Miguel et Junior vivront


  • Miguel et Junior vivrontPhoto : refuge de l'Arche
  • Faune sauvage/ Mammifères terrestres

    Les rescapés du groupe de macaques de la Pinède ont rejoint le sanctuaire de l’Arche, où ils pourront être vus sans danger. Pourtant, ils sont porteurs de l’herpès B, comme leurs 163 congénères, euthanasiés en mai dernier. Seraient-ils mort pour rien ? 

    Junior et Miguel sont tirés d’affaire. Longtemps incertain, le sort de ces deux macaques de Java a été décidé le 13 septembre dernier, date à laquelle la préfecture des Landes a finalement accepté leur placement dans un sanctuaire. Porteurs du virus de l’herpès B, transmissible à l’homme et aux conséquences dramatiques en cas de contagion (lire l’encadré), ils risquaient d’être euthanasiés. Un sort auquel n’ont pas pu échapper, au mois de mai dernier, 163 de leurs congénères, originaires comme eux de la Pinède des Singes, dans les Landes. C’est l’acharnement des associations de défense des animaux, au premier rang desquelles la Fondation 30 Millions d’Amis et la Fondation  Brigitte Bardot, qui a sauvé les vies de Junior et de Miguel. Grâce à elles, tous deux ont trouvé asile au refuge de l’Arche, en Mayenne, qui a accepté de les accueillir dans le courant du mois d’octobre. 

    Avant de rejoindre un enclos à l’air libre, Junior et Miguel doivent subir la mise en quarantaine d’usage, suivie de deux mois supplémentaires d’observation. Plus tard, une fois prises toutes les mesures de sécurité nécessaires pour qu’aucun contact avec eux ne soit possible compte tenu de leur spécificité sanitaire, ils seront de nouveau visibles par les visiteurs. Ils retrouveront ainsi le cours d’une vie normale, respectueuse de leur bien-être, sans danger ni pour leurs soigneurs ni pour le public. Une issue heureuse qui pose néanmoins une question : pourquoi ce qui a été possible pour Miguel et Junior ne l’a pas été pour les 163 macaques qui ont été euthanasiés en masse au mois de mai dernier ? 

    Rappel des faits 

    Tout commence le 21 janvier 2016. Ce jour-là, le parc animalier de la Pinède des Singes, dans lequel les visiteurs pouvaient être en contact avec les primates en semiliberté, est placé en liquidation judiciaire. La cause ? Des insuffisances sanitaires et des divagations d’animaux qui avaient valu à l’établissement plusieurs rappels à l’ordre des services vétérinaires de l’Etat. « Les abris hivernaux dans lesquels étaient les singes n’étaient en effet pas adaptés à leurs besoins, et il y avait un manque de contrôle de la population, qui s’est trop reproduite », reconnaît Arnold Lhomme, enquêteur pour la Fondation 30 Millions d’Amis. 

    Dans la perspective de la fermeture du parc, cette dernière met alors tout en oeuvre pour replacer les singes dans différents sanctuaires. « En une dizaine de jours, nous avions déjà trouvé une cinquantaine de places », relate Arnold Lhomme. Mais tout s’accélère au mois de mai 2016, lorsque le zoo de Labenne décide de racheter la Pinède. A la demande de la préfecture, la nouvelle direction veut soumettre les 165 macaques à un test de dépistage du virus de l’herpès B. La plupart des singes (163) sont alors attrapés dans les volières. Seuls Miguel et Junior, deux séniors de plus de 20 ans qui évoluent en liberté dans le parc, échappent à la capture. Les prélèvements sanguins sont réalisés et envoyés aux laboratoires. Quelques semaines plus tard, les résultats sont formels : la plupart des primates testés sont positifs à l’herpès B, les autres étant jugés « porteurs latents ». 

    Le zoo de Labenne prend alors une décision radicale : l’euthanasie pure et simple des 163 macaques (sur recommandation de la préfecture des Landes, il est vrai). C’est à ce moment-là que « l’affaire des macaques de la Pinède » naît dans la presse, car de nombreux défenseurs des animaux estiment que le virus de l’herpès B, qui peut affecter la plupart des macaques en captivité, a peu de risques de contaminer l’homme quand des mesures de protection sanitaire strictes sont mises en oeuvre et rigoureusement respectées. « Rien ne justifiait cette euthanasie à partir du moment où des solutions étaient mises en place pour éviter tout contact entre les singes et les visiteurs », assure Arnold Lhomme. Même le rapport de l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, demandé en avril 2017 par la préfecture des Landes pour appuyer sa décision, avait précisé qu’en captivité jusqu’à 100 % d’une population pouvait être touchée. Dans ses conclusions, l’organisme ne recommandait à aucun moment l’euthanasie. 

    DR

    Miguel et Junior ont été placés en quarantaine à leur arrivée. 

    Les experts de l’Anses se contentaient d’insister sur les lourdes conséquences que pourrait avoir une contamination pour les hommes, en spécifiant que ces cas de transmission étaient rarissimes. Bref, ils ne tranchaient pas clairement… et les 163 macaques ont été euthanasiés. A ce moment-là, le même sort était promis à Miguel et Junior dès qu’ils seraient capturés. Mais il semblerait qu’entretemps les tensions soient retombées et que les esprits se soient calmés. Car testés positifs, comme c’était attendu, les deux macaques ont finalement été « grâciés ». Pour la préfecture des Landes, qui a tenu à s’expliquer dans un communiqué, c’est parce que « les associations ont pu présenter au propriétaire actuel et aux services de l’Etat une proposition ferme de prise en charge complète des animaux, comprenant leur transport dans des conditions réglementaires, leur placement dans une structure de quarantaine sanitaire agréée, puis leur placement pérenne au sein d’un établissement ». Ces garanties, et l’accord de la préfecture de la Mayenne d’accueillir les deux singes sur son territoire, auraient donc fini de convaincre les autorités landaises d’accepter la solution de placement proposée par les associations ayant suivi le dossier. 

    DRToute manipulation par les soigneurs de Miguel et Junior est soumise à des règles sanitaires strictes.

    Si toutes les personnes impliquées dans le sauvetage de Miguel et Junior se réjouissent de cette issue et se satisfont de cet argument, elles regrettent évidemment que cette solution n’ait pas été acceptée plus tôt. « Nous avons vraiment l’impression que ce problème de l’herpès B a été géré dans la démesure, déplore Yann Huchedé, directeur du refuge de l’Arche, qui a recueilli les deux survivants. Sans pour autant minimiser le risque que ce virus représente pour les humains, la situation de ces primates équivaut à celle de beaucoup  d’autres détenus en captivité. Avec des précautions d’usage, une structure adaptée et un personnel formé, il était possible de garder les 163 autres macaques de Java… »

     

    A lire aussi : Les landes veulent-elles la mort de tous les macaques de Java ?

    Un virus dangereux pour l’homme 

    Le MaHV1, plus connu sous le nom de virus de l’herpès B, est très répandu dans la population des macaques de Java, qui en sont des hôtes naturels. A l’état sauvage, 80 % de la population de plus de 5 ans en sont affectés, et ce taux peut atteindre les 100 % dans des populations en captivité. Ce virus est une zoonose, c’est-à-dire qu’il est transmissible à l’homme, par contact direct, morsure ou griffure, ou par contact avec des fluides ou tissus infectés. Chez les singes, ce virus est sans conséquence. En revanche, un cas de contagion chez l’homme peut s’avérer dramatique. Sans traitement, cela peut même entraîner un décès ou de lourdes séquelles neurologiques et cognitives. Les cas connus de transmission du singe à l’homme restent rarissimes. Ils n’ont été recensés qu’en laboratoire, au cours de manipulations. Jamais en zoo ou en milieu naturel.

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