Delphinariums : vers la fin de la captivité ?


  • Delphinariums : vers la fin de la captivité ?Photo : Shutterstock
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    De l’autre côté de l’Atlantique, les défenseurs de la cause animale se mobilisent aussi devant les delphinariums. Tout comme en France, les activistes dénoncent la captivité, les conditions de vie des cétacés dans les parcs et militent pour la fin des delphinariums.

    Tous les dimanches, Chris et une dizaine d’autres manifestent aux portes du Seaquarium, un parc situé au sud-est de la Floride aux Etats-Unis. Ils se rassemblent pour réclamer la libération de Tokitae, rebaptisée Lolita par le parc, une orque d’une cinquantaine d’années.

    Kathleen DubosLes activistes devant le parc Seaquarium, avec des pancartes "200 animaux sont morts ici", "allez voir les orques dans la nature, pas en captivité". 

    Lolita vit depuis 44 ans au Seaquarium, proche de Miami. Elle avait été capturée au large de l’état de Washington en 1970 et achetée par le parc pour plusieurs milliers de dollars. Pendant les 10 premières années de sa captivité, elle a eu un compagnon d’infortune, Hugo, capturé dans la même baie qu’elle. Malheureusement il décèdera en 1980, des suites de plusieurs traumatismes crâniens à l’âge estimé de 12 ans. “Il s’est tué à force de taper sa tête contre les murs bétonnés de son bassin et ce à cause de l’enfermement”, explique Chris Lagergren, un des manifestants.

    Kathleen Dubos"Libérez Lolita, n'achetez pas un ticket" 

    Depuis cet accident il y a 30 ans, Lolita est seule alors que les orques sauvages vivent en famille jusqu’à la fin de leur vie. Ses conditions de vie inquiètent les activistes de la cause animale. Ils ne supportent plus de la savoir dans un bassin long seulement de 25 mètres dont la profondeur ne dépasse pas les 6 mètres. Cela représente peu d’espace pour des animaux habitués à sonder leur environement à des dizaines de mètres sous l’eau et à nager des centaines de kilomètres par jour. Enfermée dans son petit bassin, considéré à ce jour comme le plus petit et le plus vieux des Etats-Unis, Lolita doit effectuer plusieurs spectacles par jour pour sa ration de poissons décongelés. La femelle cinquantenaire fait partie des 4 dernières orques capturées dans la nature et détenues dans des parcs aux USA, les 19 autres sont mortes.  

    ShutterstockLolita, seule dans son bassin au Seaquarium

    La France connaît également un problème de mortalité dans ses bassins qui accueillent des cétacés. L’enfermement ne semble pas correspondre aux conditions de vie des épaulards et de leurs cousins, les dauphins. Depuis son ouverture en 1970, le Marineland d’Antibes a perdu 36 cétacés. Au Parc Astérix, qui a également un delphinarium au sein du parc à thème, les pertes s’élèvent à 12 dauphins depuis 1989. Enfin, au parc Port saint Père, 4 dauphins sont décédés depuis l’inauguration du delphinarium en 2009. Malgré les soins vétérinaires, les animaux contractent des maladies respiratoires (le plus souvent des pneumonies), des maladies rénales (les soigneurs doivent intuber les cétacés pour les hydrater, dans la nature ces animaux ont leur apport  d’eau grâce au poisson frais) ou encore des maladies de peau causées par leur constante exposition au soleil. « Leurs bassins sont peu profonds, sans coin d’ombre, ils ne peuvent pas échapper au soleil. Cela entraîne, entre autres, des lésions cutanées », se désole Florian Sigronde Boubel, vice-président de l’association « C’est assez ! », qui se bat pour la défense des cétacés captifs.

    La captivité aurait donc des conséquences impactant l’espérance de vie de ces grands mammifères marins. Rares sont les dauphins à atteindre la trentaine d’années en delphinarium. Dans la nature, les femelles peuvent vivre plus de 50 années et les mâles jusqu’à 45 ans. Du côté des orques ce n’est pas mieux, celles mortes au Marineland n’avaient même pas 30 ans, à part Freya, décédée à 35 ans. Rappelons que ces grands cétacés peuvent vivre de 50 à 90 ans en fonction du sexe. Granny, matriarche du groupe J pod s’est éteinte à l’âge approximatif de 105 ans.

    En plus d’une mortalité prématurée, le confinement de ces animaux peut engendrer des comportements violents. Dans les pods sauvages, les bagarres entre individus sont quasi inexistantes et si elles surviennent, chacun peut s’éloigner du belliqueux. En captivité, les cétacés captifs ne peuvent pas fuir et s’exposent à de graves blessures. Le stress et la frustration rendent les orques plus agressives, même envers l’homme. Depuis 1969, plus de 150 attaques ont été répertoriées, trois d’entre elles ont été mortelles. La dernière en date est due à Tilikum, du Seaworld d’Orlando au Nord-Est de la Floride. En 2010, en plein spectacle il a tué sa dresseuse Dawn Brancheau. « En parc des orques ont déjà attaqué leurs dresseurs, certaines de ces attaques ont été mortelles. Dans la nature aucun cas d’agression envers l’homme n’a été recensé », explique Florian Sigronde Boubel.

    Anti Parc Marin Une orque blessée au Marineland d'Antibes. 

    En France, les associations de protection animale ont alerté les politiques sur les conditions de vie de ces grands mammifères en captivité et leur dangerosité. Alors ministre de l’Environnement, Ségolène Royal avait entendu l’appel des associations et signe, en mai 2017, un arrêté interministériel visant à améliorer leurs conditions de détention et interdisant la reproduction des dauphins. Mais en janvier 2018, ce même arrêté fut annulé pour vice de procédure.

    Les défenseurs de la cause animale n’entendent pas renoncer pour autant. Ils ont contacté depuis, le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot. « Nous l’avons rencontré en avril et en mai avec huit autres associations de protection animale. Il s’est engagé à reprendre un arrêté avec les mêmes objectifs que celui de l’année passée », raconte le vice-président de l’association « C’est assez ! ».

    En complément de l’arrêté visant à interdire entre autres, la reproduction en captivité et agrandir les bassins, les associations de protection animale souhaiteraient la création de sanctuaires. Ils veulent essayer de réhabiliter les animaux en mer, mais l’éventualité d’une remise en liberté totale semble compromise. « Ce sont des animaux qui pour la plupart, sont nés en parc. Ils ne savent pas chasser, ils ont vécu toute leur vie dans un petit bassin peu profond et sont habitués au contact de l’homme. Un sanctuaire serait plus adapté pour leur offrir une retraite loin des spectacles et les aider à s’adapter dans un nouvel environnement » souligne Yvon Godefroid, co-fondateur du site « Dauphins libres et Dauphins captifs ».

    En réponse aux associations de protection animale, de nombreux parcs prennent l’exemple de Keiko (l’orque du film « Sauvez Willy ») comme argument contre une remise en liberté, trop dangeureuse d’après eux. L’orque mâle avait été relâchée en mer en 1998, suite à de nombreuses demandes du public. Le parc Reino Aventura (maintenant le Six Flags Mexico)  qui le detenait, l’avait confié à la Fondation Free Willy/Keiko Foundation. Mais, cinq ans après sa libération, Keiko décèdera d’une pneumonie. Ses poumons affaiblis n’ont pas supporté les températures glaciales des eaux islandaises. « Le projet de sanctuaire n’a rien à voir avec Keiko, réagit Yvon Godefroid. Lui  n’a jamais été dans un sanctuaire. Il a été directement relâché. Il était trop malade et fatigué par ses années de captivité pour survivre en pleine mer. De cette histoire, il ne faut pas refaire les mêmes erreurs et habituer petit à petit les animaux à un nouvel espace de vie ».

    DRKeiko, l'orque star de "Sauvez Willy". 

    Les défenseurs de la cause animale continuent d’espérer à une possible fin des delphinariums. L’association C’est assez ! organise une nuit debout anti-captivité le 11 aout prochain au rond-point des Groules à Antibes. 

    http://www.animaux-online.com/article,lecture,1100_deces-d-une-orque-a-marineland-une-plainte-declaree-irrecevable.html

    http://www.animaux-online.com/article,lecture,824_pamela-anderson-demande-au-marineland-de-liberer-ses-orques.html

     


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