Le delta du Danube, paradis des oiseaux


  • Le delta du Danube, paradis des oiseauxPhoto : Stephan Bonneau
  • Faune sauvage

    Grand comme deux fois le Luxembourg, le delta du Danube, avec ses 400 lacs, ses 330 espèces d’oiseaux, ses 135 variétés de poissons et des mammifères comme la loutre ou le chien viverrin, est un haut lieu de la biodiversité mondiale, placé depuis 1991 sous l’égide de l’Unesco. Echappée belle.

    Stephan BonneauC'est dans le delta du Danube que l'on trouve la plus grande colonie de pélicans d'Europe, ici des frisés.

    A chacun sa saison. C’est en hiver que les oies, cygnes et certains canards choisissent de quitter les contrées nordiques pour investir le delta du Danube. A cette période, les passereaux, guifettes et autres grèbes ont déserté les lieux qui ont leur préférence au printemps et en été pour abriter leurs amours et donner naissance à leurs petits. Dans cette réserve de biosphère depuis 1991, des populations d’oiseaux trouvent refuge pour une saison ou pour toute l’année, comme le pygargue à queue blanche, un puissant rapace pêcheur. Mais, parmi toutes les espèces observables, il en est une, particulièrement fréquente, qui force l’admiration, tout au long des chemins aquatiques. Portant une coiffe de fines plumes en aigrette retombante, il est dit chevelu, et son plumage nuptial, roux lumineux, semble refléter en permanence le soleil couchant. Un bec bleu vif, telle une dague à frapper les poissons, mais aussi les tritons, grenouilles et autres larves de libellules, complète l’allure princière de ce petit héron, appelé aussi crabier chevelu.

    UN ÉCOSYSTÈME UNIQUE

    Stephan BonneauUn crabier chevelu.

    C’est par un immense delta, d’une superficie égale à deux fois celle du Luxembourg, que le Danube achève sa course vers la mer Noire. Né dans les montagnes de la Forêt-Noire, en Allemagne, le deuxième plus long fleuve d’Europe unit ses flots à la mer en charriant au passage 80 millions de tonnes de sédiments chaque année. Ralenti dans sa course, le Danube les dépose dans cette immense plaine lacustre dont la côte s’accroît de 40 mètres tous les ans. La roselière du delta, la deuxième plus grande du monde, dissimule quelque 400 lacs, reliés entre eux par une multitude de canaux, parsemés d’îles, de marais discrets et d’étonnantes forêts inondables où plus de 330 espèces d’oiseaux trouvent refuge. On y compte, par exemple, pas moins de 4000 couples de cormorans pygmées, la moitié des effectifs européens de blongios nains, un petit héron mimétique des roseaux, 30 % des ibis falcinelle et, bien sûr, les plus impressionnantes colonies de pélicans que l’on puisse observer en Europe ! Ce foisonnement ornithologique, mais aussi les 135 espèces de poissons, et des mammifères aussi prestigieux que la loutre ou le chien viverrin, font de cet écosystème un haut lieu de la biodiversité mondiale, placé depuis 1991 sous l’égide de l’Unesco !

    LE ROYAUME DES PÉLICANS

    Stephan BonneauPélican blanc.

    Même si, pour beaucoup d’entre nous, le pélican évoque des étendues d’eau tropicales, cet oiseau migrateur peuple aussi certaines contrées tempérées d’Europe. Dans le delta du Danube, il est même chez lui puisqu’on y trouve la plus grande colonie de pélicans communs d’Europe. Pourtant, au xixe siècle, alors qu’elle y foisonnait, l’espèce a bien failli être rayée de cette zone persécutée par les pêcheurs. Amenés au seuil de la disparition, les pélicans doivent leur retour au gouvernement roumain qui les proclama « Monuments de la nature » dès 1955. Aujourd’hui, 90 % de la population européenne de pélicans blancs, soit 3 500 couples, peut y être facilement observée, pêchant à nouveau en grandes compagnies sur les lacs. Plus discret, et en plus petits groupes, le pélican frisé, qui par le passé vivait en amont du delta, occupe des petites colonies côtières inaccessibles. Quand ils ne sont pas en période de reproduction, les 150 couples se mêlent parfois aux pélicans blancs dans le dédale des chemins d’eau.

    A CHACUN SON NID

    Stephan BonneauGrèbe jougris.

    Convoité par de multiples oiseaux aux mœurs et aux rythmes de vie différents, le delta du Danube est habité à tous les étages. Dans la roselière, les rousserolles, un genre de fauvettes aquatiques, ont accroché la coupe de leur nid aux longues tiges des roseaux, assez bas pour y être caché par le feuillage dense. La rémiz penduline, ce petit passereau masqué, suspend la bourse finement tissée du sien aux rameaux souples des saules qui surplombent l’eau. Sur les plans d’eau calme, les sternes et les guifettes, cousines des mouettes, construisent le radeau d’herbes et de joncs entremêlés qui recevra leurs oeufs sur la plateforme flottante que constituent les larges feuilles des nénuphars. Et les grèbes à cou noir ou jougris,  soucieux de profiter de la vigilante sécurité de ces colonies animées, y mêlent les gros tas de végétaux qu’ils amassent pour en faire leurs nids. Par endroits, les rares squelettes d’arbres morts qui se dressent au-dessus du delta semblent constituer des porte-nids idéaux pour les cormorans, les hérons, cendrés ou bihoreaux, et les aigrettes. Tels des immeubles sylvestres, ces monticules de branches solidement entrecroisées s’organisent sur différents niveaux. Les berges abruptes de terre nue, quant à elles, offrent aux martins-pêcheurs et aux guêpiers le terrain parfait pour creuser les longs tunnels menant à leur chambre de ponte. Beaucoup plus haut, au faîte des grands frênes ou des peupliers, les loriots, sortes de merles jaune vif et noir, tressent un cornet d’herbes et de feuilles, où grandiront leurs petits. Enfin, d’autres arbres, plus massifs, abritent une vingtaine de couples de pygargues à queue blanche, dans les forêts riveraines du delta. Ce très gros « aigle de mer », élevé au rang de « Monument de la nature » par les autorités du pays, se nourrit surtout de poissons, mais chasse aussi canards et foulques, qu’il trouve ici en grand nombre.

    UN PAYSAGE D’EAU

    Stephan BonneauGuifette moustac.

    Nulle route ne mène aux lacs où les guifettes, les grèbes ou les sternes bâtissent leurs nids flottants parmi les nénuphars. Le bateau, de préférence recouvert d’un filet de camouflage, constitue donc le meilleur moyen pour découvrir ces richesses naturelles. Parfois, la frontière entre fleuve et marais s’efface et plonge les embarcations dans de vastes étendues de roseaux où se dissimulent les oiseaux. D’autres fois au contraire, l’étroite voie dans laquelle on s’est engagé débouche sur un lac à ciel ouvert, où l’envol d’un groupe de pélicans que l’on dérange trouble l’onde lisse. Les meilleures heures pour observer la nature et ses habitants sont celles de l’aube. C’est donc bien avant le lever du jour qu’il faudra s’engager dans les canaux pour y surprendre les grèbes plongeant à la poursuite des poissons, l’affleurement prudent de la tête d’une loutre au ras de la surface, ou l’effervescence des différentes colonies d’oiseaux.

    UN AVENIR FRAGILE

    Stephan BonneauUne stratégie de restauration a imposé un strict contrôle des rejets au fleuve.

    La principale menace qui pèse sur cet écosystème, c’est l’homme. Déjà dans les années 1930, un programme d’assèchement des marais avait nui à l’équilibre écologique du delta. Heureusement, une stratégie de restauration menée dès 1991 a imposé un strict contrôle des rejets au fleuve. Mais parallèlement, ces travaux ont entraîné la privatisation des  zones de pêche, empêchant les pêcheurs locaux de vivre de cette activité économique ancestrale ou les obligeant à entrer en concurrence avec les oiseaux. Depuis 2004, une autre menace pèse sur le delta : la construction, par le gouvernement ukrainien, d’une voie navigable menant à la mer Noire. Des travaux qui perturbent fortement l’équilibre écologique du lieu.


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