L’animal en marche : un séminaire sur les animaux de compagnie

Les intervenants de Dog Revolution : Jocelyne Porcher


  • Les intervenants de Dog Revolution : Jocelyne PorcherPhoto : DR
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    Jocelyne Porcher est directrice de recherches à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Le week-end des 1er et 2 octobre, elle interviendra dans le cadre du séminaire canin « Dog Revolution » (programme et inscriptions iciconsacré à la place du chien dans notre société. Rencontre…  

    Après une première vie comme éleveuse, Jocelyne Porcher est, depuis 2014, directrice de recherches à l’INRA. Elle travaille notamment sur la notion de travail chez les animaux ainsi que sur la question de l’abattage des animaux d’élevage.

    Pourquoi avez-vous choisi cette voie professionnelle ?

    Dans les années 1980, j’ai quitté Paris et mon poste de secrétaire dans une grande entreprise pour m’installer à la campagne, près de Toulouse. J’avais un bon poste et tout mon entourage a poussé des hauts cris ! En plus, je ne connaissais rien du monde agricole, rien de l’agriculture. Mais j’ai tout de suite eu un rapport facile avec les animaux, un « feeling ». J’ai commencé par avoir des poules, des lapins, des volailles puis j’ai monté un élevage de brebis laitières. Pendant plusieurs années, j’ai exercé avec bonheur le métier d’éleveuse. Puis, dans les années 1990, j’ai dû quitter cette petite ferme et je me suis retrouvée dans une porcherie industrielle en Bretagne. Cela a été un choc. Moi qui avais une relation paisible, respectueuse avec les animaux, j’ai découvert un système d’élevage cruel, violent, stupide. Un monde où on battait les animaux pour les déplacer et où on les insultait… Dans ce milieu, les gens se disaient aussi éleveurs, comme moi, et je me suis dit : Qui a raison ? C’est en me posant ces questions que j’ai avancé dans un parcours de recherche. Après avoir passé un master qui portait sur les relations entre humains et animaux dans les abattoirs, j’ai soutenu une thèse sur les relations affectives entre éleveurs et animaux. Celle-ci a été lauréate du prix Le Monde de la Recherche Universitaire. J’ai ensuite été recrutée comme chercheure à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). En 2014, j’ai été nommée directrice de recherches.

    Parlez-nous de votre métier…

    Je travaille sur plusieurs sujets, notamment la relation de travail avec les animaux (que j’aborderai lors de mon intervention à Dog Revolution, voir ci-dessous) et la question de l’abattage des animaux d’élevage. J’anime un collectif, baptisé « Quand l’abattoir vient à la ferme », dans lequel nous promouvons l’abattoir mobile. Beaucoup d’éleveurs font en effet un excellent travail de la naissance à la date de la mort de l’animal en essayant de lui procurer une belle vie. Mais, arrivés au moment de l’abattage, ils perdent la main complètement… Je travaille sur cette question depuis 2005. A l’époque, j’avais écrit un article sur le sujet et j’avais été renvoyée dans les cordes par le ministère de l’Agriculture. Depuis, avec la révélation de plusieurs scandales dans les abattoirs, on nous écoute davantage. J’ai ainsi été auditionnée, avec un éleveur, par la commission d’enquête parlementaire qui vient de rendre ses conclusions. Une des propositions consiste à expérimenter le procédé de l’abattoir mobile : pour beaucoup d’éleveurs, le meilleur moyen d’éviter la souffrance des bêtes, c’est en effet qu’elles restent « à la maison ».

    Sur quoi portera votre intervention au séminaire Dog Revolution et quel message souhaitez-vous y faire passer ?

    Je vais aborder la question du travail des chiens de compagnie. Leur travail n’est bien sûr pas du même ordre que celui d’un chien de berger, qui doit guider les brebis, les faire entrer ici ou là, etc. Il n’en reste pas moins que le chien de compagnie travaille : il fait un travail sur soi – il doit ne rien faire, ne pas déranger, rester tranquille, obéir, etc. – et c’est très dur. Tenir compagnie, c’est un travail. Faisons le parallèle avec l’humain et la dame de compagnie : celle-ci assure une présence, de l’attention, accompagne la personne dans ses activités, etc. Pareil pour le chien. Et se poser la question de ce point de vue permet d’aller chercher d’autres réponses. Car, si les animaux s’investissent dans le travail parce que ça leur apporte des satisfactions, cela ne veut pas dire que tout va bien… Il y a en effet, en arrière-plan, l’idée de la reconnaissance du travail. Combien de temps demandons-nous au chien de travailler, quelles conditions de travail lui proposons-nous, que lui offrons-nous en contrepartie ? L’humain et le chien évoluent certes dans deux mondes différents, mais il existe une interface dans laquelle nous sommes ensemble. C’est la relation dans cette interface dédiée au travail qu’il faut réussir.

    Et vos chiens à vous, qui sont-ils ?

    Je n’en ai qu’une, Titoun, une petite croisée coton de Tuléar de 7 ans. Elle est d’ailleurs actuellement en vacances chez ma mère ! Elle est très contemplative et assez indépendante. Mais elle est aussi très différente en fonction des gens avec qui elle vit, elle calque son comportement sur eux. Elle est ainsi plus sociable avec ma mère, qui est elle-même plus sociable que moi. Il y a un effet miroir. Les animaux ont des compétences d’accès à nos états mentaux, physiques, intellectuels assez incroyables… D’ailleurs, quand j’étais éleveuse, j’allais de surprise en surprise en observant leurs comportements !