Le caracal, un chat fantôme


  • Le caracal, un chat fantômePhoto : Naturagency
  • Faune sauvage/ Mammifères terrestres

    Félin méconnu, le caracal, ou lynx du désert, est un grand chat aux moeurs discrètes. Sa situation est atypique : alors qu’il est en danger de disparition en Asie, en Afrique australe, sa patrie de prédilection, il est classé comme nuisible.

    Naturagency

    Ce mystérieux petit félin semble être le fruit des amours improbables entre un lynx et un puma. Du lynx, il aurait hérité les plumeaux aux oreilles et la queue courte. Le puma, lui, lui aurait légué un pelage cuivré uni, sans mouchetures ni rayures, et des yeux ombrés de khôl. Mais bien sûr, il n’en est rien. C’est sans doute pour cette raison que les scientifiques ont longtemps hésité sur sa place dans la classification des félidés, le rangeant tour à tour dans le genre felis ou dans le genre lynx. Les analyses génétiques ont permis de lever le voile. A présent, ce chat atypique peut s’enorgueillir d’être l’unique représentant de son propre genre, caracal. Ces lauriers ne lui sont pourtant d’aucune aide face à une pression humaine toujours croissante. Le caracal jouit d’une vaste distribution ; on le trouve sur plusieurs continents, de l’Afrique jusqu’en Inde en passant par l’Asie centrale et l’Asie du Sud-Ouest. Malheureusement, il n’y a plus qu’en Afrique australe que sa situation semble encore à peu près stable. Mais pour combien de temps ?

    Médaille d’or du saut en hauteur

    NaturagencyLes pattes arrière du caracal, longues et puissantes, lui permettent de réaliser des bonds prodigieux.

    Pesant 10 à 20 kilos pour 60 cm à 1 m de long (sans la queue qui mesure de 20 à 30 cm), le caracal est le plus gros des petits félins et un athlète hors pair. Sa morphologie donne de précieuses indications sur ses aptitudes : une arrière-main très puissante plus haute que l’avant-main et dotée de pattes musclées ainsi qu’une colonne vertébrale très flexible. Le caracal excelle dans les sprints et les sauts en hauteur. Un adulte peut bondir verticalement jusqu’à trois mètres. Cette faculté lui permet de capturer des oiseaux au moment de l’envol.

    Tourterelles et passereaux s’abreuvant au point d’eau, pintades et francolins piétant à travers les hautes herbes doivent se méfier de son approche silencieuse. Sa robe fauve lui assure un camouflage parfait. Ce prédateur chasse de préférence pendant la nuit ou à l’aube, avant les fortes chaleurs. Mais, durant l’hiver austral, il n’hésite pas à patrouiller aussi de jour. Ce sprinteur s’avère très habile à attraper des rongeurs, des lièvres, des damans et même de petites antilopes comme des springboks, des duikers ou des steenboks. Et s’il n’a rien d’autre à se mettre sous la dent, lézards et coléoptères calmeront son appétit.

    L’énigme des plumeaux

    NaturagencyLes pinceaux des caracals sont les plus longs et les plus fournis, ils peuvent atteindre 8cm.

    A quoi servent les pinceaux que portent toutes les espèces de lynx ainsi que le caracal à l’extrémité des oreilles ? Ceux du caracal sont d’ailleurs les plus longs et les plus fournis, pouvant atteindre jusqu’à 8 cm. Pour l’instant, les chercheurs suggèrent diverses hypothèses sans pouvoir démontrer une quelconque fonction. On a longtemps supposé que ces bouquets de poils noirs amélioraient l’audition, amplifiant la réception des sons, notamment des hautes fréquences. Mais aujourd’hui, les spécialistes présument que ces plumeaux servent davantage à la communication entre congénères.

    Entre coexistence et concurrence

    NaturagencyIl y a jusqu'à sept espèces de félins dans ceraines réserves africaines.

    Dans certaines réserves africaines, on rencontre jusqu’à sept espèces de félins : lion, léopard, guépard, serval, caracal, chat sauvage, chat à pieds noirs. Evidemment, tout félin s’appliquera à ne pas rencontrer un cousin plus grand ou plus puissant. Pour éviter ce type de mésaventure au dénouement souvent fatal, les félins, notamment les petits, ont trois options : chasser à des horaires différents, dans des endroits séparés, ou tuer des proies d’une autre taille. Le caracal et son proche cousin, le serval (photo), au pelage tacheté, sont à peu près du même gabarit et semblent s’intéresser au même type de proies : oiseaux, rongeurs, petites antilopes… Le serval affectionne les zones humides, marécages et prairies bordant les cours d’eau, même à sec. En revanche, le caracal préfère des zones plus ouvertes et plus arides, savanes herbeuses parsemées de rochers, lisières de forêts sèches, prairies au pied de collines… En choisissant des habitats distincts, ces deux félins évitent de se rencontrer et n’entrent pas en concurrence pour les ressources alimentaires.

    Un avenir incertain

    Naturagency

    Ces jeunes caracals grandissent dans un sanctuaire privé. Au fil des mois, les félins vont gagner en muscles et en dextérité. Après cette période d’adaptation, ils seront relâchés dans une réserve privée qui leur offrira un refuge, du moins tant qu’ils resteront dans les limites du parc. Les associations de protection de la nature prônent des méthodes plus respectueuses pour réduire les attaques sur le bétail. L’utilisation de lamas et de chiens de troupeaux comme les bergers d’Anatolie s’avère très efficace. Mais rares sont les fermiers qui veulent investir dans l’entretien de plusieurs grands chiens.

    Permis de tuer le caracal

    En dehors des espaces protégés, les menaces qui pèsent sur le caracal en Afrique australe sont identiques à celles qui accablent le guépard : perte d’habitat face à l’extension des terres agricoles et conflit avec l’élevage extensif. Un caracal peut s’attaquer à des moutons, des chèvres et des veaux, proies faciles, d’autant plus que le bétail est laissé sans protection. En une année, un caracal prélève en moyenne cinq moutons sur une surface de 100 km2. Une perte que les éleveurs estiment à près de 1 milliard d’euros. Exaspérés, ils ont déclaré la guerre à ces prédateurs.

    Chasse de nuit avec silencieux, tir à partir d’hélicoptère et piégeage, toutes ces pratiques autrefois illégales sont à présent autorisées. Les pièges à mâchoire sont les plus utilisés. Des chasseurs proposent même leurs services aux fermiers et s’appliquent à « nettoyer » les terres d’élevage de tout « nuisible ». Par « nuisible », un fermier sud-africain entend tous les carnivores, y compris le petit renard du Cap, le protèle et le chat sauvage, mais aussi tous les creuseurs de galeries comme le potamochère, le phacochère et le porc-épic. Dans la seule province du Cap occidental, quelque 400 permis ont été délivrés en 2011 aux fermiers, les autorisant à tuer cinq caracals et cinq chacals par jour pendant six mois. Dans les autres provinces, les permis sont annuels et illimités, voire non obligatoires. Les protecteurs de la nature supposent que plus d’un million d’animaux sont ainsi « éliminés » chaque année. Et les dommages collatéraux sont nombreux : le poison contenu dans un cadavre entraîne dans sa spirale mortelle les charognards comme les vautours. Jusque-là, le caracal devait sa survie à sa discrétion et à son aptitude à coloniser  rapidement des territoires vidés des plus grands prédateurs. Mais, face à cette campagne d’éradication sans précédent, on peut craindre que la population de caracals ne s’effondre rapidement.

     


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