Cirques et animaux sauvages

En France, la révolution gronde


  • En France, la révolution grondePhoto : Shutterstock
  • Protection/ Cirques

    Si notre pays n’a toujours pas voté de loi interdisant les animaux sauvages dans les spectacles, de plus en plus de villes décrètent personae non gratae les circassiens qui les exploitent encore.

    A Luc-en-Provence, en juin dernier, la situation a bien failli dégénérer. En cause, le cirque Muller, qui avait décidé d’installer son chapiteau en plein centre-ville alors que le maire avait pris un arrêté interdisant la présence d’animaux de cirque sur son territoire. Pour le directeur, la décision du premier élu était caduque, dès lors que le préfet du Var l’y avait autorisé. Très vite, les esprits s’étaient échauffés, au point que certains auraient même brandi la menace de lâcher les animaux dans l’agglomération ou de bloquer les routes le jour des épreuves du bac ! Heureusement, les menaces en étaient restées là, mais, explosive, cette situation avait illustré la tension qui règne aujourd’hui dans l’Hexagone autour de la question des spectacles avec animaux. Si, pendant des décennies, dans la plupart des villes et des villages français, l’installation d’un cirque ne provoquait aucun remous, elle soulève désormais la réaction des défenseurs de la cause animale, qui réclament aux maires de prendre des arrêtés interdisant la présence des cirques sur leur territoire dès lors qu’ils exploitent des bêtes sauvages. Et quand leur demande n’est pas suivie d’effets, ces associations accueillent les chapiteaux avec des pancartes hostiles et informent les habitants des conditions difficiles dans lesquelles les animaux vivent.

    Actuellement, une soixantaine de communes – dont une quinzaine de plus de 20 000 habitants – ont pris un tel arrêté. C’est le cas, entre autres, d’Ajaccio, de Chartres ou de Tourcoing (la liste complète est tenue à jour sur le site de l’association Code animal : cirques-de-france.fr) et, chaque mois, elles sont rejointes par des nouvelles. Mais ces décrets sont fragiles et pourraient être cassés les uns après les autres puisqu’un arrêté national, édicté en mars 2017, interdit aux maires de s’appuyer sur le bien-être animal pour refuser la venue des ménageries circassiennes dans leur localité.

    Cet imbroglio juridique ne facilite pas les discussions. Que dit la loi sur la possession d’animaux de cirque ? C’est un arrêté voté en 2011 et entré en vigueur en mars 2013 qui fixe les conditions de détention et d’utilisation de 29 espèces non domestiques dans des établissements de spectacle itinérant. Chaque hippopotame doit, par exemple, disposer d’un véhicule de transport de 16 m2, d’un véhicule de stationnement de 30 m2 et, hors transport, d’une piscine de 30 m2 et de 1,5 mètre de profondeur. L’article 23 stipule même que « les animaux doivent avoir la possibilité de se déplacer librement dans des installations extérieures chaque jour, sauf si les conditions météorologiques ou leur état de santé ne le permettent pas. » L’article 9, quant à lui, exige que « les animaux âgés qui, en raison de leur état de santé, ne peuvent plus participer aux spectacles, soient placés en retraite dans des établissements fixes. »

    Autant d’obligations qui ne sont pas respectées, dans leur ensemble, par la plupart des cirques, qui n’en ont pas les moyens – à l’exception des plus grands. Régulièrement, la Fondation 30 Millions d’Amis est appelée à la rescousse, sur décision de justice, pour saisir des animaux dans les ménageries ne respectant pas les normes d’hébergement. Pour l’association de protection animale, 70 % des établissements actuels sont en infraction. « Il peut s’agir de l’absence d’autorisation d’ouverture, de papiers ne mentionnant pas l’origine des bêtes ou qui sont falsifiés. Ou, plus souvent encore, d’un défaut de certificat de capacité, explique Arnault Lhomme, de la Fondation. Le problème est que ces certificats se demandent au niveau départemental, et que l’animal reste dans le cirque tant que la décision finale n’est pas actée. Du coup, certains cirques font des demandes sous plusieurs prête-noms dans diverses préfectures, et certaines sont moins regardantes que d’autres. Ils ont donc toujours un dossier en cours… » Seule la refonte en profondeur du texte législatif actuel viendrait clarifier une situation intenable à plus ou moins brève échéance…  

    Paris à la traîne

    Si beaucoup de grandes villes à travers le monde ont tranché en faveur des animaux, Paris s’accroche encore aux cirques à ménagerie…

    Barcelone, Copenhague, Buenos Aires, San Francisco… Elles ont dit non à l’exploitation des animaux sauvages ou exotiques à des fins de divertissement. Cet été, New York leur emboîtait le pas. Et Paris ? La capitale française résiste encore. Pourtant, dès août 2015, l’association Paris sans captivité animale interpellait l’équipe municipale sur le site de consultation participative qu’elle avait créé pour inviter les concitoyens à s’impliquer dans la vie municipale. « Nous proposions de mettre en ligne une pétition sur le site de la ville. Il était signalé que si elle rassemblait un minimum de 5 000 signataires, son thème serait abordé au Conseil de Paris. Notre pétition remplissait les conditions, mais elle n’a jamais été publiée ! Cela sans explication, malgré nos relances », confie Amandine Sanvisens, fondatrice de l’association. Depuis cette date, la Ville lumière se retranche derrière un silence assourdissant, alors que des localités moins grandes ont pris position. Il existe bien une mission Animaux en ville, qui organise, depuis plusieurs mois, des consultations à thème, en invitant autour de la table les associations concernées. Mais de l’avis de celles qui ont participé à la réunion sur les cirques, rien de concret ne sort des discussions. Pour elles, la mairie de Paris cherche à gagner du temps… Un temps précieux que les circassiens mettent à profit pour organiser la résistance. 
    Ainsi, après être resté quinze ans dans le XIXe  arrondissement, le cirque Bormann-Moreno vient d’installer son chapiteau avec ses tigres, chevaux, lamas et dromadaires dans le XVe, comme le Conseil de Paris en a décidé. « On peut même dire que la mairie les soutient, car elle distribue des places gratuites et accepte que son logo figure sur les affiches, s’indigne Amandine Sanvisens.
    Elle n’attend même pas les résultats de la mission, qu’elle a elle-même mise en place ! » Persévérante, la jeune femme continue le combat. Paris finira par tomber. Et quand cela arrivera, le symbole sera fort…