Cirques et animaux sauvages

Le cirque, c’est l’enfer !


  • Le cirque, c’est l’enfer !Photo : Shutterstock
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    Solitude, incarcération, stéréotypies, douleurs physiques… En coulisses, les animaux de ménagerie ne mènent pas une vie de pacha.

    Si l’arrêté de mars 2011 a considérablement amélioré le sort des animaux dans les rares cirques qui l’ont mis en vigueur, pour les protecteurs des animaux, aucune législation ne peut apporter le bien-être auquel chaque animal a droit. Selon Franck Schrafstetter, le président de l’association Code animal, « les normes répondent davantage à un besoin d’acceptabilité pour le public. En termes de bien-être, elles restent dérisoires lorsqu’on les compare aux besoins naturels spécifiques d’une espèce. Les babouins ou les hippopotames, qui appartiennent à des espèces sociables, n’ont en fait aucune vie sociale. Les éléphants qui, dans la nature, parcourent plusieurs dizaines de kilomètres par jour, doivent se contenter de quelques dizaines de mètres carrés lorsqu’ils vivent dans un cirque. »

    Shutterstock La douleur physique fait également partie de l'apprentissage des numéros présentés au public. 

    A ces conditions d’incarcération s’ajoutent notamment les incessants déplacements, la pression du public et la contrainte des numéros qui finissent par fragiliser la santé des animaux. Les manifestations les plus évidentes de leur mal-être sont les stéréotypies, ces comportements répétitifs et invariants très caractéristiques. Selon le docteur vétérinaire Emilie Wenisch, « c’est un comportement répétitif induit par la frustration, par des tentatives d’adaptation et/ou par une dysfonction cérébrale. Il s’agit du comportement anormal qui est le plus souvent observé en milieu captif. Et dont une des caractéristiques est qu’il est exacerbé en conditions de stress. »  

    TROUBLES DU COMPORTEMENT

    La cause ? Un environnement très  pauvre nuisant au développement normal du cerveau de l’animal qui ne trouve pas assez de stimuli. Selon les espèces, ces stéréotypies prennent différentes formes. Les tigres sillonnent leur cage, posant leurs pattes aux mêmes endroits, les éléphants balancent leur corps d’une patte sur l’autre, les ours tournent en rond et répètent le même mouvement de tête, les singes se bercent comme dans un balancement d’enfant autiste, les oiseaux s’arrachent les plumes… « Ces signes traduisent des troubles du comportement qu’il est d’usage d’assimiler à la psychose chez l’homme – autant dire à une perte de la capacité à appréhender le réel », confie Franck Schrafstetter. Du côté des professionnels du cirque, ces accusations sont réfutées en bloc. Dans une lettre ouverte publiée dans Le Monde, le 6 septembre 2016, un collectif emmené par Gilbert Edelstein, le président du Syndicat national du cirque, écrivait : « Depuis longtemps, les animalistes parlent de mouvements stéréotypés pour justifier de leur argumentation sur l’ennui et le stress que connaîtraient les animaux captifs. N’avez-vous, Mesdames, Messieurs les scientifiques, jamais observé les mouvements d’un chien autour de sa gamelle lorsqu’il a faim ? Observez bien le mouvement d’un lion dans une cage : il guette son soigneur, dans l’attente de sa ration de viande, et en effet, son impatience le fait aller d’un bord à l’autre de son habitacle. Où est le stress ? Dans sa gourmandise. La plupart des vétérinaires le disent : souvent, les animaux y sont trop bien nourris. Car ne perdez pas de vue qu’un animal de spectacle constitue un investissement considérable pour son propriétaire, investissement de temps, d’argent, mais aussi d’affection, qu’il entend préserver. »  

    ShutterstockLeurs conditions de vie tiennent si peu compte de leurs besoins vitaux que les animaux adoptent des comportements caractéristiques de leur mal-être.

    Pour les associations de défense des animaux, les souffrances morales ne sont pas les seules. La douleur physique fait également très souvent partie de l’apprentissage des numéros présentés au public. Ainsi, les éléphants souffriraient fréquemment de blessures aux articulations (principalement du coude et du genou), aux disques intervertébraux et de fissures dans les ongles. « Faire asseoir un éléphant fait partie des numéros classiques. Pourtant, cette position n’a rien de naturel chez cette espèce et conduit à une pression excessive sur le diaphragme pouvant causer une hernie. Cela peut entraîner la mort. C’est la raison pour laquelle, afin d’éviter cette pression interne, les dresseurs imposent par la violence à leurs éléphants de déféquer avant d’entrer en piste. » Une description effrayante dans une tribune parue le 4 novembre 2016 sur lemonde.fr, non pas par des « animalistes  », mais par neuf vétérinaires et éthologues.