Un Salon de l’agriculture sous haute surveillance


  • Un Salon de l’agriculture sous haute surveillancePhoto : ©FOUCHA_DHERINES - SIA
  • Protection/ Elevage

    L’édition 2018 du Salon international de l’agriculture ouvre ses portes ce week-end, alors que les questions autour de l’élevage intensif ou de la réglementation des abattoirs sont soulevées par les ONG de protection animale.

    Le Salon international de l’agriculture (SIA) aura-t-il cette année une résonance particulière ? Pour cette édition 2018, qui se tiendra à Paris du 24 février au 4 mars, plus de 630 000 visiteurs sont attendus, ainsi que plus de 1 000 exposants et 4 000 animaux. Considérée comme la plus grande foire agricole de France à destination du grand public, le salon, tel qu’on le connaît, existe depuis 1964. L’événement se veut une vitrine du monde agricole et de ses évolutions. Or cette année, le SIA succède aux États généraux de l’alimentation (EGA, clôturés le 21 décembre 2017), ayant mis en avant des attentes profondes des consommateurs pour une transformation de nos modèles de production.

    Parmi ces attentes se trouve le sujet du bien-être des animaux d’élevage. Une avancée notable a eu lieu dans un projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation, élaboré à l’issue des EGA, et présenté par le gouvernement en ce début d’année. Il s’agit de la volonté d’étendre le délit de maltraitance animale aux abattoirs et au transport d’animaux vivants. Inscrit dans le Code rural, ce délit devrait être puni d’une peine de 30 000 euros d’amende et 1 an de prison.

    La mesure a été saluée par nombre d’ONG de protection animale, dont la Fondation 30 Millions d’Amis qui a cependant souligné qu'il restait beaucoup à faire en la matière. Un constat partagé par l’association L214, qui revendique pour sa part  l’arrêt total de la consommation des animaux tout en souhaitant « nourrir le débat public » autour de cette question. Pour Brigitte Gothière, cofondatrice de L214, le gouvernement, malgré quelques avancées, peine à mettre en place de « véritables améliorations pour sortir de notre modèle agricole largement industrialisé ».

    Abandon de la vidéosurveillance dans les abattoirs

    ©FOUCHA_DHERINES - SIA

    La militante regrette notamment que l’obligation de la vidéosurveillance dans les abattoirs n’ait pas été retenue dans le projet de loi sur l’agriculture présenté par le gouvernement. Pourtant, la présence obligatoire de caméras avait été votée en janvier 2017 en première lecture par l’Assemblée nationale. Ce vote avait lieu dans le cadre de l’étude d’une proposition de loi « relative au respect de l’animal en abattoir » portée par le député Olivier Falorni. La loi en question n’a jamais été adoptée, mais ses dispositions devaient être reprises dans le nouveau texte législatif porté le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert.

    Olivier Falorni, élu de Charente-Maritime, avait présidé pendant plusieurs mois une commission d’enquête parlementaire sur les conditions d’abattage des animaux. Un travail de fond qui avait notamment constaté la nécessité de se doter d’un outil de contrôle comme la vidéosurveillance. Les inspections actuellement pratiquées par les vétérinaires sont insuffisantes pour prévenir des dérives, selon le député. « Les inspecteurs vétérinaires sont chargés de contrôler à la fois le respect des normes sanitaires et la façon dont les animaux sont traités dans les abattoirs. Mais faute de moyens et de personnels, le contrôle sanitaire occupe la quasi-totalité de leur temps. Ils n’ont pas d’outils pour suivre tout ce qu’il se passe aux différents stades de la chaîne d’abattage », regrette-t-il.

    Dans une interview accordée à notre magazine (à lire dans le numéro 360), Olivier Falorni annonce cependant ne pas renoncer à ce combat : « Je me battrai pour la vidéosurveillance, à l’Assemblée nationale, en déposant des amendements, mais aussi en comptant sur une mobilisation citoyenne. J’invite tous ceux qui sont attachés à la protection animale à écrire et à envoyer des e-mails à leur député afin d’exiger que la vidéosurveillance soit imposée dans tous les abattoirs français. » Le député devrait pouvoir compter sur le soutien des associations qui regrettent aussi amèrement l’abandon de la mesure. « Cette loi a été expurgée de l’essentiel. C’est dramatique ! C’est un énorme bond en arrière du ministre de l’Agriculture », a réagi Reha Hutin, la présidente de la Fondation 30 Millions d’Amis. La déception est d’autant plus grande que la mesure relative à la vidéosurveillance faisait partie des engagements d’Emmanuel Macron lors de sa campagne présidentielle. L’actuel président s’était en effet prononcé pour la mise en place de caméras dans les abattoirs, selon les modalités proposées par Olivier Falorni.

    Fin partielle des poules en batterie

    Illustration - Shutterstock

    Autre promesse déçue pour les associations : la fin des élevages intensifs de poules d’ici à la fin du quinquennat. « Je prends notamment l'engagement qu'il soit interdit, d'ici à 2022, de vendre des œufs pondus par des poules élevées en batterie », avait affirmé le candidat Emmanuel Macron devant le WWF, lors de sa campagne. Un an après, le gouvernement en place a annoncé que les œufs coquilles (c’est-à-dire vendus en boîte ou en vrac) issus de poules élevées en cage seraient bien interdits en France d’ici à 2022. Problème, cette mesure ne s’applique pas aux œufs utilisés dans ce que l’on appelle les « ovoproduits » comme la mayonnaise, les gâteaux ou les plats préparés.

    Selon l’association Welfarm, « 40 % des œufs consommés en France le sont sous forme d’ovoproduits. Or, ce marché est approvisionné à 90 % par des élevages en cage ». Et contrairement aux œufs en boîte, « la loi n’impose pas d’indiquer le mode d’élevage sur l’emballage des produits contenant des œufs. Pour être certains [qu’un produit] contient bien des œufs provenant d’élevages respectueux des animaux, les consommateurs doivent chercher sur les étiquettes la mention "œufs de poules élevées en plein air" ou la présence du label bio », informe l’association.

    Une pétition en ligne, « Stop aux cages », a été lancée par L214, avec le soutien du présentateur Stéphane Bern. Le texte adressé à Emmanuel Macron pour que soient totalement interdits les élevages de poules en batterie dans notre pays a récolté plus de 70 000 signatures. Selon un sondage OpinionWay réalisé en 2014, 90 % des sondés sont contre les élevages de poules en cage.

    Déroulement du salon et bien-être animal

    ©FOUCHA_DHERINES - SIA

    Plus généralement, selon une étude Ifop réalisée pour la Fondation 30 Millions d’Amis, ce sont plus de 4 Français sur 5 (86 %) qui rejettent toute forme d’élevage intensif visant « à augmenter la productivité en raccourcissant les phases de croissance de l’animal ou en utilisant des espaces réduits », explicite la Fondation.

    Des qualités d’élevage aux modes d’abattage en passant par le transport d’animaux vivants, la condition des animaux dits de rente préoccupe de plus en plus la population. Dans ce contexte, les organisateurs du Salon de l’agriculture, vitrine de la filière, savent qu’ils sont attendus sur le sujet. Interrogés à ce propos, ils nous ont indiqué jouer un rôle « pionnier dans la prise en compte du bien-être animal sur ce type d’événement » grâce à la mise en place de plusieurs mesures.  

    Les animaux ont par exemple une alimentation « à la qualité surveillée », comme du foin bio, et les vaches laitières bénéficient d’une « salle de traite de dernière génération » installée sur le site. « Les conditions d’hébergement et de bien-être des animaux sur le salon sont strictement encadrées par le règlement du Concours général agricole, approuvé chaque année par arrêté du ministère de l’Agriculture », fait savoir le SIA. Ce règlement fixe notamment la densité d’animaux par cage, les modalités de déplacement des animaux sur le salon et les modalités de traite.

    Par ailleurs, une équipe d’une vingtaine de vétérinaires est présente 24 heures sur 24 tout au long de l’événement. Elle « contrôle les admissions d’animaux en début de salon puis surveille leur état sanitaire et de bien-être pendant leur séjour à Paris. Une salle de soins, gérée par un vétérinaire, est aménagée sur place. Le dispositif est complété, pour les urgences, par deux parcs de quarantaine sur le site et, pour les chevaux, par un processus d’urgences vétérinaires équines 24 heures sur 24, en partenariat avec l’École nationale vétérinaire de Maisons-Alfort. » Toutes ces mesures ne peuvent cependant prévenir les animaux du salon contre le stress occasionné par cet événement d’envergure. Il est aussi de la responsabilité de chaque visiteur de respecter les animaux présents en veillant, par exemple, à ne pas les caresser, pour respecter leur « tranquillité ».


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