L’animal en marche : un séminaire sur les animaux de compagnie

Les intervenants de Dog Revolution : Antoine Bouvresse


  • Les intervenants de Dog Revolution : Antoine BouvressePhoto : Arnaud Beinat
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    Antoine Bouvresse est vétérinaire comportementaliste. Le week-end des 1er et 2 octobre, il interviendra dans le cadre du séminaire canin « Dog Revolution » (programme et inscriptions iciconsacré à la place du chien dans notre société. Rencontre…  

    Co-organisateur de Dog Revolution, Antoine Bouvresse, 36 ans, est diplômé de l’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort (Enva). Vétérinaire comportementaliste, il est notamment formateur professionnel pour la Société française de cynotechnie (SFC).

    Pourquoi avez-vous choisi cette voie professionnelle ?

    Petit, j’ai toujours été entouré d’animaux. Ma grand-mère était éleveuse de terre-neuve et chez elle, il y avait toutes sortes d’animaux (chèvres, chevaux, poules, etc.) Je passais tous mes week-ends là-bas et je n’y ai jamais vu un animal méchant, agressif ou craintif. Il y avait un équilibre très naturel. J’ai compris après coup que cette harmonie était précieuse et qu’elle n’était pas le fruit du hasard. Quand j’étais étudiant vétérinaire, j’ai vu beaucoup d’animaux stressés, apeurés, et j’ai mesuré la différence avec ce que j’avais pu observer enfant. C’est ce qui m’a conduit à me pencher sur les problématiques de comportement.

    Parlez-nous de votre métier…

    Mon activité quotidienne, c’est vétérinaire généraliste. Dans ce cadre-là, je fais également des consultations dédiées à la médecine du comportement. J’ai aussi noué des partenariats avec différentes structures comme la SPA ou le refuge AVA ; j’y interviens pour surveiller les états mentaux et le bien-être des animaux ou pour faire des évaluations comportementales des chiens catégorisés.

    En médecine du comportement, les motifs de consultation sont souvent les mêmes : des problèmes de malpropreté, de destruction, d’aboiement, d’agressivité vis-à-vis des inconnus ou des congénères… Pour un même motif de consultation, il peut y avoir de multiples causes et explications. C’est tout un mécanisme. Par exemple, un chien qui urine à la maison a peut-être peur de faire dehors… Si son maître le punit, cela va rajouter de l’anxiété et il peut se mettre à grogner. Si le maître est à l’écoute et qu’il comprend que cela ne sert à rien de punir l’animal, on peut avancer et trouver des solutions.

    Sur quoi portera votre intervention au séminaire Dog Revolution et quel message souhaitez-vous y faire passer ?

    Je vais faire une présentation en binôme avec Mélodie Pichoir. Notre grande thématique, c’est la sélection, qu’elle soit volontaire ou involontaire. Nous allons revenir sur l’historique, en partant de la domestication de canidés sauvages sélectionnés pour se rapprocher de l’homme. Depuis 20 000 ans, l’humain a créé de multiples variétés de chiens (chiens de chasse, de défense, de conduite de troupeaux, etc.) Qu’est-ce qu’il en reste aujourd’hui ? Dans notre société actuelle, très urbanisée et consumériste, ces variétés sont-elles pertinentes ? Est-il utile d’avoir ce degré de spécialisation alors que la plupart des chiens seront adoptés pour être des chiens de compagnie ? Prenez le jack russell, qui est très à la mode. Certains propriétaires imaginent que son gabarit en fera un chien idéal pour les petits espaces. Mais si on remonte 100 ans en arrière, ce qui est très peu à l’échelle de l’évolution, on découvre que ces petits chiens ont été sélectionnés pour être courageux, hargneux, gueulards et pour acculer un renard dans un terrier ! Ce sont des chiens très énergiques. Il y a des jack russell qui se comportent très bien en ville mais parfois, certains propriétaires ne leur fournissent pas les conditions de vie qui leur conviennent, par méconnaissance ou manque de temps… Même chose pour le berger australien, qui est fait pour rester 14h par jour concentré sur son troupeau : il y a 50 ans, on n’en voyait jamais en ville ! On produit des chiens sans forcément tenir compte de leur comportement ni de leur place dans la société. Or, la façon dont les reproducteurs sont sélectionnés est à l'origine « d’erreurs de castings » qui remplissent nos salles de consultation…

    Et vos chiens à vous, qui sont-ils ?

    J’en ai trois. Il y a Ukka, une femelle berger belge malinois de 13 ans que j’ai eue quand j’étais étudiant. Elle m’a énormément appris et m’a aidé, pendant de nombreuses années, à tester les capacités d’interaction d’autres chiens. Aujourd’hui, elle est à la retraite.

    Décibel est un berger belge tervueren que j’ai récupéré à la SPA quand elle avait 4 ans. Elle était extrêmement craintive et agressive, mais elle est aujourd’hui, à 8 ans, une partenaire de sieste incroyable ! Enfin, Imhotep, 2 ans, est un croisé grand bleu de Gascogne que j’ai récupéré au refuge AVA dans l’optique de travailler avec lui en comportement. Il est encore jeune mais il m’aide déjà pour beaucoup de choses !