L’animal en marche : un séminaire sur les animaux de compagnie

Les intervenants de Dog Revolution : Sébastien Mouret


  • Les intervenants de Dog Revolution : Sébastien MouretPhoto : DR
  • Vivre ensemble

    Sébastien Mouret est sociologue. Le week-end des 1er et 2 octobre, il interviendra dans le cadre du séminaire canin « Dog Revolution » (programme et inscriptions iciconsacré à la place du chien dans notre société. Rencontre…  

    Sociologue, post-doctorant à l'UMR Innovation (INRA/Montpellier), Sébastien Mouret, 40 ans, s’intéresse tout particulièrement à la place du travail et de la morale dans les relations entre humains et animaux.

    Pourquoi avez-vous choisi cette voie professionnelle ?

    Au cours de mon doctorat en sociologie, j’ai porté mon attention sur la dimension morale de la relation de travail entre humains et animaux d’élevage. Travailler avec des animaux, ce n’est pas seulement produire, c’est aussi vivre ensemble. La rationalité du travail est technico-économique, mais aussi morale et pratique. Élever, c’est donner une vie bonne à ses bêtes. Ce don participe de l’expression d’un sentiment de gratitude. Les animaux permettent aux humains de se nourrir, donc de vivre. La gratitude est la reconnaissance de la valeur de ce don particulier, puisqu’il implique de prendre (par l’abattage) la vie des bêtes. Comprendre « l’industrialisation du vivant », c’est comprendre la banalisation de la violence en systèmes industriels. Comment les travailleurs deviennent-ils insensibles moralement à la souffrance des animaux ? L’organisation industrielle du travail est la cause d’une souffrance éthique au travail des éleveurs – et des salariés – qui les rend inconséquents moralement. Cette souffrance atrophie, par exemple, la gratitude, réduisant leur conception du travail à sa dimension instrumentale. Dans Élever et tuer animaux (Éditions Presses universitaires de France, prix Le Monde de la recherche universitaire en sciences sociales) je traite ainsi des rapports entre amour et violence dans les relations de travail entre éleveurs et animaux.

    Parlez-nous de votre métier…

    Mes recherches portent sur la place du travail et de la morale dans les relations entre humains et animaux. Actuellement, je mène une recherche en France et au Royaume-Uni sur le véganisme. Il s’agit de comprendre comment des individus deviennent végétariens et végétaliens « pour » les animaux, et donc de comprendre l’évolution de la sensibilité morale de nos sociétés à leur égard. Ce travail s’inscrit dans la continuité de ma thèse. Parallèlement, je participe au programme de recherche COW, financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui portent sur le travail des animaux et notamment sur les manières dont ils travaillent et mobilisent leur subjectivité pour réaliser diverses tâches. J’ai étudié et comparé, d’un côté, l’engagement courageux des chiens de patrouille de la police nationale dans le travail policier et, d’autre part, l’engagement responsable des chiens guides dans l’accompagnement de personnes aveugles. Quand j’habitais à Paris, je voyais souvent passer des chiens guides d’aveugle dans mon quartier et j’étais très intrigué par leur comportement et leur concentration. Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’on leur demande de faire avec et « pour » un être fragilisé. Quant aux chiens de patrouille, c’est l’usage de la force animale comme moyen de la force publique qui m’a interpellé.

    Sur quoi portera votre intervention au séminaire Dog Revolution et quel message souhaitez-vous y faire passer ?

    Je vais évoquer précisément ce sujet-là : les chiens travaillent et cela participe d’une Dog Revolution ! Les chiens guides en sont une belle illustration. L’école de Paris leur confie la tâche de prendre concrètement soin de personnes aveugles. Pour cela, il leur faut travailler, c’est-à-dire mobiliser leur intelligence pratique pour combler l’écart incessant entre, d’un côté, des règles de guidage qu’ils doivent respecter et mettre en œuvre et, de l’autre, la complexité des situations réelles auxquels ils sont confrontés. Poser la question du travail des animaux, c’est repenser leur place dans nos sociétés. Cela change également – tant pour la sociologie, l’anthropologie, l’éthologie que les sciences vétérinaires – la façon de comprendre leur comportement et les relations que nous tissons avec eux.

    Et vos chiens à vous, qui sont-ils ?

    Par manque de temps, je n’en ai pas. Mais, pendant plusieurs mois, j’ai été famille d’accueil, avec ma femme et ma fille, pour Iros, un chien guide d’aveugle qui était un croisement entre un labrador et un flat-coated retriever. En tant que famille d’accueil, notre rôle était de socialiser Iros par un apprentissage de règles de vie commune liées à la propreté, l’alimentation et l’obéissance, tout en répondant à ses demandes d’affection, d’attention et de jeu pour qu’il s’épanouisse dans un cadre de vie humain. Mais notre mission était aussi de le « faire travailler », ainsi que le demandent les éducateurs de l’école, en l’associant autant que possible à nos modes de vie professionnels. Pendant plusieurs mois, Iros m’a donc accompagné dans mes activités de recherche.