La chauve-souris, un insecticide naturel plein de promesses


  • La chauve-souris, un insecticide naturel plein de promessesPhoto : Shutterstock
  • Faune sauvage

    Sa mauvaise image lui colle à la peau et pourtant, la chauve-souris est une alliée précieuse, en ville comme à la campagne, pour lutter contre certains insectes comme les moustiques. De quoi nous inciter à préserver ce petit mammifère, de plus en plus menacé.

    Le plat préféré de la chauve-souris ? Les insectes, et notamment les moustiques. Certaines espèces comme la pipistrelle peuvent en manger plusieurs centaines par nuit. Une gloutonnerie qui a de quoi faire changer notre regard sur la chauve-souris, qui pâtit, aujourd’hui encore, de légendes faites de vampires et autres suceurs de sang. Désormais, des projets et études se développent autour de la chauve-souris et de son rôle essentiel au sein de nos écosystèmes. De quoi redorer le blason du chiroptère.

    Chauves-souris des villes

    À Grenoble, un « projet chauve-souris » a vu le jour. L’idée vient d’un habitant, Gilles Namur, ingénieur de profession. Comme  beaucoup de Grenoblois, il subit l’invasion des moustiques tigres dans la région et cherche des solutions écologiques à ce problème. Dès 2016, il mène quelques recherches sur les prédateurs naturels des moustiques, ce qui l’amène à s’intéresser aux chauves-souris et à certains oiseaux. Problème, ces « insecticides naturels » disparaissent de plus en plus des villes. « L’un des principales causes de la disparition des oiseaux et des chauves-souris en ville est la perte des habitats. Il y a de moins en moins d’interstices entre les maisons, les accès aux greniers sont de plus en plus fermés et même certains habitats naturels, comme les troncs d’arbres creux, qui pouvaient auparavant servir d’abris, sont abattus par mesure de sécurité », détaille Gilles Namur.

    En 2017, il profite du vote des budgets participatifs, par lequel les habitants choisissent des initiatives portées par leurs concitoyens, pour proposer son projet. Son but est d’installer des abris et des nichoirs en ville afin de favoriser le développement d’une biodiversité et le retour des chauves-souris, essentiellement des pipistrelles communes, en Isère, mais également des hirondelles et des mésanges bleues. Ces trois espèces réunies permettent de lutter contre les moustiques, les moustiques tigres, mais aussi contre la pyrale du buis et la chenille processionnaire, deux espèces invasives. L’idée suscite l’enthousiasme et le projet, validé, remporte une enveloppe de 40 000 euros.

    Au côté de Marmande, une commune du Lot-et-Garonne qui a mis en place un projet similaire, Grenoble devient ainsi une figure de proue de la cohabitation homme/chauve souris. « Avec Ingrid Szalay, qui porte ce programme avec moi, nous avons appelé notre projet "chauve-souris" car nous voulions faire de cet animal fragilisé le symbole du retour de la biodiversité en ville. Cela nous a notamment permis de faire changer le regard négatif que l’on peut porter sur les chauves-souris en déconstruisant les légendes urbaines qui lui collent à la peau et en démontrant tous les services qu’elle peut nous rendre, explique Gilles Namur, aujourd’hui rebaptisé Batman par ses concitoyens. Faire de la chauve-souris notre emblème n’a pas été un frein à l’adhésion populaire. Au contraire, cela a suscité de la curiosité et posé beaucoup de questions. » Pour mener à bien ce projet, développé en partenariat avec la LPO, des nichoirs et des abris vont être construits tout au long de l’été via des ateliers proposés aux Grenoblois. Ces abris pourront par la suite êtres disposés dans les espaces publics par la ville de Grenoble, et Gilles Namur espère que les particuliers suivront l’exemple.

    Chauves-souris des champs

    Bienvenue en ville, la chauve-souris peut aussi être un précieux atout pour les agriculteurs à la campagne, et notamment les viticulteurs. Selon une étude menée par la LPO en Aquitaine, en collaboration avec le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), les chiroptères, très bien représentés dans la région (qui compte 22 espèces différentes), pourraient bien devenir une alternative naturelle à certains pesticides. En effet, les chauves-souris sont de redoutables chasseurs d’insectes comme l’eudémis et le cochylis, qui font localement de gros dégâts sur les vignes.

    Mieux encore, les chauves-souris se montrent sélectives en ce qui concerne leurs proies. Elles ne s’attaquent pas à tous les insectes, mais privilégient les ravageurs. C’est ce que montrent les premiers résultats de cette étude, grâce à l’analyse des déjections (le guano) des mammifères volants. « Il s’est avéré que la nourriture des chauves-souris nichant à proximité des vignes étudiées était constituée de chrysalides de ravageurs », indique la LPO. L’étude devrait se poursuivre, mais la Ligue pour la protection des oiseaux tire d’ores et déjà des conclusions très encourageantes : « les chauves-souris pourraient être une alternative bien plus écologique et moins coûteuse [que les insecticides], à condition qu’elle soit viable. Les viticulteurs pourront alors être incités en toute connaissance de cause à les aider et à les protéger, diminuant d’autant leur usage de substances nocives. »

    Accueillir des chauves-souris à la maison

    Ces précieuses alliées que sont les chauves-souris sont cependant de plus en plus menacées en France (voir encadré). Pour contribuer à leur préservation, la LPO invite les particuliers à favoriser leur installation dans les espaces privés. Sachez que la présence de chauves-souris dans votre maison ou votre jardin est une bonne nouvelle, car c'est le signe d’un environnement naturel de qualité. Le chiroptère cherche en effet « des habitats diversifiés et de qualité pour hiberner, se reproduire, chasser ou tout simplement se reposer », indique la LPO. 

    Si quelques individus sont déjà présents chez vous, vous pouvez leur venir en aide et favoriser leur installation en suivant les recommandations de l’association : « si vous disposez de combles ou d’un grenier, vous pouvez faire aménager une chiroptière. Cette petite ouverture protégée dans le toit permettra aux chauves-souris de venir s’installer sous votre toiture pour leur permettre d’aller et venir comme elles veulent. Si vous stockez des meubles ou des cartons, une simple bâche les protégera des souillures des chauves-souris. Mais ne les jetez pas ! Ce guano est un excellent engrais, sa puissance est telle qu’il doit être dilué pour être utilisé. Vous pouvez aussi fixer solidement des nichoirs à votre maison, elles pourront y dormir à l’abri dans la journée. Même l’arrière d’un volet leur convient ! »

    La chauve-souris en France
    On compte 34 espèces de chauves-souris sur notre territoire. En bout de chaîne alimentaire, la chauve-souris, ou chiroptère, est un indicateur de l’état de notre biodiversité. Elle est directement impactée par les modifications du fonctionnement des écosystèmes. En 2009, selon l’UICN et le Muséum national d’histoire naturelle, un tiers des espèces de chiroptères sont menacées ou quasi menacées en France métropolitaine.

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