautour fauve préfèrent manger dans une carcasse les parties les plus moles comme les viscères, le vautour les parties plus dures comme les tendons et la peau, le percnoptère ayant un bec très fin, il s’intéresse aux petits bouts de viande laissés entre les os ou dispersés autour de la carcasse pour les autres vautours. Enfin, le gypaète se délecte des os de la charogne », complète Yvan Tariel.

    Un programme de sauvegarde en Corse

    Alors que sur le territoire, la réintroduction des vautours se passe plutôt bien, en Corse, l’urgence est de réintroduire des gypaètes. « La population qui était de 10 couples a chuté à 5 couples en cinq ans. Il devient urgent de les réintroduire si on ne veut pas qu’ils disparaissent sur l’île », alarme le spécialiste.

    Cette année, le thème de la journée mondiale de sensibilisation aux vautours est la « curée ». C’est le nom qu’on donne au rassemblement des vautours autour d’une charogne. Des spécialistes expliqueront quelles espèces viennent en premier sur un cadavre et celles qui nettoient les restes. Toutes les informations sur cette journée ici.

    http://www.animaux-online.com/article,lecture,593_une-journee-pour-les-vautours.html

    http://www.animaux-online.com/article,lecture,1018_les-vautours-mieux-les-connaitre-pour-mieux-les-proteger.html

     

     


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